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Des volontaires malgré eux

Services civiques : engagements par altruisme ou par défaut ?
le 25/10/2016

Les Services civiques sont à la mode. Mais les jeunes s’y engagent-ils par altruisme ou par défaut ?

Ils étaient 1 870 Services civiques en Paca fin 2015 lors du dernier bilan. Ils sont jeunes (entre 16 et 25 ans), parfois beaux, ne sentent pas forcément le sable chaud mais plutôt la précarité à plein nez ! Car si les associations ou collectivités qui les recrutent insistent sur l’expérience humaine et l’engagement citoyen, la réalité pécuniaire des services civiques est beaucoup moins sexy : entre 570 et 680 euros mensuels, qu’ils travaillent 25 ou 35 heures, et bien souvent plus, non cumulables avec une allocation chômage. Pour l’autonomie financière on repassera...

En ce jeudi de juillet, l’association Unis-Cité Marseille réunit de potentiels candidats pour une présentation de différentes missions. Parmi eux, Adrien sort de BTS urbanisme. Malgré son niveau d’études, s’il veut devenir volontaire c’est parce que les recruteurs des entreprises trouvent qu’il n’a «  pas assez d’expérience  ». Hanane, baccalauréat en poche, espère qu’une mission en lien avec l’éducation lui donnera un coup de pouce pour la suite de son parcours. Bilal, 22 ans, enchaîne les intérims et espère que son Service civique pourra l’aider à convaincre de futurs employeurs…

Bien souvent « le Jeune » en tire une bonne expérience. Comme Maëva, ancienne volontaire du Centre régional d’insertion jeunesse (Crij) qui insiste sur la variété des activités, le travail en équipe mais aussi l’autonomie accordée. Et aussi «  le sentiment de travailler pour l’intérêt général  ». Développement durable, visite de personnes âgées, animation des quartiers populaires, nombreuses sont les missions alléchantes. Sur son site, Unis-Cité propose à ses volontaires de devenir des «  intergénéreux  », des «  médiaterre  », des «  néocitoyens  » et autres mots-valises qui fleurent bon l’engagement, l’altruisme et l’humanité.

Salariat parfois déguisé

Si selon Giulia Profeta, chargée de mission pour le développement du service civique au Crij, «  pas question de remplacer un employé par un volontaire  », dans les faits la frontière est souvent très floue. Firdaws sort satisfaite, à 21 ans, d’une mission pour la Caf où elle a aidé les usagers de la ville de Gardanne à prendre en main les outils numériques afin d’accomplir leurs démarches administratives. De même sur le site du gouvernement où sont publiées les offres de service civique, la préfecture des Bouches-du-Rhône propose des missions « d’accueil des usagers ». Georgette Gianola, déléguée syndicale de Sud Emploi, regrette que ces jeunes «  pleins de bonne volonté et d’enthousiasme soient utilisés pour palier un désengagement de l’État et parfois envoyés en première ligne  ».

Du côté du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal (LR) et ses troupes sont à l’origine d’une mission de service civique sur sept dans le département avec un recrutement massif de 100 jeunes sur 8 mois pour novembre. A la CGT du CD 13, on regrette que le dispositif ne soit pas assez lié à une véritable insertion professionnelle. Un constat pessimiste loin d’être partagé par Danièle Brunet, déléguée à la Jeunesse au sein du CD 13. Pour elle, le volontariat «  permet au contraire d’ouvrir des perspectives aux jeunes de tous les milieux sociaux  ».

Désignés volontaires

Les collectivités ne sont pas les seules à profiter de l’aubaine : les associations aussi ne sont pas en reste ! La Tchatche, qui édite le Ravi, a ainsi lancé cet été le recrutement d’un Service civique pour renforcer la diffusion du journal. Mais qui sera
-  c’est promis ! - aussi bien traité que les stagiaires, comme l’auteur du présent article… En théorie, la convention qui lie le volontaire à la structure d’accueil protège des dérives possibles. Il est ainsi, par exemple, clairement spécifié qu’un jeune ne peut pas se substituer à un chargé de communication. « 
 Mais parfois, il suffit de remplacer un mot par un autre comme "communication" par "promotion" lors de la rédaction de l’annonce à mettre en ligne et ça passe !  », nous confie une responsable associative.

En janvier 2016, Hollande annonçait vouloir élargir le dispositif à 150 000 jeunes (au lieu de 70 000 à ce jour) promettant des moyens supplémentaires d’ici 2018, avec un budget de plus d’un milliard d’euros contre 300 millions actuellement. L’agence du service civique devenant un « Haut commissariat à l’engagement ». De quoi, au passage, faire baisser la courbe du chômage. Car beaucoup de jeunes diplômés, bac+4 ou +5, ont bien conscience que leur première expérience professionnelle passera par un service civique à 600 euros. Des députés PS, parmi lesquels Christophe Castaner - ancienne tête de liste aux régionales Paca - veulent rendre le service civique obligatoire. Même si lui-même avoue qu’il y a un «  vrai risque  » de se retrouver avec «  des emplois au rabais  », il estime que la solution consiste surtout à mieux «  encadrer  » le dispositif et à donner plus de moyens aux instances locales pour contrôler les agréments.

Des contrôles supplémentaires ne seraient pas pour déplaire à David Ouzilou, le président de l’association « La voix des volontaires en service civique », mais pas question pour lui de rendre le service civique obligatoire, «  ce qui serait de toute façon impossible  ». Un constat partagé, avec plus ou moins de vigueur par les organisations étudiantes (Unef, Solidaires, Fage), lycéennes (SGL, UNL, FIDL), mais aussi par ASSO, le syndicat des salariés du secteur associatif. De quoi remettre la jeunesse dans la rue ?

Cyrille Crespy

@-Leravi - http://www.leravi.org