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On fait le bilan, calmement

3 mandats de Vauzelle et de sa majorité composite ? Décryptage.
le 6/12/2015

Elu président de la région Paca en 1998 à la suite de Jean-Claude Gaudin, le socialiste Michel Vauzelle s’apprête, après trois mandats à la tête de la région Paca, à passer la main. Bilan d’un homme et d’une majorité composite.

17 ans, 7 mois et quelques jours. Alors que Paca est menacée par l’arrivée au pouvoir du Front national, Michel Vauzelle ne se représente pas et doit aujourd’hui assumer le bilan de son action régionale. Mais d’abord, qui est l’homme qui a dû composer avec une majorité plurielle (communistes puis Front de gauche et écologistes) ? Il a le profil d’un homme respecté par la classe politique du fait de son expérience : l’avocat était déjà chargé de mission auprès de Jacques Chaban-Delmas en 1976 avant d’être Garde des sceaux puis député. Le type d’élu qu’on exècre à Nouvelle donne : « un professionnel de la politique. Où est le renouvellement ? », s’indigne Cyril Jarny, tête de liste régionale. Un homme politique d’une autre génération : « Un président un peu à la Mitterrand, avec une certaine distance, estime Philippe Chesneau, élu écologiste du Var et conseiller régional depuis 1998. C’est quelqu’un qui a du mal à concevoir le débat d’idées mais il a une qualité : il tient beaucoup à l’unité de la majorité et donc il est capable de concessions. » Sa collègue écologiste et tête de la liste de « La région coopérative » (Front de gauche et écologistes) Sophie Camard lui reproche de ne pas avoir assez porté la voix écologiste : « il vient d’une gauche traditionnelle, cela a dû lui faire bizarre de se retrouver avec plus de verts que de rouges. Il nous a laissé faire mais ne s’est pas assez impliqué.  » Même Christophe Castaner, le député-maire de Forcalquier qui conduit la liste socialiste, tout en « assumant tout le bilan » y va de sa saillie, reprochant : « sa distance au quotidien qui a conduit certains citoyens à croire que la région ne servait à rien. »

La gouvernance de Michel Vauzelle, c’est aussi quelques gros points noirs. D’abord l’affaire Andrieux, du nom de la députée socialiste qui a été condamnée en appel à quatre ans de prison dont un ferme pour détournement de fonds publics (1). « Il a laissé faire », déplore Philippe Chesneau. La Chambre régionale des comptes l’a aussi épinglé, d’abord en 2003 pour des nuits d’hôtel au Sofitel qu’il a par la suite remboursées (20 000 euros), puis en 2013 pour des trajets en hélicoptère (200 000 euros). Enfin, « sa » très décriée villa Méditerranée, livrée pour 70 millions d’euros en 2013 et qui coûte environ 5 millions de plus par an. « Un projet d’un autre âge », tance Philippe Chesneau. Mais pour Nicolas Maïsetti, chercheur au LATTS (2) et auteur d’une thèse sur l’internationalisation de Marseille, cette villa reste plus un outil important pour matérialiser l’action internationale de la région qu’un caprice personnel.

La bataille des chiffres

Dans un bilan, il y a actif et passif. Et quelquefois, comme au Ravi, des dettes. Celle de la région a explosé entre 1998 pour passer de 723 millions d’euros en 1998 à 2,5 milliards aujourd’hui sur un budget global de 2,1 milliards d’euros. Ce qui en fait une des régions les plus endettées de France. La droite pointe également des dépenses d’investissement qui ont lourdement chuté au profit du fonctionnement. Jean-Louis Joseph, vice-président PS délégué aux finances, tente de remettre les choses à leur place : « le premier poste de budget par exemple concerne la formation professionnelle : c’est 350 millions d’euros qui sont affectés au fonctionnement. Nous avons aussi eu de nombreux transferts de compétences, comme les agents des lycées. Sur la dette, nous empruntons pour investir et ce à des taux très bas, 1 %. L’agence de notation Fitch nous a aussi accordé la très bonne note de AA-. » Le président du groupe Front de gauche (FG), élu dans les Alpes-Maritimes, Gérard Piel, défend aussi cette dette colossale : « les régions sont les premières collectivités en terme d’investissement public. Nous devons répondre aux besoins de la population, faire en sorte qu’elle puisse se déplacer, travailler, se cultiver…  » Avant de pester contre « l’austérité gouvernementale » qui représente 33 millions d’euros de baisse de dotations par an.

L’une des compétences phares de la région concerne les transports et la gestion des TER, sous convention avec la SNCF. La majorité sortante se targue d’avoir investi trois milliards d’euros dans le ferroviaire (doublement de certaines lignes, réouverture d’anciennes comme Avignon-Carpentras) et d’avoir augmenté la fréquentation des trains de 250 % depuis 1998. Tout comme l’instauration de la carte Zou qui permet de voyager à prix très réduits. Mais les TER de Paca sont en France ceux qui arrivent le plus en retard (19 %). Pour Claude Jullien vice-président de la FNAUT (3) des Bouches-du-Rhône, la responsabilité vient de la SNCF « qui ne fait pas son boulot, elle a saboté l’énorme effort financier engagé par la région et ne se pose pas les bonnes questions sur les causes des retards ». Autres responsabilités majeures : l’entretien et la construction des lycées régionaux (181 actuellement). Dans l’entourage de Thierry Mariani, président fantôme du groupe Les Républicains (LR), on fait remarquer que « 31 lycées ont été construits sous Gaudin, contre 7 sous Vauzelle ». Pour Jean-Philippe Garcia, président de la FCPE 13 (4) : « des efforts considérables on été faits, même si certains travaux n’en finissent pas. Maintenant, au point de vue de la citoyenneté, la région n’a pas joué son rôle. Quand on voit le taux d’abstention attendue pour cette élection par exemple, environ 50 %...  »

« L’emploi, l’emploi, rien que l’emploi.  » Le gimmick revient dans la bouche de tous les candidats. Mais jusqu’à présent, la région n’avait finalement dans ce domaine qu’un rôle secondaire si ce n’est dans la préfiguration de l’emploi : lycées donc mais aussi formation professionnelle et apprentissage. Si la dynamique est bel et bien nationale, le chômage a chuté en Paca depuis 1998 (de 13,5 % à 11,5 % selon l’Insee) et contrairement à ce que claironne Christian Estrosi, leader LR, elle ne détient pas le record de chômeurs. Vieille rengaine de la droite, il faudrait selon elle rétablir « l’apprentissage d’excellence pour répondre aux besoins des entreprises ». En campagne, Marion Maréchal (nous voilà)-Le Pen, estime que les petites entreprises n’ont pas été assez aidées et que les dispositifs sont trop nombreux. Philippe Chesneau assume dans ce domaine le bilan de la région, mais surtout le sien. Ancien vice-président délégué à l’emploi, il aime rappeler comment il a boosté l’économie sociale et solidaire (ESS), notamment à travers des dispositifs comme Creactives (36 000 emplois sur 3 ans) et rappelle l’aide à des entreprises comme la SNCM, Fralib ou Nice-Matin. Mais il en veut à Vauzelle pour avoir promis, en vain, de doubler le budget de l’ESS sur la dernière mandature. Cyril Jarny, pour Nouvelle Donne, questionne la pérennisation des emplois : l’entreprise ATMEL à Rousset, dont l’implantation avait été financée à près d’un million d’euros par la région, rachetée par la suite à L. Foundry, a finalement procédé à un plan de licenciements.

Le Méditerranéen

Autre compétences subsidiaires où la région s’est employée : le soutien de la culture, de la vie associative et la transition énergétique. Le milieu culturel s’accorde globalement à dire que la collectivité est la seule à ne pas avoir taillé massivement dans les budgets. Et le personnel politique sur la bonne critérisation des dossiers de subventions aux associations, poussée notamment par les écologistes après le scandale Andrieux. Les Verts sont aussi fiers de leur bilan environnemental et du fait d’avoir pu imposer la dépense d’un euro dans le développement durable quand un euro était dédié au très décrié giga projet nucléaire ITER (70 millions d’euros). Ce qui a donné vie au programme d’aide AGIR. 25 000 logements ont été isolés, Paca est la première région solaire de France… Philippe Chesneau est plus critique sur l’agriculture bio : baisses des aides à la certification et au maintien de l’activité depuis que l’Europe gère ces fonds européens.

Enfin, Vauzelle ne serait pas Vauzelle sans la Méditerranée, la coopération et la promotion qu’il en fait depuis les années 70. Et ce, malgré une connotation lourde de sens dans une région très « FN compatible ». Aïcha Sif, élue écologiste, sort la brosse à reluire : « Au regard de ce qui se passe dans le monde Arabe depuis 2011, c’est un visionnaire. » « Il est aussi intéressant d’imaginer, en miroir, ce que ses successeurs feront de cette vision du monde qu’il porte », remarque le chercheur Nicolas Maisetti. Avant d’ironiser : « quelle sera la Méditerranée de Le Pen, Estrosi ? »

Clément Chassot

1. A savoir le versement de 700 000 euros de subventions de la région à des associations fictives des quartiers nord de Marseille entre 2005 et 2008.

2. Laboratoire techniques, territoires et sociétés

3. Fédération nationale des associations d’usagers des transports

4. Fédération des conseils de parents d’élèves

@-Leravi - http://www.leravi.org