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« Je ne suis pas faux cul ! »

Grande Tchatche avec Christophe Castaner
le 3/12/2015

Parler de politique avec des politiques, tel est le miracle que le Ravi réalise chaque mois sur radio Grenouille. L’émission avec Christophe Castaner a été enregistrée le 26 octobre 2015.

Quelle est votre réaction suite à l’exécution de deux adolescents et d’un jeune adulte à la cité marseillaise des Lauriers ?

Une seule réponse : la fermeté. Depuis le début de l’année, dix réseaux de trafic de drogue ont été démantelés à Marseille. Mais c’est quand même un serpent qui se mort la queue car un nouveau réseau se met toujours en place. Posons donc aussi la question de l’organisation légale de la vente de cannabis. Si elle est encadrée et destinée aux adultes de plus de 25 ans, j’y suis favorable.

Votre manque de notoriété est-il surmontable ?

On m’accorde 31 % de notoriété et je crois même que les sondeurs exagèrent ! Mais Christian Estrosi a une notoriété négative spectaculaire, même supérieure à celle de Marion Maréchal-Le Pen : c’est l’homme de droite le plus impopulaire de France. De toute façon, une élection régionale, ce n’est pas une course à la notoriété.

Vous êtes aussi comptable du bilan du gouvernement dans une élection intermédiaire.

C’est ma principale difficulté. Si je ne parle que du national, le rejet de François Hollande et du gouvernement est tel que je ne peux pas gagner cette élection. Ma seule réponse c’est de parler de la région, de la visiter, de l’incarner. De ne jamais être l’homme d’un territoire contre les autres. Contrairement à Christian Estrosi qui a choisi de rester 1er adjoint de Nice et président de la métropole de Nice, en cas de victoire, je ne serai plus maire ni député.

Le choix d’un centriste pour conduire la liste PS dans les Bouches-du-Rhône est-il le vôtre ?

Sur la tête de liste j’ai pesé de tout mon poids. D’abord pour demander à Jean-David Ciot, 1er secrétaire du PS, de se retirer. Il est convoqué en correctionnelle en appel, 15 jours avant le 1er tour avec Jean-Noël Guerini. Avec Christophe Madrolle (Front démocrate), j’ai voulu une personnalité qui ne soit pas un cadre politique mais un citoyen. Quant au reste de la liste du « 13 », je n’ai quasiment pas pesé dessus : elle est surtout le résultat de savants équilibres internes mais j’ai veillé, malgré tout, à ne pas faire une liste socialo-socialiste vouée à l’échec…

Pourquoi une alliance dès le 1er tour avec EELV et le Front de gauche n’a pas été possible ?

C’est un jeu d’appareils qui a bloqué les choses. J’ai proposé la tête de liste dans le « 13 » à nos partenaires du Front de gauche et j’ai proposé à Sophie Camard la 1ère vice présidence d’une région que nous pourrions piloter ensemble...

Allez-vous vous retrouver au second tour avec leur liste « pastèque », rouge et verte ?

J’espère que ce sera plutôt une négociation avec une pastèque sans pépins ! Plus sérieusement, 95 % du projet que nous portons est partagé avec la liste EELV et Front de gauche, comme 95 % du bilan que nous assumons collectivement autour de Michel Vauzelle. Nous aurons les moyens de nous retrouver et de recréer la dynamique que nous aurions pu favoriser dès le 1er tour.

Vous ne rejetez rien sur les 18 années du bilan de Michel Vauzelle ?

Je prends tout. Je ne suis pas faux cul. J’appartiens à cette majorité : j’étais au côté de Michel Vauzelle et je ne fais pas de la politique avec des pincettes. J’assume. Cela n’enlève rien aux constats sur des fragilités concernant la formation professionnelle, les transports. Peut-être aussi que Michel Vauzelle, extrêmement tourné vers l’international, n’a pas toujours su expliquer pourquoi la Méditerranée est si importante.

La villa Méditerranée fait polémique. Estrosi et Maréchal-Le Pen veulent la vendre. Et vous ?

Je n’aurais pas fait la villa Méditerranée mais elle est là : 560 000 personnes l’ont déjà visitée ce qui est beaucoup mieux que le musée du sport de Nice dans lequel il n’y a degun. Je veux en faire l’ambassade économique de cette région vers le continent africain qui est celui du développement pour les 20 prochaines années.

Christian Estrosi dénonce une explosion des frais de fonctionnement…

Il a multiplié par 8 la dette du Conseil général des Alpes-Maritimes quand il en était président. Et ce garçon, qui ne se déplace jamais avec moins de 10 personnes et un service de sécurité conséquent, nous donne des leçons. On est dans la pantalonnade !

Allez-vous devoir réduire les dépenses dans des domaines qui ne sont pas la compétence principale des Régions comme la culture ?

Sur la culture, je prends un double engagement : la sanctuarisation du budget mais aussi la volonté qu’on puisse avoir des lignes d’action culturelle dans chacune des directions. Quand les temps sont difficiles, renforcer la culture c’est donner de la liberté, du sourire, de l’espérance, des outils pour l’émancipation de chacun.

La Région a-t-elle vraiment les moyens de mener une politique pour l’emploi ?

Elle peut être un levier puissant notamment par le biais de la formation mais aussi par le développement économique. Je crois en l’entreprise pour créer de l’emploi. Si on prend le couple banque publique d’investissement et les interventions de la région, 600 millions d’euros ont été réinjectés cette année dans l’économie régionale au bénéfice de 8 500 entreprises.

Pensez-vous enfin pouvoir assurer un service satisfaisant des TER ?

Seulement 19 % des trains arrivent avec plus de 5 minutes de retard mais c’est insupportable. On a investi 3 milliards dans le rail, réouvert des lignes, augmenté par trois la fréquentation des TER. Il faut maintenant passer de la logique de plus de trains à mieux de train. Si la SNCF ne fait pas le boulot, je suis prêt à la sanctionner.

La déréglementation des bus inscrite dans la loi Macron ne va-t-elle pas créer une nouvelle concurrence pour le rail ?

Ma priorité c’est le transport public. Les LER (bus régionaux) s’arrêtent dans toutes les gares, alors que les bus dit « Macron » feront des trajets sans escale d’un minimum de 100 km. On pourra monter demain en bus à Paris pour 15 ou 30 euros. La loi Macron donne aux gens la possibilité de voyager moins cher et ne concurrence pas les TER.

L’immigration occupe-t-elle trop de place dans cette campagne ?

Est-ce qu’une région de 5 millions d’habitants n’est pas en capacité d’accueillir 2500 réfugiés ? Faut-il les laisser crever la gueule ouverte dans la Méditerranée ? Ne comptez pas sur moi pour dire qu’il faut avoir peur des immigrés, pour désigner les réfugiés comme de dangereux terroristes ou une 5ème colonne. Si pour gagner je dois tenir ce discours-là, je retourne immédiatement à Forcalquier où je suis très bien.

Marion Maréchal-Le Pen incarne-t-elle un renouveau du FN ?

Marine Le Pen a fait semblant de changer le visage du FN. Marion Maréchal-Le Pen fait souvent pire que le grand-père avec le même discours de haine et de stigmatisation. Le FN veut supprimer les menus de substitution dans les cantines pour les enfants de confession juive ou musulmane. Moi je propose de les conserver et d’aller plus loin : à chaque fois qu’il y a de la viande à manger dans les lycées ou les CFA, proposons un menu végétarien. Et si cela peut être du bio et en circuit court, j’approuve !

Estrosi et Le Pen, ce sont les mêmes ?

Je vois une vraie différence entre Les Républicains et le FN. Mais Christian Estrosi a tenu les pires propos. Il se tire toujours la bourre avec Morano pour inventer la blague du jour.

Appelleriez-vous à voter Estrosi pour faire, le cas échéant, barrage au FN ?

Ce sont Les Républicains qui ont tué le front républicain. Aujourd’hui, très clairement, l’attitude, le discours, la réalité de ce qu’est Christian Estrosi fait que notre électorat ne nous suivrait pas si j’appelais à voter pour lui. Si demain, il devenait un vrai républicain je n’hésiterais pas. Mais la question ne se pose pas car je peux gagner et car Maréchal-Le Pen ne sera pas si haut qu’annoncé.

Que dites-vous à ceux qui pensent que l’élection est perdue pour la gauche ?

Il suffit justement que 5 % de l’électorat de gauche qui s’abstient aujourd’hui aille voter pour l’emporter. Nous avons 45 jours pour leur en donner envie.

Propos recueillis par Michel Gairaud et Rafi Hamal

Pour écouter l’intégralité de l’entretien enregistré sur radio Grenouille le 26 octobre 2015, c’est par ici

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Le Schwarzy des Alpages

Christophe Castaner, qui veut faire de Paca la Californie de l’Europe, est le Schwarzy de la social-démocratie. Sur le champ de ruines du socialisme bucco-rhôdanien, il est descendu de ses alpages pour préserver la maison Région de l’assaut des barbares d’extrême droite et de droite extrême. C’est lui, député des Alpes-de-Haute-Provence, maire de Forcalquier, jadis terre burgonde conquise par le roi des Ostrogoths, que les militants du PS ont choisi pour reprendre le flambeau de Michel Vauzelle.

A 49 ans, il a déjà le cuir bien tanné. Né à Ollioules, dans le Var, il a grandi à Manosque. En 86, pour ses 20 ans, il prend sa carte au PS rejoignant les troupes alors clairsemées de l’empereur de la deuxième gauche, alias Michel Rocard. Cravatophobe, maire d’une ville qui fait rêver tous les alter-néo-ruraux, il revendique son pragmatisme politique et assume sa proximité avec Emmanuel Macron dont il a rapporté la loi à l’Assemblée nationale.

Identifié comme l’un des moins parisiens des candidats, il connaît pourtant très bien l’univers des ministères : il a été chef de cabinet de Catherine Trautman, ministre de la Culture, puis de Michel Sapin, ministre de la Fonction publique. Perçu comme un nouveau venu, il a tout de même été à deux reprises vice-président de la Région : d’abord en charge de l’aménagement du territoire, ensuite de l’emploi et de l’économie.

Quand à ceux qui doutent encore de ses capacités, concluons par un élément moins connu de son CV : il préside le « groupe national loup » dans lequel, défenseur de la veuve et de la brebis, il n’hésite pas à prôner quelques coups de fusil pour mater les meutes féroces qui hurlent dans nos campagnes. Quel Governator !

M. G.

@-Leravi - http://www.leravi.org