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Istres sous surveillance

le 5/01/2016

Enquêtes de la Chambre régionale des comptes et de la brigade financière : la gestion de la ville par le maire très « divers » François Bernardini est passée au crible.

Istres «  capitale nationale de promotion de la paix  »  ? Ce n’est pas ce que renvoie le conseil municipal. Fin septembre, l’opposition interroge François Bernardini sur les investigations de la Chambre régionale des comptes et de la brigade financière. Envoyé au charbon, l’adjoint « centriste », Olivier Mayor, confirme que Nicolas Davini, le directeur général des services, a été entendu par la CRC et la police. Et le maire d’ajouter que si la police est venue, ce serait juste pour savoir, suite à des «  dénonciations  », pourquoi «  les travaux à la Régalido [ont duré] autant de temps ? […] Voyez comme c’est pauvre !  »

Un dossier que connaît bien le Ravi. Il nous a valu d’être poursuivi en justice et en vain par le maire (lire ci-dessous). De l’histoire ancienne, alors ? Pas sûr. Car si les enquêteurs se veulent discrets et si la mairie a refusé de répondre à nos questions (1), le parquet confirme qu’une «  enquête est en cours. Et avec ce genre d’enquêtes, on sait quand ça commence, jamais quand ça finit.  » D’après Robin Prétot, conseiller « LR » d’opposition, une personne «  du service de la commande publique aurait été longuement entendue le 8 octobre  » par la brigade financière. A la mairie, au sein de ce service, nul ne se risque au moindre commentaire.

Depuis, la patronne du parquet d’Aix, Dominique Moyal, a pris «  en direct  » le dossier. Ce qui est «  normal, nous dit-on, quand des élus sont susceptibles d’être mis en cause  » : «  On est encore en phase de débroussaillage, nous explique-t-elle. Des personnes d’Istres nous ont rapporté un certain nombre de faits à propos de marchés publics. Certains relativement anciens, d’autres encore d’actualité. Alors, on vérifie. Il y a donc eu des auditions, notamment des responsables, et il y en aura d’autres. Quant au maire, il a été approché en tant que témoin mais n’a pas encore été formellement entendu. Et il n’y a pour l’heure ni information ouverte ni garde à vue.  »

Istres bruisse donc de rumeurs. L’opposition scrute marchés et chantiers. Ainsi, fin octobre, en atteste la « lettre ouverte » du socialiste Lionel Jaréma, le forum des Carmes, ce centre commercial qui n’est pour l’heure qu’un parking, fait à nouveau parler de lui. Pas étonnant alors que remontent à la surface quelques histoires. Comme celle de la villa de la directrice de cabinet (lire encadré).

Alors que le rapport de la CRC est attendu pour début 2016, Prétot, lui, s’est fendu d’un long courrier à la chambre. Dans le prolongement de sa « lettre ouverte » au maire l’an dernier, il «  alerte sur la situation financière et les dépenses de la ville  ». Au-delà des achats de «  mobilier de luxe  » pour le pavillon de Grignan ou les dépenses liées à MP 2013 sur lesquels il s’était déjà fait les crocs, il estime que «  l’état du personnel de la ville est une véritable bombe à retardement  ».

Il s’appuie sur un document que le Ravi a pu consulter : une note de février 2014 où, face à «  la progression importante de la masse salariale », le maire est alerté par ses services sur «  certains points qui peuvent s’avérer critiques  ». Ainsi, fin 2013, comptabilisant «  1721  » agents payés, l’auteur s’inquiète autant de l’«  augmentation du coût de la masse salariale  » que du « recours de façon exponentielle aux contrats aidés  » (en recensant « 163 »). Et d’écrire, alors que « les CAE sont actuellement systématiquement reconduits et quand ce n’est plus possible sur la Ville, ils le sont par le biais du CCAS  » : «  Ce qui risque d’être difficile, c’est de mettre un terme à ces contrats le moment venu.  » D’ailleurs, en ce moment, c’est une ancienne employée en CAE qui fait particulièrement parler d’elle sur les réseaux sociaux...

Lionel Jaréma s’est inquiété des difficultés à payer ses agents que la ville aurait eu cet été. La dette dépasse les 20 millions et le personnel 60 du budget de fonctionnement. Le DGS reconnaît avoir dû tirer une «  ligne de trésorerie  », du fait d’un «  manque à gagner lié à des rappels sur recettes fiscales  ». De fait, la situation financière d’Istres est l’objet de passes d’armes récurrentes. Et, au vu des orientations budgétaires pour 2015, au-delà de la baisse des dotations de l’Etat, la mairie peine à cacher les points de discorde, tant du côté des «  dépenses de personnel  » que de la «  fiscalité  ».

Or, dans le même temps, Istres se lance dans un nouveau chantier : un golf ! Le 18ème dans le « 13 », raille l’opposition. Et sur une ancienne friche industrielle avec un coût de dépollution compris, de l’aveu même du DGS, entre 400 000 et 400 millions d’euros ! «  Mais ce qui compte, ce sont les villas qui vont avec. On est dans une frénésie de constructions, soupire Prétot. Pour une raison simple : les caisses sont vides. Alors, comme il n’est pas possible d’augmenter les impôts, le seul moyen de faire rentrer de l’argent, c’est de construire.  »

C’est bien connu : quand le bâtiment va, tout va ! Et à Istres, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Après tout, Nicole Joulia, la première adjointe de Bernardini, sa « doublure » quand il était inéligible, ne vient-elle pas d’être décorée de la Légion d’honneur ? De surcroît par la conseillère régionale Laurence Vichnievsky. Avec ces mots : « Tu es tout ce que j’apprécie chez l’élue de terrain. Celle qui me fait encore aimer la politique, même dans les Bouches-du-Rhône.  » Piquant de la part d’une ex-juge d’instruction passée des écolos au Modem après avoir un temps secondé Mennucci et défié Guérini...

Sébastien Boistel

N.B. Depuis que François Bernardini a attaqué en justice le Ravi, nos échanges se font... par écrit ! A trois pages de questions, la mairie a tout juste répondu une demi-page. Avec, comme leitmotiv : «  pas de commentaire  »...





Cet article a été publié dans le Ravi n°134 daté novembre 2015

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Du neuf avec des vieux...

Où l’on reparle des travaux à la Régalido

« Voyez comme je suis tranquille ! », fanfaronne François Bernardini, le maire d’Istres, face à l’opposition à propos des enquêtes de la Chambre régionale des comptes et de la brigade financière. A en croire l’édile, si la police s’est déplacée, cela n’a été que pour vérifier deux dossiers. Le plus cocasse ? Celui d’une entreprise ayant travaillé pour Istres et dont le patron porterait le même nom que le maire. Et le « gros » morceau, ce serait la Régalido, les enquêteurs se demandant pourquoi les travaux ont duré aussi longtemps dans ce foyer du troisième âge.

Un dossier auquel le Ravi a consacré une enquête en 2013 (Cf le Ravi N°106). Durant les travaux au sein de ce foyer (un chantier à 800 000 euros), les personnes âgées avaient été accueillies aux salons de Trigance, fondés par les filles Bernardini et un entrepreneur istréen, Philippe Cambon, dont la femme est adjointe au tourisme. Tandis que son entreprise, SAM, était partie prenante du chantier de la Régalido, la mairie louait la salle de réception un peu plus de 2000 euros par mois, en y ayant en outre réalisé quelques travaux.

La reproduction de cette enquête sur le blog d’un opposant nous a valu d’être poursuivi par le maire, avec, à ses côtés, l’entrepreneur. Et le juge de renvoyer largement dans ses cordes François Bernardini, estimant que « la question du lien existant entre le maire et M. Cambon peut légitimement être posée, à fortiori par un journaliste » (Cf le Ravi n°113).

Interrogée, la mairie a refusé de nous répondre. Cambon, lui, a accepté. Pour nous dire qu’il n’est « au courant de rien. J’étais en vacances à l’île Maurice ! Quant à la Régalido, un chantier de 60 / 80 000 euros, pour une entreprise qui fait 20 millions de chiffres d’affaires, c’est rien. S’il y a eu du retard, à l’époque, ce n’était pas de notre faute, mais parce qu’une ou deux entreprises ont eu des difficultés. Et nous, ces retards, ça nous a plus coûté qu’autre chose... »

S. B.

La villa de la dir’cab’

En 2006, Marlène Prospéri-Picon, l’actuelle directrice de cabinet du maire d’Istres, achète, via sa SCI (Les Ecureuils) pour 150 000 euros au SAN Ouest Provence, le « mas de Saint-Véran » sur un terrain de 1371 m2. Fin 2014, ce qui est devenu une « magnifique demeure provençale de 410 m2 » est mis en vente pour 1,15 millions d’euros par l’agence Solvimo (où travaille une fille Bernardini) avec un terrain de 6000 m2. Or, ce n’est qu’en juin 2015 que le SAN lui vend, pour 78 000 euros (hors taxe), les terrains entourant la parcelle initiale. De quoi interpeller tant Robin Prétot, conseiller d’opposition « LR », que le frontiste Adrien Mexis : élu communautaire, il tentera de faire annuler la vente des terrains par l’agglo où officie, en tant que « vice-président », le maire d’Istres, François Bernardini.

« Après étude », la directrice de cabinet a refilé la patate chaude au DGS. Qui, lui, nous renverra vers... la directrice de cabinet ! De son côté, la directrice générale des services du SAN nous assure qu’avant d’acquérir les terrains, la SCI bénéficiait d’une « convention d’occupation ». Avant de nous faire savoir que ses services sont dans l’incapacité de retrouver le document. Et d’avouer que c’est par le biais de l’élu frontiste que l’agglo a découvert « l’affaire », l’institution reconnaissant dans un mail adressé à ce dernier « quelques retards d’ordre administratif » sur ce dossier. En attendant, si l’annonce n’est plus visible sur le site de l’agence, elle serait toujours en vente. Pas très loin du site du futur golf d’Istres...

S. B.

@-Leravi - http://www.leravi.org