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L’été sera chaud...

Les 4 saisons du mal-logement
le 21/06/2016

En été, le mal-logement est moins visible mais tout aussi présent. Retour sur l’été 2015 : Portraits de militants, mise en avant d’initiatives positives, réflexions sur l’habitat participatif... Cette année là, face à la crise des migrants, la torpeur estivale n’a pas duré...

Ah, l’été... période de vaches maigres pour les médias qui semblent écouter en boucle Aznavour  : «  Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil  !  » Il n’y a guère que La Marseillaise, avec un article intitulé justement «  la misère plus dure au soleil  », pour rappeler, en racontant une maraude estivale et nocturne des Restos du Cœur que l’été est la saison «   la plus meurtrière pour les sans-abri  ».

C’est pourtant aussi, à en croire la presse cet été 2015, celle de tous les possibles. Celle où les SDF ne sont plus de simples chiffres mais peuvent monter sur les planches et devenir... acteurs. En témoigne la couverture presse du festival « C’est pas du luxe  » à Apt dans le Vaucluse. «  Monter sur scène ne suffira pas à retrouver un logement ou un emploi mais cela peut permettre de reprendre confiance en soi  », explique à La Croix un responsable de la fondation Abbé Pierre. Ce qui n’empêche pas La Provence de s’enthousiasmer  : «  Quand des SDF de toute la France montent sur scène   »...

L’été, c’est cette saison où l’on met en avant initiatives positives et engagement militant. Comme celui de cette militante du Secours Populaire, dans La Marseillaise, pour qui «  ce n’est pas parce que les gens sont pauvres qu’ils n’ont pas droit aux vacances  », rappelant que «  partir a souvent été un tremplin, […] a permis à des familles de rebondir  ». Une saison propice également aux papiers plus en longueur, comme celui consacré à «  Mehdi, victime du déterminisme   » dans La Provence fin août, un jeune qui vit au Village, à Cavaillon...

Emblématique   ? C’est en été qu’ont eu lieu à Marseille les Journées nationales de l’habitat participatif, un concept encore suffisamment méconnu pour que La Provence se sente obligée de le définir  : «  Il s’agit de groupements de personnes ayant la volonté de participer à la définition, à la conception et à la gestion de leurs logements et des espaces de vie partagés destinés à leur usage commun  », explique Pierre Lévy, de l’association marseillaise Regain. Un autre membre de l’association ajoutant, sur le site Blogstory Marseille  : « L’habitat est un lieu idéal pour le réinvestissement de l’action citoyenne. Il est le lieu de l’intimité de chacun, le cocon fondateur de la vie individuelle et familiale, mais à partir de lui peut se développer le réseau des solidarités de proximité et des pratiques quotidiennes.  »

Or, c’est à cette période que ce sont mis en place les «  conseils citoyens  », «  une tentative de renouer le dialogue dans les quartiers difficiles  », dixit le site Go met, citant l’ancienne préfète à l’égalité des chances, Marie Lajus, se félicitant que « Marseille est dans la première vague des villes en France à organiser ces conseils de citoyens  ». Sauf qu’ils sont déjà, souligne le gratuit 20 minutes, objet de «   discorde  », relayant, comme le fait Anonymal TV sur Aix-en-Provence, les critiques du collectif Pas sans nous (lire par ailleurs).

Ce manque de concertation, de prise en compte de la parole des habitants, c’est ce qui caractérisera l’opération de requalification du quartier de la Plaine à Marseille. Pourtant, comme le rapporte La Provence tout début septembre, « on n’a pas envie de se manquer  », avoue Gérard Chenoz, adjoint au maire et patron de la Soleam, la société d’aménagement de la ville de Marseille. Sauf que derrière la volonté affichée d’«  entendre tous les usagers de [la place] Jean-Jaurès  », le scénario est déjà écrit. En témoignent les propos de la maire (LR) de secteur Sabine Bernasconi  : « Cette place, il faut l’aérer, la réorganiser, lui redonner des fonctions lisibles. Le marché doit aussi être repris en main.  »

Une reprise en main que les habitants de la seconde ville de France ne connaissent que trop bien avec l’opération édifiante de « réhabilitation  » de la rue de la République, que l’association Un centre-ville pour tous analyse dans une étude publiée en juillet («   Rue de la République, onze ans après et toujours inachevée  ») et dont se saisissent les médias au sortir de la torpeur estivale. Une étude où l’on apprend que «  sur 208 immeubles et 3947 locaux à usage d’habitation actuels, un quart des immeubles est à l’abandon ou en travaux, sur les lots d’habitation rénovés, un tiers du parc privé n’est pas loué  » et «  concernant les 205 locaux d’activité en rez-de-chaussée, deux tiers sont à l’abandon  ». Résumé de la situation par La Provence  : «  Ça patine rue de la République.  »

Comme sur la question de l’accueil des migrants. Mais, sur le front des réfugiés, ce n’est déjà plus l’été. Prophétique, La Marseillaise, à la mi-août, se penchait sur le sort de familles Roms accueillies à Aubagne et soutenues par un collectif, avec un article intitulé   : «  Sur les chemins escarpés de la dignité   ». Quelques semaines plus tard, début septembre, la photo du corps sans vie du petit Alyan sur une plage turque fait le tour du monde et des rédactions. La région Paca débloque alors trois millions d’euros  : «   On ne demande pas ses papiers à quelqu’un qui se noie  », assène Michel Vauzelle, le président (PS) du Conseil régional dans une interview accordée à La Provence. Qui, quelques jours plus tard, publie un article au titre sans équivoque  : «  Réfugiés   : des maires solidaires mais pas à n’importe quel prix…   »

Sébastien Boistel

En mars 2016 (n°138) le Ravi s’est livré dans un cahier « très spécial » à une « revue de presse » du mal-logement en Paca, en distinguant, pour chaque saison, les grandes thématiques abordées par les médias et en mettant en avant un article emblématique d’un de nos confrères ainsi que ceux réalisés par le mensuel qui ne baisse jamais les bras...

@-Leravi - http://www.leravi.org