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Au fond du Front

"Idéologiquement, le FN n’a pas évolué" dixit Stéphane Ravier
le 23/11/2015

Nouveaux visages, nouvelles thématiques... Mais toujours le même substrat. Et, de plus en plus, les mêmes pratiques que les autres. Bienvenue au FN ! Une enquête publiée en octobre dans le mensuel le Ravi à relire avant d’assister, ce lundi soir à Marseille, au débat sur le thème "vivre la culture sous le Front National" (cliquer ici pour en savoir plus...)

C’était mieux avant : celui qui porte cette rengaine, c’est André Troise, un des «  cofondateurs  » du FN. Qui, en marge de l’université d’été du parti, à Marseille, ne supporte plus les «  mignons  » qui y ont pris le pouvoir. Ancien de l’OAS, son rêve s’appelle « FNL » : la «  Force Nationale Lepéniste  ». Quoique prêt à voter «  Marion  », des «  listes dissidentes  » seraient, d’après lui, déjà constituées. Et, face aux migrants, il est prêt à «  reprendre du service  »  !

Son héraut, Jean-Marie Le Pen, fraîchement exclu du parti qu’il a créé, vient d’arriver. «  Déjeuner-débat  », ce 5 septembre, sur les terres du sénateur-maire frontiste marseillais Stéphane Ravier où le « patriarche », ayant passé l’âge de mener une liste dissidente, en appelle à «  l’unité  » tout en annonçant la création du «  Rassemblement bleu blanc rouge  ». Pas de quoi enthousiasmer ses soutiens : du vieux frontiste, des militants de la Ligue du Midi, du Parti de la France, des anciens du DPS (le service d’ordre) pour qui le «  FN est devenu un parti national-socialiste  » (sic). Et même, outre un fils Bompard, un élu de Cogolin dénonçant «  une dérive à gauche : le FN aujourd’hui, c’est le RPR des années 90  »(1)

Le Front aurait-il à ce point muté qu’il souffrirait, comme l’«  herpès  » (LR-PS, le nouveau nom de « l’UMPS ») de querelles intestines ? Ce qui est sûr, c’est que son visage a changé. Au parc Chanot où se déroule l’université d’été, pas de skins à l’entrée mais des bambins avec des nounours bleu blanc rouge. Même le DPS, pour fouiller les sacs, use désormais de baguettes ! Alors, quand Marine Le Pen est interrogée sur son père, elle soupire : «  Vous écrivez un feuilleton que vous êtes les seuls à regarder !  »

Au Front, on préfère mettre en avant les collectifs et autres «  comités d’actions programmatiques : vous pouvez nous rédiger une note dans votre domaine qui alimentera le programme de Marine  », s’enthousiasme Nicole, une infirmière lyonnaise. Au FN, on prône donc le « collaboratif » ! Et au FNJ, on se la joue propre sur soi. Succédant à Julien Rochedy, qui ne supportait plus les «  petits mecs  » autour de Florian Philippot (le n°2 du FN), Gaëtan Dussausaye aime parler de «  formation  », des «  journées de cohésion  ». Et même de la «  vie démocratique » du parti !

Mais au Front, le fond n’a pas changé. Sur la table du FNJ, une affiche tricolore : «  Je rêve d’une France... française.  » Confirmation avec Gaëtan Guerrero, jeune flic qui seconde Valérie Laupies sur Tarascon (13), lorsqu’on l’interroge sur le « pluralisme » idéologique au FN : «  Entre les gaullistes et les pieds-noirs, les discussions sont animées. Mais on se retrouve sur l’essentiel : le côté patriote.  » Et ce fils de «  réfugié espagnol  », en évoquant les migrants, de lâcher : «  Est-ce qu’on est fait pour vivre ensemble ?  »

Ravier est le premier à l’avouer : «  D’un point de vue idéologique, le FN n’a pas vraiment évolué.  » Dont acte avec les discours très « tradi » de Marine, Marion mais aussi de Florian Philippot. Au point de surprendre un vieux militant : «  Jean-Marie Le Pen aurait pu prononcer le discours de Philippot. C’est très inhabituel. Mais, avec l’exclusion du père, il y a une place à prendre. Et, dans cet épisode, il s’est exposé. Il doit donc donner des gages.  »

Comme nous le dit Gilbert Collard : «  Ce serait mentir de ne pas reconnaître qu’on est dans une région assez sensible au discours d’un Jean-Marie Le Pen. » Mais l’avocat plaide pour un droit d’inventaire : «  Marchais se félicitant de voir rasé un foyer Sonacotra, ça fait aussi partie de l’histoire du PC.  » De fait, comme l’analyse Gauthier Bouchet (le fils de Christian, figure de l’extrême droite hexagonale), «  au FN, il y a au moins une demi-douzaine de courants !  » Pour Ravier, on n’a affaire qu’à une « crise de croissance  ». Et pour un comptable du FN, « cela me fait penser à un vieux patron qui cède sa PME à ses enfants mais qui ne supporte pas de ne plus avoir le contrôle  ».

Le FN, une histoire de famille ? Au vu des enquêtes sur le financement du FN, et en particulier sur le rôle des micro-partis de Jean-Marie et de Marine Le Pen (Cotelec pour l’un, Jeanne pour l’autre), comment en douter ? Et comment ne pas tiquer face à l’affrontement entre un grand-père et sa fille, avec, entre les deux, la petite-fille ?

De fait, s’il se nourrit de la crise des autres partis, le Front est de plus en plus comme ceux qu’il dénonce. En restant toujours aussi singulier. En témoigne, au-delà des transfuges, la persistance du « casting ». Pour les régionales, dans le « 13 », c’est Ravier qui sera tête de liste. Sauf qu’avec la loi sur le cumul des mandats, le sénateur-maire devra en lâcher un. Lequel ? «  Joker ! En tout cas, pas question de lâcher la mairie.  » Pourtant, il n’y a que peu de pouvoir. Mais, après y avoir goûté, difficile de s’en passer. Même quand on est « anti-système »...

Les fondamentaux sont toujours là. Comme l’exprime le sénateur-maire de Fréjus (83), David Rachline, face au ralliement de l’ancien identitaire niçois Philippe Vardon, condamné pour «  incitation à la haine raciale  » : «  Il vaut mieux ça qu’être condamné pour corruption.  »

Sébastien Boistel

1. Conseiller régional exclu du FN, Laurent Comas n’exclue toujours pas de lancer une liste «  dissidente  » si Marion Maréchal (nous voilà)-Le Pen n’accepte pas des «  lieutenants  » de Jean-Marie Le Pen sur sa liste.

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Table ronde autour de journalistes et d’acteurs culturels et citoyens issus des villes gérées par le FN à l’initiative des Têtes de l’Art...

Lundi 23 novembre 18h30 - Les Têtes de l’Art - 29 rue Toussaint 13003 Marseille

Avec la participation de :

Imhotep de IAM (Marseille 13e, 14e).

Marie José De Azevedo du Forum Républicain de Fréjus (83)

Laure Cordelet du Rassemblement Citoyen de Beaucaire (30)

Francis José Maria de l’association "Place Publique" de Cogolin (83)

René Agarrat de l’asso "l’Arbre à Palabres" de Vitrolles (13)

Zora Berriche du Comité Mam’ Ega (Marseille 13e ,14e) [sous réserve]

Les échanges seront précédés d’un court exposé par Sébastien Boistel, journaliste au Ravi, sur l’évolution de la stratégie du Front National en région Paca.

Le débat, sous forme de plateau TV, sera modéré par Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi.

Un open plateau est un studio d’enregistrement vidéo à vocation non commerciale, crée et hébergé par les Têtes de l’Art, qui permet la réalisation d’émissions audiovisuelles par des non professionnels pour des sujets permettant l’expression citoyenne.

Le plan d’accès pour se rendre aux Têtes de l’Art, c’est en cliquant ici

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