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Au pays de l’Etoile, l’Empire contre-attaque...

Aubagne (13)
le 15/02/2016

... mais, avec la mobilisation contre la privatisation des cantines, à Aubagne (13), face à la gestion du maire (LR) Gérard Gazay, c’est peut-être le réveil de la Force...

C’était il n’y a pas très longtemps, dans une galaxie pas si lointaine. Au cœur du pays de l’Etoile, à Aubagne, dans les Bouches-du-Rhône : aux dernières municipales, après cinquante ans de règne de la gauche, la droite l’a emporté. Bon, Gérard Gazay n’est ni l’Empereur ni Dark Vador. Il y a plutôt, chez le maire (LR) d’Aubagne, du Madelin. Et pas que physiquement. Dernier fait d’arme ? La volonté de « privatiser » la restauration scolaire. Au moment même où les minots marseillais goûtent aux « repas de substitution » de la Sodexo en grève.

Pour ce faire, l’édile s’appuie sur un audit de Poivre & Sel
-  un cabinet dont le patron a bossé des années durant pour Sodexo, Eurest... - dont la mairie n’a diffusé qu’une version de 41 pages... alors qu’on a pu se procurer sans peine les pages 49 et 50 ! Où l’on apprend que si un repas revient à « 
 9,62 euros  », grâce au privé, ce sera «  8,73  ». Pour l’écolo Denis Grandjean : «  C’est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres  ». S’en est suivi une grève de plus de deux semaines, allant au-delà de la cuisine centrale, soutenue par les parents d’élèves et les services techniques, avec blocages, rassemblements et non-ramassage des ordures. «  Du jamais vu ici !  », note l’ancien maire (PCF) Daniel Fontaine.

Une volonté de détruire ?

«  Jamais il n’avait été question de privatisation, souligne Isabelle Laussine, responsable CGT à la cuisine centrale. On nous a même rassurés quand on a appris pour l’audit. Bien sûr qu’il y a des choses à améliorer. Comme le gaspillage…  » Elle n’en dénonce pas moins un audit réalisé «  en juin, un des mois les plus compliqués dans les cantines  ». Par un cabinet qui, note-t-elle, a préconisé peu auparavant le passage au privé à Cuges-les-Pins. Ce qui a choqué, c’est la brutalité de la méthode. Comme nous le dit Grandjean d’Aubagne alternative citoyenne et écologiste : «  Lors du conseil municipal fin novembre, on n’a même pas eu l’audit complet. On a saisi le préfet et la justice.  » Faut-il s’en étonner de la part d’un maire qui, dès son arrivée, en refusant d’approuver les comptes de son prédécesseur, a failli compromettre l’adoption de son propre budget ? Le 9 décembre, ce n’est que sous la pression de la foule lors d’un comité technique paritaire que Gazay acceptera enfin le dialogue, conduisant à la levée du mouvement de grève.

Ambiance lourde au conseil municipal du 16 décembre, avec un public fourni et remonté. Malgré la mise en place d’une commission ad hoc qui a trois mois pour examiner les alternatives au passage au privé, Gazay n’en a pas moins fait adopter, au nom de la «  souplesse  » et de la «  qualité  », une gestion en «  délégation de service public  » d’ici la rentrée prochaine. Pour Fontaine, «  au-delà de la volonté de s’en prendre au service public communal, il y a chez Gazay celle de détruire tout ce qui a été mis en place. Au nom d’un seul impératif : désendetter la ville. A Aubagne, il n’y a plus d’argent. Sauf pour les banques.  » Il est clair que la situation financière d’Aubagne - une des villes les plus endettées et dont les emprunts toxiques lui ont valu les foudres de la Chambre régionale des comptes - est loin d’être confortable.

Mais, à l’aune du protocole de sortie de grève du 9 décembre, on peut lire en creux la gestion Gazay. Par exemple la situation de la MJC qui a vu son budget amputé de 20 %. Dès son arrivée, le maire s’est illustré en supprimant plus de 120 000 euros de subventions aux associations, principalement culturelles et sociales. Une rigueur, d’après l’opposition, à géométrie variable puisque la ville s’est dotée d’un « chef de protocole » (un proche de Bruno Gilles) et a recruté, entre autres, un « DGS » venant de MPM payé, selon l’opposition, «  8000 euros par mois  ».

Bénédiction du curé

Autre tour de passe-passe ? Le transfert de projets à l’agglo : «  Quand on sait le peu de dotation qu’aura la Métropole, cela en dit long de leur faisabilité  », soupire Grandjean. Une gestion « au cordeau » et une chasse au « gaspi » qui n’est, pour ce dernier, pas sans aberration. Comme avec le tram : «  Gazay a mis fin au développement du tram à Aubagne voulu par l’ancienne majorité, lui préférant le projet "Val’tram" de l’agglo. Mais, en attendant sa réalisation, on se retrouve avec huit rames alors que la moitié suffirait !  »

Une « orthodoxie » qui cache mal de vrais choix : menace sur le bail de la bourse du travail, non-renouvellement du CDD de la responsable de la FSU… Et, côté culture, après l’annulation du Festival des arts singuliers suite à la censure de deux œuvres jugées «  pornographiques  », il y aura, entre autres, l’annulation de la «  fête de la paix » ou celle de la tournée d’été de la Marseillaise. Mais le paquet est mis sur «  l’année Pagnol  ». Avec, pour les fêtes, le marché aux santons. Avec, en prime, la bénédiction du curé !

Au pays de la Légion, l’Empire contre-attaque. Mais, suite à la « Rébellion », d’aucuns veulent croire au « réveil de la Force ». En attendant, lors du conseil municipal, la frontiste Joëlle Mélin est venue rappeler le poids dans la ville du « côté obscur » (Le FN à 39 % au 1er tour et 45.5 % au 2ème) à celui qui s’est félicité de l’élection de Christian Estrosi. Elle aurait pu lui glisser que le nouveau président de la Région a mis en avant, durant sa campagne, la re-municipalisation des cantines à Nice. A moins que ce ne soit que de la tambouille politique...

Sébastien Boistel

N. B. : Malgré nos multiples sollicitations, ni le maire ni son entourage n’ont donné suite aux demandes d’entretien du Ravi.

@-Leravi - http://www.leravi.org