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le Ravi crèche à Marseille

le 5/12/2005

Zéro partout, la balle au centre

Champion incontesté lors des matchs décalés ! Alors que la France exhume de son histoire coloniale une loi sur le couvre-feu pour calmer la gronde dans les banlieues, les voitures ne flambent pas à Marseille, pourtant capitale présumée de toutes les rébellions. Mais au même moment, la ville se paye le luxe d’un conflit social majeur : 46 jours de paralysie des transports en commun. Motif de la grève ? La crainte des salariés de la régie publique que le recours à une DSP (délégation de service public) pour la gestion du futur tramway préfigure une privatisation. Une bataille perdue, comme la précédente menée par les marins de la SNCM. L’affrontement va laisser des traces : économiques, sociales et politiques. Bernard Brunhes, mandaté un temps par le gouvernement pour tenter une médiation, s’est étonné : « je n’ai pas compris que des dirigeants politiques se disent « on va avoir la peau des traminots » et pendant ce temps les Marseillais vont à pied... » (1). La trêve des confiseurs tombe bien ! Les commerçants du centre ville ont obtenu l’autorisation d’ouvrir plusieurs dimanche d’affilés pour tenter de compenser les pertes des dernières semaines. Jean-Claude Gaudin a indiqué que la mairie prendrait entièrement à sa charge les frais d’éclairages de Noël... Une mesure très symbolique : show must go on ! Peu de temps avant la fin de la grève, le maire avait laissé éclater sa colère : « il est irrespectueux vis-à-vis de la personne humaine de prendre en otage toute une ville, (...) d’isoler les personnes âgées et malades, de porter atteinte à la très belle image de Marseille » (2). Le bateau tangue : tous aux abris, les malades et l’image de la ville d’abord ! Car la plus grande fierté du premier magistrat - l’attractivité retrouvée de Marseille - est rudement mise à l’épreuve. Dans un effet boomerang, aussi superficiel que l’enthousiasme médiatique qui l’a précédé, les articles négatifs s’enchaînent dans la presse nationale. « L’effet TGV s’est dissipé, souligne Marie-Arlette Carlotti, députée européenne socialiste, élue marseillaise au Conseil général. La ville est sale, livrée aux promoteurs, le chômage reste à hauteur de 15 %. Plus de 15 points séparent les gros salaires et les petits. 25 % des gens vivent sous le seuil de pauvreté. Quand je vois Barcelone, son explosion économique et culturelle, je suis malade. Marseille est pourtant la plus belle ville méditerranéenne. Mais il n’y a plus de pilote dans l’avion ! ».

« Marseille est sale, livrée aux promoteurs, le chômage reste à hauteur de 15 %. Quand je vois Barcelone, son explosion économique et culturelle, je suis malade. » Marie-Arlette Carlotti, députée européenne

Quoi qu’en dise le Maire, la CGT n’est pas la seule à mener la fronde dans les rues. Depuis des mois, des manifestations contre le stationnement payant se sont multipliées. L’installation d’horodateurs, alors que la construction du tramway donne au centre ville l’aspect d’un grand chantier chaotique, fédère le mécontentement des petits commerçants, de marseillais déjà frappés de plein fouet par la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier, ainsi que des militants de gauche plus organisés... Dans la zone « Euroméditerranée » - grand programme de requalification des anciens quartiers portuaires soutenu par l’Etat - la rénovation de la rue de la République passe par l’expulsion d’une partie de ses habitants. Et des protestations. « Le dialogue entre les élus et les citoyens est totalement bloqué », souligne Damien Brochier, militant « multi-casquette » très investi dans « Un centre ville pour tous ». « Dès qu’une association est un peu revendicative, elle se fait traiter d’opposant », poursuit-il. Certains acteurs acceptent d’en découdre et tentent d’élaborer « un autre projet de ville », à l’image d’« Un Rouet à c ?ur ouvert » ou de « Coqlico ». « L’idée n’est pas de monter une machine électorale mais de fédérer, réfléchir, explique Michel Pirrotina du Rouet. Le mythe du cadre supérieur qui débarque de Paris en TGV pour vivre ici est une pagnolade. » Tout n’est pas parfait, concède parfois Jean-Claude Gaudin et son équipe, mais c’était bien pire auparavant ! Le chômage ? Il dépassait, il y a dix ans, allègrement les 20 %. Des politiques volontaristes comme la création de « zones franches » auraient contribué à le faire chuter... L’explosion à la hausse de l’immobilier ? Un rattrapage nécessaire, signe de la confiance des investisseurs et d’une attractivité économique retrouvée... Euroméditerranée ? « C’est l’appartement témoin du Marseille dont je rêve pour demain », se réjouit Renaud Muselier, 1er adjoint au maire (3). La fronde aux horodateurs ? « Sur ce problème comme d’autres, nous faisons preuve de courage politique en sachant affronter une brève impopularité. Car, tôt ou tard, les événements vont nous donner raison », affirme Maurice Talazac, adjoint délégué à la circulation (2). De fait, d’ici les municipales de 2008, la communauté urbaine sera peut-être endettée, mais un tramway flambant neuf circulera au centre ville. Et d’autres équipements emblématiques devraient avoir été inaugurés : les Terrasses du port, complexe commercial et de loisir ; le parvis de la Mairie sous l’Hôtel Dieu ; l’esplanade de la Major ; le commissariat sur la Canebière ; le Silo, une nouvelle salle de spectacle ; un palais de la glace et de la glisse à la Capelette... Si le véritable leader des socialistes marseillais, Jean-Noël Guérini, après avoir fait obstacle dans son propre camp à toute candidature pouvant lui porter ombrage, refuse de se porter candidat en se risquant hors de son fief du Conseil général - scénario probable à ce jour - la réélection de Jean-Claude Gaudin ne fait aucun doute. Pour peu que l’OM gagne trois matchs d’affilés, Marseille frôlera alors l’euphorie...

Michel Gairaud

(1) BFM le 24 novembre 2005 (2) Conseil municipal du 14 novembre 2005 (3) LCM, le 25 novembre 2005 NDLR Nous tenions à vous proposer dans ce dossier un grand entretien avec le maire de Marseille, dont le sens de l’humour et le goût du débat ne sont plus à démontrer. Mais nos demandes - pourtant anticipées et répétées - n’ont pas pu aboutir. De même que celles auprès de son 1eradjoint, Renaud Muselier. Indifférence ou hostilité vis-à-vis de la presse associative et satirique ? Que nenni ! Partie remise bien entendu...

Au sommaire

Page 12 De la fracture au grand écart : géographie politique des inégalités... Le tram le plus con du monde, con ? : Et s’il ne servait pas à se déplacer ?

Page 13 L’immobilier fait des bulles : construire n’importe quoi, n’importe comment ?

Pages 14-15 Reportage dessiné : Chantier du tram...

Page 16 Quand j’entend le mot culture... : Marseille, capitale culturelle 2013 ? D’un cliché à l’autre : Questions d’image...

Page 17 Leçon de choses : le scoop de Sam Ravi...

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