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Indigestion à la CCI

Enquête autour de la vente des locaux de la cité de l’alimentation à Avignon
le 8/11/2016

Alors que les chambres de commerce élisent leurs représentants, la CCI de Vaucluse cherche depuis presque 2 toujours à se séparer des locaux de la cité de l’alimentation à Avignon pour renflouer ses caisses. Dernier baroud d’honneur de son président, François Mariani.

En novembre 2008, le moderne bâtiment de 1500 m2 conçu par l’architecte Christian Ruynat est inauguré en grande pompe. La communauté d’agglomération du Grand Avignon se félicite alors dans son bulletin de cet engagement fort, «  sa participation à hauteur de 300 000 euros pour la construction de la Cité de l’alimentation  ». Basé à Agroparc - le technopôle régional de référence pour la filière agroalimentaire - « cet outil structurant […] a pour objet de fédérer les institutions et organismes spécialisés dans le domaine du goût et de la nutrition ». Y sont installés le pôle de compétitivité Terralia, la Fédération régionale des industries agroalimentaires (Friaa), le Centre régional d’innovation et de transfert de technologies agroalimentaires (Critt), l’Institut de formation régional des industries agroalimentaires (Ifriaa)… Depuis 2010, le musée Epicurium consacré au végétal y a également posé ses valises. Une trentaine de salariés travaillent aujourd’hui dans cette Cité de l’alimentation.

Gabegie d’argent public

Si le bâtiment appartient à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Vaucluse, le Conseil général, à l’époque géré par la gauche, met aussi la main au pot : 500 000 euros. Le reste est à la charge de la chambre consulaire, qui vit d’argent public à 50 % : elle dépensera 1,9 millions d’euros (sur un total de 2,7 millions d’euros) pour voir sortir de terre le bâtiment. Las, moins de 8 ans après son inauguration, la CCI cherche à s’en débarrasser pour remplir des caisses qui se vident avec les baisses de dotations de l’Etat, une situation qui concerne toutes les chambres consulaires. « Sur un budget annuel de 22 millions d’euros, nous avons perdu environ 40 % de nos recettes fiscales ces trois dernières années, qui constituent environ 50 % de notre budget, explique Laurent Hubert, directeur de la communication à la CCI. L’autre moitié sont des fonds propres. Voilà pourquoi cette vente se justifie, mais c’est aussi dans un souci de rationalisation.  »

Prix de vente des locaux : environ 3 millions d’euros. Mais alors quid de l’argent public investi par les collectivités locales ? « Cela fera l’objet de négociations, cela fait partie de la confidentialité de la vente  », commente sobrement Laurent Hubert. Il est très peu probable que les deux collectivités ne revoient la couleur de leurs investissements. Au Conseil départemental, maintenant dirigé par la droite, on semble avoir complètement oublié ce dossier et l’argent qui va avec : « Nous ne prenons pas position sur un bien immobilier qui appartient à une chambre consulaire. » Le Grand Avignon, lui, a préféré ne pas donner suite aux sollicitations du Ravi. En fait, cette vente, le sulfureux directeur de la CCI, François Mariani (1), l’aurait bien faite plus rapidement, dès 2015. Mais la préfecture, qui ne peut s’exprimer sur le sujet puisque les chambres de commerce éliront leurs prochains représentants du 20 octobre au 2 novembre, auraient fait en sorte de jouer la montre. En cause, le sort des structures qui occupent aujourd’hui le bâtiment, dont la CCI ne semble guère se préoccuper. La vente, et donc la possibilité d’occuper les lieux, a été prorogée à deux reprises, jusqu’au 1er septembre 2017.

Filière d’excellence

La plupart des locataires sont des structures financées par de l’argent public comme Terralia (à 50 %), l’un des pôles de compétitivité que Christian Estrosi, président de la région Paca, a créé lorsqu’il était le ministre de l’Industrie de Sarkozy. Des pôles dont il se réjouissait du bilan encore très récemment lors d’une visite au technopole de l’Arbois (13). Aucune de ces structures n’a voulu insulter l’avenir en commentant cette vente, probablement par peur de froisser les décideurs politiques. Tout juste arrache-t-on qu’il serait « fort dommageable de voir ces structures déracinées s’installer ailleurs et quitter le territoire alors que la technopole agroalimentaire promeut cette filière d’excellence ». Une crainte que cherche à faire disparaître la Vauclusienne Bénédicte Martin, conseillère régionale LR et présidente de la commission agriculture. Elle explique qu’un « leader mondial de la recherche et développement » déjà installé à Agroparc souhaiterait racheter les locaux. « Le Vaucluse est un département économiquement en souffrance, on ne va pas empêcher une entreprise créatrice d’emplois de s’étendre sur le territoire, poursuit-elle. Mais je garantis que nous allons trouver des solutions pour les structures déjà présentes. Il est hors de question qu’elles quittent le territoire. Nous allons régler cette problématique pour en faire un atout. » Une vente à la légère ? « C’est le moins que l’on puisse dire, réagit le conseiller départemental Front de gauche André Castelli. Mais je serai vigilant quant à l’avenir de ces structures. » Michel Bernard (RPME) et Bernard Vergier (CGPME), tous deux candidats à la succession de François Mariani, assurent qu’ils feront tout pour assurer la pérennité de cette filière sur le territoire. Les promesses de campagne n’engagent que celui qui les croit…



Clément Chassot


  1. Issu du BTP, François Mariani, 78 ans, est le cousin du député Thierry Mariani. Il est le président de la CCI depuis 15 ans. Il a été mis en examen à plusieurs reprises, en 2011 et 2013, pour entre autres « travail dissimulé », « prise illégale d’intérêts »…



Enquête publiée dans le Ravi n°144, daté d’octobre 2016

@-Leravi - http://www.leravi.org