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Carnet(s) de campagne

Clientélisme urbain, "gouvernement et hégémonie politique à Marseille" de Cesare Mattina
le 29/08/2016

Dans son dernier ouvrage à paraître le 8 septembre 2016, « Clientélismes urbains », le sociologue Cesare Mattina démonte les mécanismes marseillais à l’œuvre depuis Gaston Defferre jusqu’à aujourd’hui. le Ravi en publie les bonnes feuilles.

Cesare Mattina, les lecteurs du Ravi le connaissent bien. Et pour cause : ce sociologue fait partie des vétérans du mensuel qui ne baisse jamais les bras. Il signe dans le premier numéro un article sur... la « mafia ». Là, dans un pavé de 400 pages publié ce 8 septembre, il décortique par le menu les mécanismes du clientélisme à l’œuvre dans la seconde ville de France et qui, depuis Gaston Defferre, n’ont guère changé.

Témoignages d’élus, de responsables syndicaux, observations sur le terrain et travail sur des archives inédites... le chercheur nous fait pénétrer au cœur de la « machine politique » non pas tant pour décrire « qui » gouverne Marseille mais, surtout, avec qui est dirigée la seconde ville de France.

L’objectif de Cesare Mattina n’est ni de dénoncer, ni de juger mais de comprendre. En tordant le cou toutefois à une idée infondée mais qui a la peau dure : non, le clientélisme ne profite pas aux classes populaires mais avant tout à une classe moyenne inféodée aux pouvoirs politiques.

le Ravi en publie cette semaine (le Ravi n°143, diffusé chez nos abonnés et en kiosque en Paca à partir du 2 septembre) les meilleurs extraits. Et vous livre également ci-dessous ici même, un avant-goût avec un extrait des carnets ethnographiques de Cesare Mattina dans lesquels il suit notamment un certain Jean-Noël Guérini, l’ancien patron socialiste du Conseil général des Bouches-du-Rhône et multi-mis en examen, en campagne dans son fief du Panier.

S. B.

Clientélismes urbains, Gouvernement et hégémonie politique à Marseille, éditions Presses de Science Po, 426 pages, 29 euros.

Le père Jean-Noël en campagne

Compte rendu d’observation de la campagne de Patrick Mennucci et Jean-Noël Guérini des législatives 2007. Visite du quartier de La Joliette (2ème arr.)

Le rendez-vous de ce qui est annoncé dans le blog de Patrick Mennucci comme « une visite du quartier de La Joliette » est prévu à la sortie du métro 2, place de La Joliette dans le 2ème arrondissement. J’arrive à 10h30 environ et je vois un rassemblement d’une trentaine de personnes. Je reconnais Jean-Noël Guérini, Patrick Mennucci, Josette Sportiello [suppléante de Mennucci aux législatives], un militant d’origine algérienne rencontré lors de mon précédent terrain à La Plaine, Morgane Turc et Christophe Lorenzi, respectivement attachée de presse et directeur de campagne de Mennucci.

Guérini serre la main à tout le monde autour de lui et parle à voix haute. Je reconnais un président de CIQ [Comité d’intérêt de quartier] du quartier. Un militant me dit qu’il y a d’autres présidents de CIQ, ainsi que des membres d’associations. On emprunte le boulevard Schumann et les candidats accompagnés par Guérini rentrent dans les commerces. Cela donne l’impression d’un cortège, car nous sommes 30-35 personnes à occuper quasiment toute la largeur du trottoir. Un autre membre de l’équipe de Mennucci m’indique qu’il y a beaucoup de gens de la garde rapprochée de Guérini : son directeur de cabinet au Conseil général, ses gardes du corps, ses assistants, etc.

Guérini salue les rares gens qui passent. Il donne l’impression de déjà connaître certaines personnes. Il rencontre une femme et il lui dit : « Je vous présente Patrick Mennucci, le candidat aux élections législatives », comme pour bien faire remarquer qu’on est chez lui, dans ses quartiers. On prend le boulevard des Dames et on s’arrête dans deux bars, de part et d’autre de la rue. Les membres de l’équipe de Guérini ont tous l’air de connaître déjà les patrons de ces bars.

Dès le début de la visite, sans comprendre de qui il s’agissait, j’avais déjà remarqué deux jeunes hommes d’environ 30 ans en costard-cravate suivant de très près Guérini dans ses déplacements et prenant sans cesse des notes dans leur calepin. Je m’aperçois qu’ils notent ce que les gens viennent leur demander, soit directement à eux, soit à Jean-Noël Guérini. Une femme sur la cinquantaine l’interpelle et elle lui parle d’un logement social qu’elle aurait demandé depuis un certain temps à l’Opac sans qu’elle ait encore eu de réponse. Les deux jeunes, attentifs, prennent note. J’entends Guérini répondre : « Ne vous inquiétez pas, je vous promets que pour la fin de l’année, avant décembre, le problème est réglé. » La femme remercie et dit qu’elle espère que ce sera fait.

Guérini rentre dans un magasin puis il sort en signalant à un de ces deux jeunes qu’il faut aller écouter ce que ces commerçants demandent et en prendre note. Je m’approche de l’un de ces deux jeunes hommes que je vois en train de noter et je lui demande ce qu’il fait. Il me répond qu’il note toutes les demandes de la population et que la permanence de Guérini fera ensuite des courriers pour que ces requêtes puissent aboutir. Il me dit qu’il travaille au Conseil général et qu’il est souvent à la permanence de Guérini, rue de l’Observance. Une autre femme approche Guérini et lui glisse un papier avec un petit mot dans la poche de sa chemise, en lui disant : « Bonjour Jean-Noël, il y a tout écrit. » Guérini passe ce petit mot à son jeune assistant...

Sources : Carnets ethnographiques de Cesare Mattina, 7 juin 2007 [le titre « Le père Jean-Noël en campagne » est de la rédaction du Ravi]

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