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FN  : un grand écart en trompe-l’œil

Estivales de Marine Le Pen à Fréjus : le FN moins "apaisé" qu’il ne l’affirme
le 7/11/2016

Derrière l’ouverture de façade, le FN ressasse encore et toujours les mêmes discours. Reportage aux « Estivales de Marine Le Pen  » à Fréjus.

A l’entrée de la ville, des nains de jardin entourés de drapeaux. Bienvenue à Fréjus (83), chez le sénateur-maire FN David Rachline, bombardé directeur de campagne de Marine Le Pen et accueillant ses «   Estivales  ». Dans un ancien hangar militaire, ce week-end de septembre, la présidente du parti d’extrême droite s’y voit déjà. Et a gommé toute référence visuelle au FN : «   La présidentielle, c’est la rencontre entre le peuple et une personne. Le candidat a le soutien du parti. Il n’est pas le candidat du parti.   »

Changement d’image. En 2014, sur les murs, Marianne hurlait «   on est chez nous  !  ». Là, «  Marine  » promet «   la France apaisée  ». Et joue l’ouverture. En trompe-l’œil. L’«   intervention vidéo   » de l’économiste Jacques Sapir confirme qu’il est passé depuis longtemps d’un Front à l’autre. Idem pour Jean-Paul Brighelli, prof au lycée Thiers de Marseille qui en a «   marre de voir 350 000 femmes voilées tous les jours  ». Quant au criminologue Xavier Raufer, ancien d’Occident, ce qui lui a fait accepter l’invitation, c’est le « dégoût pour ceux qui font la morale  ». Dernier exemple : les «   Horace  », le club de Jean Messiha qui regrouperait «   80 hauts fonctionnaires, magistrats, cadres, un vivier quand le FN sera au pouvoir  ».

A en croire le responsable de Banlieue patriote, «   Le FN parle de tout et avec tout le monde  ». D’où des ateliers sur le «   syndicalisme  », «   l’écologie  »... Mais si le parti compte «   11 collectifs thématiques afin de rééquilibrer les lacunes du FN qui, sur certains sujets, était encore imprécis  », dixit Gauthier Bouchet, le patron de l’une de ces officines, ce n’est pas sans cacophonie.


Glaive en plastique

Car il y a aussi les Comités d’action programmatique (CAP) de l’eurodéputée d’Aubagne Joëlle Mélin. Or, pour Bouchet, «   les collectifs ont pour vocation de remplacer les CAP  ». Réplique de Mélin : «   Je sais qu’il y a au FN de jeunes hommes impatients qui ne savent pas tenir leur langue. Mais il faut distinguer des collectifs dont le rôle est de recueillir la parole et des groupes d’experts.  »

Surtout, derrière l’affichage, le discours du Front fait toujours la part belle aux thèmes traditionnels du parti. Tout est résumé par un Bruno Gollnisch enrhumé  : «   Le Pen ne voit qu’à droite. Ben, moi, c’est pareil avec mes oreilles !  » Bronca quand le secrétaire général Nicolas Bay assène  : «   La place des clandestins, c’est dans les charters  !  » La veille, le sénateur-maire FN marseillais Stéphane Ravier animait une conférence intitulée «   2017, une année de combat  ». Avec, à la place du « t  », un glaive. «   En plastique  !  », se défend-il.

Dans l’entre-soi, la retenue n’est plus de mise. Messiha, à propos des djihadistes parmi les migrants  : «   Quand un insecte colonise une plante, on applique le principe de précaution. Pourquoi ne ferait-on pas de même  ?   » Raufer, sur le demi-million de cambriolages en France   : «   Chacun sait qu’avec l’ouverture des frontières, on a rarement affaire à des Berrichons.   » Alors, à la seule évocation de la ministre de l’Education, un militant hurle  : «   Au bûcher  !  »

Soupir de l’ancien identitaire niçois Philippe Vardon, aujourd’hui conseiller régional  : «   On préférerait gagner sans ça. Mais c’est vrai qu’avec les attentats, il y a eu un boom des adhésions.   » Sourire du trésorier du FN, Wallerand de St-Just  : «   Le rôle du FN, c’est de servir d’exutoire. Est-ce jouer avec le feu  ? Si vous ne faites pas ça, vous ne faites pas de politique.  »


Plafond de verre brisé

Face au nouveau slogan du FN, les « anciens  » ironisent  : «   C’est une promesse. C’est "vers la France apaisée" qu’il faut lire.   » En témoigne le discours martial de Marine Le Pen qui, en clôture, renoue avec la doxa frontiste  : «   Oui au multiculturalisme au niveau de la planète, non au multiculturalisme dans un seul pays  !  »

Car, à la veille d’un 21 avril bis, la présidentielle, rappelle Julien Sanchez, de Beaucaire (30), «   c’est la mère des batailles  ». Pas question d’envisager la défaite. Face au «   plafond de verre  », Ravier promet  : «   Le verre, ça se brise.  » Bay, pour les législatives, se frotte les mains  : «   Il y a 4 circonscriptions où l’on fait plus de 50 %, une centaine au-dessus de 40...  » De quoi aiguiser les appétits. D’où la mise en place de «   pré-investitures  : d’ici janvier, chaque candidat doit faire ses preuves  ».

Ce n’est pas sans tension. En interne. Et à l’extérieur. Comme aux régionales, Jean-Marie Le Pen, quoiqu’exclu, devrait financer, via Cotelec, les campagnes du FN  : «   Il n’a pas le choix. Cet argent lui est prêté pour ça   », siffle un cadre. Il n’en présentera pas moins des candidats étiquetés «   Jeanne Au secours  ». Mais ses soutiens rament pour organiser dans la région un « dîner patriotique   ».

Alors, de vieilles histoires refont surface comme sur le patron du FN varois, Frédéric Boccaletti (lire ci-dessous).Ce week-end là, les frontistes sont chauffés à blanc. Et l’on ne sait si Raufer parle des frontistes ou des Français quand il lance : «   Il faut se méfier des peuples régicides car, à un moment, ça explose.  » Sur un T-shirt, ce slogan   : «   La France, tu l’aimes ou tu la quittes.   » Et sur un autre : «   Je ne suis pas parfait, je suis mieux que ça, je suis français.   » En clamant, dans un meeting du FN, «   nous sommes des nains sur les épaules de géants   », Brighelli ne croyait peut-être pas si bien dire.

Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°144, daté octobre 2016.

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