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Les joies du hors-jeu

Footez-nous la paix !
le 4/07/2016

Corruption, clientélisme, grand banditisme… Dans le foot, le spectacle est autant dans les coulisses que sur le terrain !

Dur, dur d’être supporter. A peine le temps de coucher les mômes que Zlatan crucifie les Marseillais en cette finale de la Coupe de France aux allures de « classico ». Plus un bruit. Un philosophe, dans une rue phocéenne : «  C’est chaud !  » Même son de cloche, face au gadin, de La Provence : «  L’OM est un champ de ruines.  » Corruption, clientélisme, grand banditisme, gabegie, racisme, sexe, violence... dans le foot, tout y est ! En tout cas, à la chambre régionale des comptes, on ne s’y trompe pas : lorsque les finances d’une ville sont auscultées, le stade fait partie, comme à Marseille ou Nice, des morceaux de choix (lire page 10).

Avec le ballon rond, on n’est jamais déçu. Ni au bout de ses surprises. Saviez-vous qu’il y a à Monaco des «  ultras  » ? Qui, pour se payer un mini-bus, n’ont réussi à réunir que «  75 euros  ». Comme le disait déjà en 2014 leur président : « Le foot business est une horreur. Des financiers et des personnes avides d’argent se sont emparés du foot. La corruption existe à tous les niveaux.  »

Un constat que dresse le patron du Front démocrate, Jean-Luc Bennahmias, auteur de plusieurs rapports à ce sujet et qui préconise, dans l’un d’eux («  Sport de haut niveau et argent  ») d’«  encadrer la fonction d’agent  ». C’était... en 2002 ! «  Prenez Platini, nous explique-t-il. Quand il jouait, les rémunérations n’étaient pas au niveau actuel. Alors, en acceptant sans contrat 2 millions de la Fifa, peut-être s’est-il juste dit qu’il ne faisait que gagner là ce qu’il n’avait pas touché à l’époque. Car aujourd’hui, dans le foot, 2 millions, c’est rien.  »

Prêts à tout pour gagner

Pour l’ancien député européen, c’est ce cocktail détonnant « sport et argent » qui est explosif : «  J’ai essayé de travailler sur l’encadrement des agents. C’est impossible. Il y a trop d’argent. En L1, le salaire moyen d’un joueur, c’est 45 000 euros par mois. Député européen, c’est 6000. Il y a donc des agents, des agents d’agent, etc... Et des mômes devenus le fils prodigue qui, à 20 ans, n’ont plus les pieds sur terre. Il faudrait encadrer les salaires, les budgets. Car aujourd’hui, les joueurs sont devenus des marchandises et les équipes des vitrines. Le paradoxe, c’est que c’est à la fois le sport le plus populaire et celui qui brasse le plus d’argent.  »

Karim Zéribi, un autre ex-député européen écolo, a failli dans sa jeunesse faire une carrière pro dans le football : «  Si Consolat réussissait à monter en L2, l’équipe ne pourrait même pas jouer à Marseille (lire page 12). On est dans une ville où certains préfèrent s’offrir une place plutôt que de remplir leur frigo, où tout le monde va payer pour la rénovation d’un stade désormais entre les mains d’un consortium privé. Et à Marseille, il n’y a même pas de classe de sport études pour le foot, le centre de formation est incapable de retenir les joueurs les plus prometteurs et la ville de payer des chasubles aux clubs amateurs !  » Et le conseiller municipal d’opposition, par ailleurs mis en examen pour «  détournement de fonds publics  », de pester : «  Il va y avoir l’Euro, la capitale européenne du sport mais après, ça va retomber comme un soufflet ! Et comme la nature a horreur du vide, comment s’étonner si certains s’intéressent à un business où on peut faire beaucoup d’argent rapidement ?  »

Pourtant, les liens entre le foot et la classe politique sont étroits. En témoignent des figures comme Pape Diouf ou, bien sûr, Tapie qui avait confié la gestion des abonnements aux supporters, un « système » auquel il vient d’être mis un terme récemment. Et comment ne pas noter que l’ancien directeur de cabinet de Michel Vauzelle puis d’Eugène Caselli, Franck Dumontel, accessoirement compagnon et collaborateur de la sénatrice-maire PS Samia Ghali, est, lui aussi, ancien footballeur ? «  Des réseaux, il y en a partout. Avoir un sportif dans son équipe, je ne suis pas sûr que cela pèse beaucoup, nous dit-il. C’est déjà bien s’il n’est pas là comme alibi.  »

D’aucuns pointeront, dans le sillage de la CRC, qu’en charge des sports, à la Région, Ghali gérait 28 millions d’euros et a particulièrement investi, dans son secteur, dans la pelouse synthétique. «  Ici, on se contente vite de la plage et de la mer alors qu’il y a un vrai besoin d’équipement, rétorque Franck Dumontel. C’est bien d’avoir des vitrines, comme l’OM ou le Cercle des Nageurs, mais il ne faudrait pas que cela masque la réalité. Dans le foot, la dimension financière a pris le pas sur le sport. C’est un monde malheureusement à l’image du nôtre. Sauf que tout y est démesuré.  »

Un miroir grossissant qu’ausculte Noël Pons, spécialiste de la corruption dans le sport : «  Le problème du sport, c’est qu’on voudrait que ce soit la grandeur, l’honneur, l’éthique alors que ce n’est que l’affrontement entre des personnes prêtes à tout pour gagner. Marseille, par son côté caricatural, est un formidable terrain d’exploration. L’avantage du foot, c’est qu’il y a beaucoup d’argent, que cela circule vite et que les circuits sont par essence internationaux. Il peut donc y avoir des malversations pour l’achat ou la revente d’un joueur. Mais aussi d’un club. Sans parler des paris frauduleux, des matchs truqués...  »

Rumeurs et démagogie

Et notre spécialiste qui officiait jusqu’il y a peu au Cefti, le Centre de formation contre la délinquance financière à Aix-en-Provence, de poursuivre, intraitable : « Fraude de riches et fraude de pauvres : il y a aussi des malversations dans les divisions inférieures. Les sommes sont moindres mais les enjeux restent les mêmes. Comme à Nîmes avec des matchs truqués afin d’éviter la rétrogradation. Car derrière, il y avait la question des droits TV. Dans l’absolu, pour s’éviter tout cela, un club comme Consolat n’aurait presque aucun intérêt à monter.  »

Un point de vue partagé par Bennahmias mais qui heurte Dumontel : «  Un sportif ne peut raisonner comme ça. Le sport, c’est forcément le dépassement, aller plus loin, plus haut.  » Sauf que, souvent, la chute est rude. En atteste le naufrage d’Arles-Avignon, passé de la L1 aux tréfonds du championnat amateur. Une histoire que le premier adjoint arlésien Patrick Chauvin et ancien dirigeant du club, refuse d’évoquer. Et encore douloureuse pour l’ancien patron de la droite avignonnaise, Bernard Chaussegros, après sa tentative infructueuse pour sauver le club.

Encore des histoires de gros sous. Et de politique. Ce que dissèque à l’envi «  l’OM Forum  », un site de supporters qui se distingue par ses dossiers fouillés, faisant du « fact checking » et qui a poussé le vice jusqu’à analyser les comptes de l’OM sur 20 ans ! «  Le monde du foot est celui des rumeurs, des mensonges, de la démagogie, nous explique le "Professeur Urbain". Il ne faut pas sous-estimer les supporters qui connaissent très bien leur club et ne sont pas dupes. C’est un peu comme la politique. Tout le monde est assez cynique mais cela reste vraiment intéressant. Sauf que nous, quand le coup d’envoi est donné, le cerveau tombe en veille et c’est le cœur qui embarque.  » Finalement, c’est pas si dur, d’être supporter.

Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°141, juin 2016

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