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Législatives : Bérézina en vue

La gauche divisée pourrait disparaitre des radars en Paca
le 11/01/2017

Espèce en voie de disparition au niveau régional, la gauche divisée prépare les élections législatives de juin 2017. Et pourraient essuyer un échec sans précédent.

La gauche peut-elle faire Fanny aux prochaines élections législatives en Paca sans représentant élu à l’Assemblée nationale ? « L’hypothèse est sur la table », consent Mickaël Bruel, secrétaire régional du Parti socialiste. L’exercice de politique fiction est toujours délicat, surtout concernant une élection très dépendante de la présidentielle. Et les candidats seront officiellement investis, selon les partis, entre ce mois-ci et le début de l’année. Mais l’ensemble de la gauche (PS, PCF, EELV…) peut s’attendre à une déroute comparable à 2007 où seulement 4 députés avaient été élus.

Des prévisions qui s’expliquent en partie par « la balkanisation de la gauche », pour reprendre les mots de Mickaël Bruel. La fracture entre le PS et tout le reste de la gauche est consommée. Les législatives sont aussi une élection déterminante pour le financement des partis politiques, comme le souligne Sébastien Barles, animateur local d’Europe écologie - Les Verts, d’où la tentation de faire cavalier seul et de placer un maximum de candidats. Les alliances entre communistes (ralliés à Mélenchon ou pas ??), écologistes et d’autres petites composantes de la gauche seront donc longuement réfléchies, notamment dans les circonscriptions où le FN, qui pourrait faire élire une dizaine de députés, est en position de l’emporter. « Mais si Mélenchon fait 13 ou 14 % à la présidentielle, il y aura une forte volonté de nous piétiner », craint Sébastien Barles. Ajouter à cela le mirage Macron, dont on suppute parfois qu’il pourrait briguer un siège à Marseille, et la désunion devient totale.

Plusieurs projections ont été réalisées, dont celle du politiste Joël Gombin, qui a produit pour Marsactu une carte reprenant le score du premier tour des élections régionales en décembre 2015 (1). En cumulant les forces de gauche, elle permet de voir les territoires les plus favorables. Sans émettre quelques réserves : le contexte post-présidentielle, l’addition bancale des forces de gauche et l’équation personnelle de l’élection où joue par exemple la prime au sortant... Autre grande inconnue, l’abstention. La qualification au second tour nécessite de passer la barre de 12,5 % des inscrits. «  La qualif’ va se jouer autour de 20 %, il risque d’y avoir peu de triangulaires », prévoit Sébastien Barles. Et celles-ci sont souvent le seul espoir de la gauche, pour peu qu’elle arrive devant la droite, afin de pouvoir espérer battre le FN. « Nous sommes les seuls à gauche pour gagner, veut bien croire Mickaël Bruel. La gauche humaniste, écologiste et progressiste a encore de belles choses à proposer... » La méthode Coué ?

Deux départements semblent être déjà abandonnés par la gauche, le Var et les Alpes-Maritimes où tous les députés sortants sont déjà de droite. Les deux départements alpins, dopés en 2012 par la vague rose avec 4 circonscriptions trustées par la gauche, peuvent espérer mieux. Jöel Giraud (PRG), du côté de Briançon, peut espérer rempiler. Ce sera plus compliqué à Gap pour Karine Berger et Delphine Baggary (PS), qui prendra la suite du sortant Gilbert Sauvan à Digne-les-Bains. Sur le papier, Christophe Castaner, député-maire socialiste de Forcalquier, a une chance de l’emporter. « Mais attention, prévient-il. Sur ma circonscription lors des régionales, j’ai pu bénéficier d’une prime au "local". Il ne faut pas s’y fier. » Surtout qu’il est désormais l’un des soutiens d’Emmanuel Macron. Et le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis a prévenu : pas d’investiture pour les macronistes et donc un socialiste en face d’eux. Castaner ironise : « Deux solutions, soit on menace d’investir des candidats "En marche partout", on se met autour du feu, on cherche un gourou et organise un suicide collectif ; soit on discute pour éviter un deuxième tour Fillon - Le Pen.  »

En Vaucluse, ça s’annonce plutôt bien pour… l’extrême droite. On voit mal Marion Maréchal (nous voilà) - Le Pen perdre à Carpentras et le Nord Vaucluse est le bastion de Jacques Bompard, de la Ligue du Sud. Ce département a offert des scores record au Front national depuis 2012 et si la dynamique présidentielle est bonne, il pourrait bien tout rafler. Sauf si les deux sortants Républicains, Julien Aubert et Jean-Claude Bouchet, tirent leur épingle du jeu. Même chose à Avignon, où la socialiste Michèle Fournier-Armand l’avait emporté en 2012. Très peu visible et malade, ses chances de réélection sont maigres.

Tout risque de se jouer dans les Bouches-du-Rhône, le plus gros contingent de députés pour la gauche avec 13 députés. A commencer par la seule détenue par les communistes et Gaby Charroux, celle de Martigues. L’objectif numéro un selon Paul Sabatino, le responsable des élections dans le 13 : «  sauver la circonscription et constituer un groupe à l’Assemblée. » Sauf que le sortant pourrait ne pas se représenter, avec les risques que cela comporte : en effet, la loi sur le non cumul des mandats pousse des poids lourds à privilégier leurs mandats locaux. A Marseille, côté PS, Patrick Mennucci paraît bien placé mais une multitude de candidatures pourrait lui compliquer la tâche. Henri Jibrayel, dans les quartiers nord a de quoi espérer également. Bref, si la gauche ne fait pas Fanny, beaucoup d’électeurs risquent de lui embrasser les fesses.

Clément Chassot

Enquête publiée dans le Ravi n°146, daté décembre 2016

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