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Valls tragique à Vitrolles

Petit exercice d’archéologie politique...
le 22/12/2015

Comment la bande d’Emmanuel Valls, aujourd’hui premier ministre, a converti, dans les années 90, une ville de gauche... en une ville FN.

C’est un tract de 1997. La signature ? « Ensemble pour Vitrolles.  » Le slogan : « Ce qu’ils proposent, nous l’avons déjà fait. » « Ils », c’est le « FN ». « Nous », le PS. Qui s’enorgueillit d’avoir « généralis[é] la télésurveillance », « cré[é] un poste de police » ou encore « incit[é] les entreprises vitrollaises à employer des Vitrollais »... Peu après, le socialiste Jean-Jacques Anglade cède sa place à Catherine Mégret (FN) lorsque cette petite ville des Bouches-du-Rhône bascule à l’extrême droite. Celui qui nous ressort ce tract, c’est Gérard Perrier, prof à la retraite à l’origine de la « Maison pour l’Egalité » de Vitrolles. Et auteur de « Vitrolles, un laboratoire de l’extrême droite et de la crise de la gauche » (1).

Où l’on apprend qu’il y a plus de vingt ans, officiait à la mairie de Vitrolles la bande à Manuel Valls ! (2) Pourtant, à part quelques témoignages, les traces de son passage sont rares. Même Anglade minimise l’implication de celui qui, à l’époque, était responsable des jeunes rocardiens : « Comme j’étais chef de file des Rocardiens dans le "13", nous avons été en contact à plusieurs reprises. Toutefois, Valls n’est venu qu’une fois à Vitrolles, en 1988, à l’université d’été des jeunes rocardiens. Mais il n’a jamais eu de fonction ici… »

Débauche de com sécuritaire

Il y place néanmoins deux de ses proches, qu’il connaît depuis la fac de Tolbiac, Stéphane Fouks et Alain Bauer. Souvenir d’Anglade : « On disait en plaisantant que Fouks serait patron d’une grosse boîte de communication, Bauer ministre de l’Intérieur et Valls président de la République... » Ainsi, Fouks, à l’époque bras droit du « fils de pub » Jacques Séguéla, est aujourd’hui à la tête de l’agence Havas. Et Bauer, après avoir été à la tête du Grand Orient et avoir converti le PS au sécuritaire, a également joué les conseillers en sécurité pour Sarkozy.

Au début des années 90, membres comme Valls d’une sorte de club (« Forum »), Fouks s’occupe de la com’ de Vitrolles et Bauer fait office de monsieur « sécurité », ce qui aboutit, en 1994, à la mise en place de la vidéosurveillance. Et à la création d’une boîte had hoc, AB Associates, où officie la première compagne de Manuel Valls.

D’où, dans le journal municipal, une débauche d’articles. Comme en mai 1993 où, à la rubrique « Sécurité », au dessus de la photo d’une douzaine d’auxiliaires de sécurité, on peut lire ce titre tout en rondeur : « Traitement de choc. » Idem pour le portrait du responsable de la sécurité : « Un homme d’action. » Le summum est atteint un an plus tard avec un numéro spécial : « Vitrolles sécurité action. » Qui détaille la vingtaine de mesures prises par la ville dans ce domaine. Parmi lesquelles une procédure somme toute pas banale : Vitrolles porte plainte contre l’Etat, accusé de ne pas avoir respecté ses engagements en la matière !

Course aux voix FN

Un discours et des thématiques qui, pour Perrier, ont fait le lit du FN. Même analyse de l’ancien élu (à l’époque communiste) René Agarrat : « A courir après les voix du FN, on perd son âme, son honneur et les élections. » Si Anglade avoue que le tract de 1997 était une «  erreur », il estime que la sécurité « n’était qu’un thème parmi d’autres. A l’époque, on mettait en avant l’image de Vitrolles, ville la plus sportive de France ». Avec la construction du « Stadium » et une équipe de hand pilotée par le frère de Bernard Tapie.

Pour l’ancien maire, si la gauche a perdu, « c’est pour trois raisons : la division de la gauche, les énormes moyens mis à l’époque par l’extrême droite et la présence dans mon équipe d’une taupe ». Au-delà de la victoire des Mégret, tout ceci débouche sur une affaire politico-financière avec des fausses factures pour la location de panneaux d’affichage. Aujourd’hui, l’ancien maire assure n’avoir jamais prononcé le nom de Manuel Valls devant les tribunaux. Comme le rapporte en 1999 Libération, Jean-Jacques Anglade a, par contre, bien lâché : « Alain Bauer a gagné de l’argent à Vitrolles grâce à l’installation de la vidéosurveillance, Stéphane Fouks avec RSCG aussi […]. Mais, lorsque j’ai dû affronter le couple Mégret, en 1997, les Rocard, Fouks, Valls […] aucun n’est venu m’aider, alors qu’ils s’étaient servis de Vitrolles. Ils m’ont sacrifié ! »

A la fin des années 90, le trio voguait déjà en effet vers d’autres horizons, Valls lorgnant, à l’époque, sur une autre ville nouvelle, Evry. Quant aux Mégret, eux aussi connaîtront les tribunaux, notamment pour l’envoi, au frais de la commune, de courriers à l’ensemble des maires de France afin d’obtenir le parrainage du MNR à la présidentielle. En défendant, entre autres, sa politique en matière de « sécurité »... Aujourd’hui, Anglade, qui condamne les sorties de Valls sur les « Roms » ou les « blancos », plaide pour l’accueil à Vitrolles des « réfugiés ». L’occasion d’une passe d’armes lors du dernier conseil municipal avec le FN. Quant à l’actuel premier ministre ? Les dernières fois qu’on l’a vu dans le « 13 », c’était pour causer « sécurité » et « vidéosurveillance »...

Sébastien Boistel

1. Edition Arcane 17, 2014, 261 pages, 20 euros

2. Les services du premier ministre n’ont pas répondu à nos demandes d’entretien.

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Vitrolles au vitriol

Sur fond de dénonciations et autres passes d’armes, la ville attend un rapport de la chambre régionale des comptes.

C’est comme le scotch du capitaine Haddock : une « e-réputation », ça colle à la peau. Et Pierre-Alain Cardona, ancien directeur de cabinet du maire PS de Vitrolles, Loïc Gachon, en a marre de tomber sur cet article du site du Point qui, au début de l’été, a décortiqué les conditions dans lesquelles il a quitté, début 2013, la ville avant de devenir porte-parole de Pape Diouf aux municipales marseillaises. Le « pitch » ? Un licenciement plus ou moins à l’amiable qui lui aurait permis, en jouant sur ses congés payés, de partir avec près de 20 000 euros et une formation en « mind mapping ». Avec, en filigrane, l’ancien patron du CG 13, Jean-Noël Guérini...

Si Cardona ne veut pas « sur-réagir », il est prêt à « mettre à disposition tous les documents ». Et ne reconnaît qu’une « erreur » : « pendant deux ans, je n’avais pas tenu à jour mes congés payés. On a donc procédé à une régularisation. Mais on ne parle là que de 1500 euros ! Au final, je n’ai touché que ce à quoi un dir’cab’ , payé 4500 euros par mois, a droit. Avec des mois de retard ! » Et celui qui aura été un temps candidat à la primaire PS d’ajouter : « Quant à Guérini, ma collaboration s’est justement arrêtée parce que je considérais qu’il fallait se saisir de la métropole alors que le maire a choisi de rejoindre les anti... »

Tandis que la Chambre régionale des comptes s’est émue de ces fuites, Gachon comme Cardona font le lien avec le bras de fer qui s’est engagé entre la ville et l’ancien directeur général des services, Rachid Ouhab, limogé il y a deux ans et toujours en procédure pour « licenciement abusif ». Et Gachon d’assurer que si la CRC s’est penchée sur le cas « Cardona », elle s’est aussi intéressée au DGS dont les allers retours en avion entre Vitrolles et la région parisienne pour rejoindre sa famille ont été pris en charge pendant un an par la ville.

Vitrolles bruisse de rumeurs. Alors on ressort les vieux dossiers. Sur les conditions d’attribution en 2012 du marché de la com’ à « Paroles publiques », la société d’un ex-militant socialiste, Pascal Arnaud, qui, pourtant, quelques années auparavant, avait été en conflit avec la ville pour un précédent contrat. Ou encore concernant l’entretien du parc de vidéo-surveillance sur lequel la CRC a été alertée...

Mais le gros morceau du rapport, c’est la question du personnel communal qui, avec 1300 agents (contre 800 à Marignane), représente 60 % du budget de fonctionnement de la ville : « Dès que j’ai su que la CRC venait enquêter, j’ai attiré l’attention du magistrat sur ce point », souligne Loïc Gachon. Or, même si un tiers du personnel doit bientôt partir en retraite, en ce moment, ça négocie sec.

La CRC devrait donc évoquer la question des effectifs, « l’absentéisme » ou le temps de travail puisque, nous dit-on, « on est en deçà des 1607 heures de travail minimum ». Mais, dans une ville qui s’est émue de la diminution des dotations de l’Etat et où les subventions aux associations ont elles aussi été revues à la baisse, tout le monde marche sur des œufs. A commencer par les syndicats : « On ne veut ni mettre de l’huile sur le feu. Ni faire le jeu du FN. Car ici, pas de demi-mesure : c’est soit la gauche, soit l’extrême droite. »

S. B.

@-Leravi - http://www.leravi.org