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« LR » de la guerre

Aix-Metropolis-Marseille
le 19/02/2016

Avec la métropole, c’est la droite qui se déchire, à coups de recours et avec, en prime, quelques noms d’oiseaux. Le tout sur fond de bataille Aix-Marseille. Cette enquête a été publiée dans le Ravi n°135, daté novembre 2015.

«  Oh, tu veux des coups ?!  » 9 novembre, palais du Pharo : Maryse Joissains, maire (LR) d’Aix-en-Provence et patronne du pays d’Aix, menace sa collègue (LR) du pays d’Aubagne, Sylvia Barthélémy. La porte-drapeau des « anti » métropole goûte assez peu d’être privée de micro par celle qui a osé convoquer l’assemblée qui fera du sénateur-maire (LR) de Marseille, Jean-Claude Gaudin, le président de la métropole.

Quelques jours avant, la justice a retoqué deux arrêtés fixant la représentation des communes au sein du conseil métropolitain. De quoi jeter un doute sur sa représentativité. Et donc sur sa capacité à désigner un président. Forte de ces décisions, Joissains a tout fait pour que l’élection n’ait pas lieu. En vain. Virée de la tribune, elle est remplacée par Guy Teissier, le président (LR) de MPM.

Suspension de séance. L’assemblée se vide à moitié. Joissains dénonce des «  méthodes de voyous  », assurant que l’élection sera immédiatement contestée. L’un des maires à l’origine des recours, celui d’Eguilles, Robert Dagorne (LR), parle d’une «  élection à la Bokassa  ». Et l’un de ses collègues, Hervé Favre-Aubrespy, maire (LR) de Cabriès, de se présenter, pour la forme, face à Gaudin. Résultat : 119 voix contre 13.

Sauf que, lorsqu’on l’interroge, pour Joissains, «  il n’y a pas de guerre des droites. Il y a une guerre de territoires !  » La « poissonnière du cours Mirabeau » redoute juste de finir «  à Payolle  », Aix ne voulant pas payer pour Marseille. Et, après avoir tenté de monter sa propre métropole, de réclamer la «  mise sous tutelle  » de la cité phocéenne.

Si on en a l’habitude avec la gauche, voir la droite se déchirer surprend toujours un peu. D’autant qu’au vu des dernières élections, pour cette réforme lancée par Sarkozy et prolongée par Hollande, on aurait pu s’attendre à un peu plus de quiétude, quatre des six EPCI - MPM, le pays d’Aubagne, d’Aix et de Salon - étant à droite.

Sauf que, dès le début, l’affrontement entre les « pro » et les « anti » a transcendé les clivages. Danièle Millon, maire (LR) de Cassis, refuse d’entendre parler de «  camp  » : «  Sur la métropole, il m’arrive d’être d’accord avec des gens de gauche et de ne pas l’être avec des gens de droite. Et dans mon équipe, il n’y a pas que des "Républicains". Vous savez, c’est en présidant le parc des calanques que j’ai compris comment se gère un territoire. Après, il peut y avoir des pressions politiques pour des questions de pouvoir...  »

Hasard ou coïncidence, c’est son prédécesseur au parc, Guy Teissier, qui a intronisé Gaudin. En faisant la grimace car le président de MPM se serait bien vu calife à la place du calife. Bras droit de Gaudin, Yves Moraine minimise : «  Quand on ne parle que d’une seule voix, on nous traite de godillots. Et quand on n’est pas d’accord, on nous le reproche !  » Pour lui, il n’y a pas de clivage « partisan » : « Le maire du Rove a apporté son soutien à celui de Marseille. Et pourtant, il est communiste. Il sait que Gaudin respectera les communes.  »

Mais les « anti » ne désarment pas. Le conseil d’Etat vient d’examiner les recours et, vu la position du rapporteur public, Robert Dagorne a «  bon espoir  » de voir le conseil constitutionnel se saisir de la répartition des sièges par commune. «  On ne parle pas de Saint-Antonin-sur-Bayon mais de villes de 20 000 habitants qui n’ont qu’un conseiller !  », pointe son collègue de Cabriès.

Dagorne dit avoir «  le plus grand respect pour Gaudin. Mais je n’en reviens pas qu’il se soit prêté à cette mascarade. Une métropole, ça ne peut se gérer qu’au consensus. Là, il y a trop d’opposition. Et quand il s’agit de ma commune et de mes administrés, les étiquettes ne comptent plus.  » D’ailleurs, il prévient : il ne gardera sa carte qu’après avoir «  interrogé sur la métropole les différents prétendants à droite pour 2017  ». Tout en notant, au passage que «  Fillon, contrairement à Sarkozy, avait eu la sagesse, suite au rapport Balladur, de préférer aux métropoles les pôles métropolitains, plus souples et moins lourds...  »

Conseiller d’Etat (et proche de Fillon), Hervé Favre-Aubrespy se voudrait presque roublard : «  Si, au 1er janvier 2016, la métropole Aix-Marseille-Provence ne se met pas en place, rien n’interdit à Maryse Joissains de mettre en place la sienne.  » Autant dire que la guerre des droites n’est pas finie. Ce qui n’est pas forcément pour réjouir la gauche. Au sortir du Pharo, le patron du PS 13, Jean-David Ciot, faisait les comptes : «  119 voix sur 240. Gaudin n’a pas de majorité. Et juste le soutien de la droite marseillaise. C’est encore Marseille contre le reste du département.  »

A droite, seul le député (LR) Christian Kert tentera de mettre fin à la discorde en se fendant, sur son blog, d’une «  lettre ouverte  » à ses collègues, réclamant des «  états généraux  » sur la question. En vain. En tête, cette saillie de Moraine à l’attention de la maire d’Aix : «  Quand on veut donner des leçons, le minimum, c’est d’être exemplaire. Je n’en dirai pas plus. J’ai un devoir de réserve. Mais allez voir sur les réseaux sociaux...  »

Sébastien Boistel

@-Leravi - http://www.leravi.org