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A gauche, combien de divisions ?

le 15/10/2015

Sondage moins désespérant que prévu, adversaires clivants, la gauche se rattrape à ce qu’elle peut, à trois mois des régionales, pour espérer éviter une défaite.

«  Je serais incapable de vous dire si je suis optimiste avant la fin du mois de septembre.  » La confidence d’un militant socialiste marseillais à la veille de l’université d’été du PS en dit long sur le moral à gauche à trois mois des régionales… Autre signe que «  l’ambiance n’est pas folichonne  », comme le reconnaissait avant la pause estivale sa camarade aixoise Gaëlle Lenfant, actuelle vice-présidente aux solidarités à la Région, les agents du Conseil régional ont attaqué leurs cartons depuis longtemps. «  Cette année, il va y avoir du changement de patron de fait puisque Vauzelle ne se représente pas, justifie l’Aixoise. Et il n’est pas illégitime de se dire que si on joue la gagne, il faut protéger des dossiers, des structures en cas de défaite.  » «  Si les agents sont incités à finaliser les dossiers ou à en défendre de nouveaux, un certain nombre de proches d’élus, entre 50 et 100, ont prévu de se recaser dans les services  », confie-t-on cependant en interne.

Mais il y a pire. A moins de trois mois du scrutin, la majorité de gauche (PS, EELV, FDG, Occitans), aux affaires depuis 1998, cherche encore sa boussole. Alors que le PS vise une union la plus large dès le premier tour, EELV et le Front de gauche privilégient l’autonomie comme en 2010. Mais cette fois dans une liste « pastèque », verte et rouge. « Il n’y a pas de dynamique à la gauche du PS, tranche Christophe Castaner, tête de liste socialiste aux régionales qui n’a pour l’instant fédéré que les groupuscules (1). La seule possible, c’est de montrer que nous sommes unis sur un projet pour la région. Mais la base des écolos et des communistes est très remontée contre le PS.  » Et de tacler : «  Je préfère un accord transparent [tout de suite] plutôt que les discussions au soir du premier tour.  » Preuves de sa (bonne) volonté, le député-maire de Forcalquier promet à EELV et le PC ce qu’ils n’ont jamais espéré : la première vice-présidence, la tête de liste dans les Bouches-du-Rhône et des places éligibles dans les autres départements ! Et de garantir : «  Je suis dans la co-construction.  »

Le spectre varois

Réponse cinglante de Sophie Camard, co-tête de liste EELV en Paca, qui a reçu mandat de discuter avec tout le monde à gauche sauf les socialistes : «  Les intentions de Castaner sont louables, mais rien ne bouge au PS ! Il faut s’unir pour s’unir. Ce qui est normal, puisque sa situation au niveau national comme au niveau local n’est pas bonne.  » Bien que celle d’EELV et du PC ne soit pas moins délicate, les constats et envies sont les mêmes selon la co-présidente EELV au Conseil régional : «  Avec le Front de gauche on partage la sensation d’un état d’urgence, de la nécessité d’innover, d’aller à la rencontre des citoyens, de s’adresser à ceux qui ne votent pas. Alors que le PS ne s’occupe que de son électorat traditionnel.  »

«  L’objectif est de créer une dynamique pour une gauche alternative au-delà des partis  », confirme Jean-Marc Coppola, porte-parole des communistes pour les régionales, vice-président sortant de la Région. Ce ne sont pas des places ou des postes qui vont nous faire accepter n’importe quoi. Les électrices et les électeurs de gauche ne comprendraient pas qu’on s’allie avec des gens qui acceptent l’austérité.  » Si chacun se veut confiant, plane toujours la possibilité d’un échec et du scénario catastrophe : une multiplication des listes et le risque de ne pas atteindre les 5 % réglementaires pour pouvoir fusionner...

La situation devrait s’éclaircir à la mi-septembre. Le 16, le PC mettra au vote de ses militants le résultat de ses discussions avec EELV. C’est aussi à ce moment que se refermera la main tendue de Castaner aux deux partenaires de la majorité de Michel Vauzelle. S’il ne se fait pas d’illusions, le candidat socialiste a de toute façon en cette rentrée d’autres petits soucis à régler. En particulier dans les Bouches-du-Rhône, où l’après Guérini est toujours difficile à écrire. Pourtant, le département est vital pour la gauche : c’est celui où elle est le mieux implantée et 40 % des nouveaux conseillers régionaux y seront élus. Mieux : après les déculottées des municipales et des départementales, la gauche y joue sa survie. «  Si on perd la région, on va se retrouver dans la même configuration que dans le Var, où on poursuit notre traversée du désert alors qu’il y a 30 ans on y était hégémonique !  », prévient Henri Jibrayel, député des quartiers Nord, dont le fils émarge en 5ème position sur la liste du PS 13. Mis en examen dans une affaire de mini croisières payées à des séniors de sa circonscription par des associations largement subventionnées par le Conseil général, il a été le seul marseillais à faire campagne pour Castaner cet été…

Socialistes boudeurs

«  Les 50 000 affiches sont restées stockées à la fédération des Bouches-du-Rhône  », déplore le candidat PS. «  Si la tête de liste ne bouge pas, les autres personnalités ne le font pas  », dissèque un membre du bureau fédéral. Et cet été, Jean-David Ciot a décidé de bouder. Désigné chef de file en juin par les militants dans une liste de synthèse chère aux socialistes, le secrétaire départemental et député-maire du Puy-Sainte-Réparade, qui y voyait l’occasion de préparer les législatives de 2017, a peu apprécié que son camarade demande sa tête au prétexte qu’il doit repasser au tribunal au côté du truculent Jean-Noël Guérini à deux semaines du premier tour des régionales. «  Ses déclarations contre le premier secrétaire de la fédération ont été un mauvais signal de division du PS  », pestait fin juillet Jean-David Ciot. Qui, bien qu’officiellement confirmé par la direction du PS, devrait laisser sa place.

Mais rien ne dit que Castaner ne va pas revivre le cauchemar de Patrick Mennucci. En 2014, face à Jean-Claude Gaudin, le socialiste, en plus des listes dissidentes téléguidées par Jean-Noël Guérini, a dû composer avec des têtes de listes de secteur franchement pas solidaires. Mauvais signe, la rétrogradation de la 6ème à la 10ème place d’une proche de Marie-Arlette Carlotti a déclenché l’ire de l’ancienne sous ministre de François Hollande. «  Les animateurs du PS 13 vont faire campagne pour leurs candidats, espère un militant. Même en cas de défaite, il y aura des élus.  »

Pour l’instant, à gauche, on se raccroche à ce genre de branches. A l’image d’un premier sondage, moins catastrophique que prévu. A 17 % au premier tour (moins 14 points qu’en 2010 à 6 mois du scrutin), le député-maire de Forcalquier talonne l’ancien ministre Estrosi et Marion Maréchal (nous voilà)-Le Pen au second tour (respectivement 32 %, 35 % et 33%). La gauche met aussi en avant les personnalités clivantes de ses deux adversaires et déplore la focalisation des médias sur le supposé duel entre le candidat du FN et celui des Républicains. Reste que si la route est droite, la pente est forte !

Jean-François Poupelin

1. Le Front démocrate, le PRG, les Occitans, le MRC et le Mouvement des progressistes.

@-Leravi - http://www.leravi.org