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le Ravi en état d’urgence… sociale  !

le 22/02/2016

Une fois de plus, le Ravi est allé traîner ses guêtres dans les travées des états généraux de l’urgence sociale. Au menu de cette troisième édition  : repenser, au-delà de la « simple  » mise à l’abri des plus démunis, la question du lien social et de l’accueil de jour. Une urgence. Surtout en plein état d’urgence  ! Un cahier spécial de 8 pages à lire dans le Ravi n°137, daté février, 2016 actuellement chez les marchands de journaux.

«   A chaque fois, on est interpellé par l’actualité   !  »  : ce constat, c’est celui de Charles Baratier, président de l’Uriopss Paca (1). En effet, la troisième édition des états généraux régionaux de l’urgence sociale s’est déroulée le 9 décembre à Aix-en-Provence (13)  : «   L’entre-deux tours des régionales nous fait craindre des résultats qui pourraient être lourds de conséquences.   » Le FN était aux portes de la Région, avec, comme porte-drapeau, une jeune femme prête à couper les vivres au Planning familial au prétexte que «   l’Etat n’a pas à payer pour l’inattention des femmes  ».

Si le FN devra se contenter du rôle d’opposant, le tableau dressé fin 2015 par le président de l’Uriopss comme par Rose-Marie Sergent, de la Fnars (2), reste d’actualité. Le premier dénonce un «   vivre ensemble fortement menacé  » et sa collègue parle, elle, d’une «   période troublée où d’aucuns prônent le repli sur soi et la peur de l’autre  ». Quant à Fathi Bouaroua, de la Fondation Abbé Pierre (FAP, partenaire de ce cahier), il enfonce le clou  : «   J’aurais moins de réserve que mes collègues.  » D’abord parce que «   nous sommes en état d’urgence  ». Or, souligne-t-il, ceux qui sont en première ligne, «   ce sont les plus fragiles, les plus démunis  », ceux qui «   sont toute la journée dans la rue, l’espace public  » et qui sont «   confrontés tous les jours, comme dans les gares, les grands magasins, aux services de sécurité...  » Mais aussi parce que, pour le responsable régional, «   nous vivons des changements politiques, une réaction où, face à la régression sociale, on assiste à une régression des solidarités  ».

Et de citer les faits d’armes non seulement du FN (avant de s’attaquer à la mosquée, David Rachline, le sénateur-maire de Fréjus, s’était fait les crocs sur un centre social) mais aussi ceux de cette droite se voulant désormais «  républicaine  ». Le conseil départemental des Bouches-du-Rhône a par exemple supprimé tant la «   prime de Noël  » que «   la gratuité des transports pour les titulaires du RSA  ». En tête, également, cette réunion de présentation du plan hivernal  : «   Quand on a interrogé le préfet sur les gens qui ne veulent pas aller dans les hébergements concentrationnaires, les dortoirs, il nous a expliqué que c’est du fantasme et que les questions d’intimité ne veulent rien dire.  »

D’où la nécessité de remettre au centre du débat, au-delà de la simple mise à l’abri, la question du lien social. Et, au-delà, celle du travail social. Une question «   éminemment politique, rappelle Joe Ponsot, de la boutique solidarité à Marseille. Parce que, ne l’oublions pas, d’une certaine manière, ce qu’on nous demande, c’est de "nettoyer" les rues et d’assurer la paix sociale. Prenez la domiciliation. C’est du contrôle social qui désormais conditionne l’ouverture des droits  !  » Et de soupirer  : «   Mais comment réfléchir sur ses pratiques quand on est dans de la gestion de flux  ? Surtout sans perspective de transformation sociale  !  »

Il est clair qu’à la veille d’un nouveau prolongement de l’état d’exception dans lequel se trouve la France (et de la présentation du 21ème rapport sur le mal-logement), «   l’état d’urgence économique et sociale  » tel que l’entend François Hollande se résume à une brochette de mesures - en faveur de la formation, de la création d’entreprise... - qui fait l’impasse sur la grande précarité, sans même prendre la peine de masquer la volonté de détricoter le droit du travail et les droits sociaux... Et le responsable de la Boutique solidarité de se désoler  : « Même quand on parle leur langage, ça ne marche pas  ! On avait démontré que loger quelqu’un, ça coûtait moins cher que de le laisser dans la rue.16 euros par jour et par personne alors qu’une journée d’hospitalisation, c’est 80 euros. La réponse  ? Puisqu’on faisait faire des économies à l’hôpital, on n’avait qu’à demander à l’hôpital de nous financer...  »

D’où l’urgence de «   sortir de l’urgence  », dixit Benedetta Badii de la Fnars, de résoudre toutes les «   fractures  » -  urbaines, temporelles, numériques... - que liste la Fap. Même si cela passe par des chemins parfois surprenants  : «   On bataille sur la question de l’accessibilité de l’eau à Marseille, raconte Fathi Bouaroua. Et vous savez pourquoi ils vont remettre des fontaines  ? C’est parce que l’intérêt des sans-domicile rejoint celui des touristes. Eux aussi ne trouvent pas où boire.  »

Au-delà, ces états généraux auront vu professionnels, militants, associatifs et bénévoles rappeler l’importance de remettre l’usager au cœur des dispositifs d’accueil. André Gachet, de la FEANTSA (3) a souligné l’importance du droit et des financements européens (des financements qui passent par... les régions). Surtout, il a défendu la nécessité d’inventer une «   déontologie de l’accueil  »   : «   Quand quelqu’un vous fait un récit, ce qu’il faut regarder, ce n’est pas son ordinateur mais son visage, son regard.  »

Sébastien Boistel

1.  Uriopss  : Union inter-régionale interfédérale des organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux.

2.  Fnars  : Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale.

3.  FEANTSA  : Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri.

@-Leravi - http://www.leravi.org