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Tu ne cumuleras plus

Gaby Charroux, le maire PCF de Martigues (13), renonce à la députation. Enquête et entretien.
le 25/01/2017

La loi sur le non cumul des mandats pour les parlementaires s’appliquera après les élections législatives. Les élus cumulards doivent choisir. Eclairage à travers la 13ème circonscription des Bouches-du-Rhône, celle de Gaby Charroux député-maire communiste de Martigues. Il renonce à postuler pour un nouveau mandat au bénéfice de Pierre Dharréville, candidat aux législatives dont il sera le suppléant.

Dans son numéro147, daté janvier, toujours diffusé chez les marchands de journaux (et chez les abonnés !), le Ravi se penche sur les conséquences de la loi sur le non-cumul des mandats pour des députés-maires qui doivent choisir entre leur ville et l’Assemblée nationale. Avec comme illustration le cas du député-maire PCF de Martigues, Gaby Charroux. Secret de polichinelle au moment de la rédaction de notre enquête, l’élu a officialisé son choix de se consacrer à sa mairie le 11 janvier, devenant suppléant du patron communiste des Bouches-du-Rhône, Pierre Dharréville, pour la prochaine élection législative.

Gaby Charroux est par ailleurs opposé à cette réforme du non-cumul : « une erreur », estime-t-il, qui risque d’engendrer « des élus hors-sols sans contact avec leur circonscription » [Lie ci-dessous notre entretien réalisé le 25 janvier]. Ce dont, bien entendu, se défend Pierre Dharréville, favorable à cette réforme, arguant du fait que son suppléant lui permettra d’être à l’écoute des enjeux municipaux de la circonscription... (Ecoutez ici notre grande Tchatche enregistrée le 19 janvier 2017 à lire également dans notre édition de février). Pour l’actuel député-maire de Martigues, les deux mandats sont complémentaires. Nous publions ici l’article en question, à retrouver dans notre séquence complète dédiée à l’élection présidentielle et législative, complété d’un entretien plus récent réalisé avec Gaby Charroux.

C. C.

Tu ne cumuleras plus

Début janvier, l’annonce n’était pas encore officielle. Mais le secret n’en est plus vraiment un. Sauf revirement de dernière minute, Gaby Charroux, député-maire de Martigues (13), devrait officialiser qu’il ne briguera pas la députation en juin prochain pour se concentrer sur sa mairie, non-cumul des mandats oblige. En novembre dernier, il confiait déjà au site web Gomet qu’il se « dirige[ait] vers ça ».

Promulguée en 2014, mais véritablement appliquée à partir de la prochaine législature, la loi sur le non-cumul des mandats empêche un parlementaire d’occuper un mandat exécutif local (maire, président d’intercommunalité ou de collectivités territoriales, adjoint, vice-président…). C’est le cas d’environ 70 % des députés régionaux… Après donc un seul mandat de député, Gaby Charroux, 74 ans, va laisser la place. Mais il semble ne pas avoir très bien préparé le terrain de sa succession. Dans une des rares circonscriptions régionales gagnables par la gauche et, encore plus rare, par un communiste, les différents partis attendent de voir. Surtout que le Front national y fait des scores aussi très élevés : au deuxième tour des régionales de 2015, c’est l’un des seuls territoires à avoir plus voté Marion Maréchal (Nous-voilà)-Le Pen que Christian Estrosi… Et il se murmure qu’un parachutage d’un frontiste n’est pas à exclure.

Succession
« Les camarades locaux ont décidé de "geler" cette circonscription. Il y a trop d’incertitudes : la défection probable de Gaby Charroux, un FN très haut…, explique Mickaël Bruel, secrétaire PS de l’union régionale. Nous attendons de savoir qui reprend le flambeau. Les communistes ne veulent toujours pas discuter avec nous mais nous gardons espoir, nous cogérons la ville de Martigues avec eux et les écologistes. » Les socialistes attendent surtout le nom du successeur de Charroux.

Le député-maire sortant verrait d’un bon œil l’investiture de son attaché parlementaire et conseiller départemental, Gérard Frau, tandis que le national pousserait la candidature de Pierre Dharréville, secrétaire départemental du PC, scénario privilégié au PS. Au PC, on ne confirme ni infirme : « Ce sont les militants qui vont voter, et dans cette circonscription [historiquement communiste, Ndlr], ils sont assez responsables pour que le national s’en mêle », élude Paul Sabatino le responsable départemental communiste aux élections. Un vote se tiendra le 14 janvier. La fin du cumul, dont l’un des objectifs en plus d’améliorer l’activité parlementaire est le renouvellement de la classe politique, va forcément provoquer des guerres d’appareil. « Il est clair que la succession doit bien se préparer en amont » indique Marie-Ange Grégory, chercheuse en sciences politiques à Sciences po Aix. La tentation est grande de « cumuler par grappe », c’est-à-dire de placer des proches au mandat abandonné et de garder le leadership au niveau local, entretenir sa baronnie et empêcher l’émergence d’une autre personnalité.

Baronnies
Comment choisir ? « Le mandat national est plus valorisant tandis que le local vous permet d’avoir une meilleure visibilité, d’entretenir sa base électorale », continue la politiste. Jean-Pierre Giran, député Les Républicains du Var auteur en 2012 d’un rapport favorable au non cumul (plutôt rare dans son camp) et qui a choisi sa mairie, abonde : « J’en suis à mon quatrième mandat de député, j’ai fait le tour. Par contre, je ne suis pas surpris qu’un jeune élu veuille découvrir Paris. Non je crois que la majorité du personnel politique s’accorde à dire qu’il n’est pas possible de gérer correctement une commune et être député. C’est plus compliqué à droite mais personne ne reviendra sur cette mesure. Par contre ce qui est insultant, c’est de lâcher son mandat et continuer de l’exercer en sous-main… » Pan dans les dents d’Estrosi, faux maire de Nice. Dans le Var, tous les députés sont cumulards et Jean-Pierre Giran est a priori le seul à choisir sa commune.

N’est-ce pas aussi dangereux pour le camp d’un député de ne pas se représenter sachant qu’il existe généralement une « prime au sortant » ? Pas nécessairement estime Marie-Ange Gregory, si l’élu s’investit dans la campagne du dauphin. Ça l’est pour Mickaël Bruel, mais « consolider la démocratie, c’est aussi prendre des risques », avance-t-il. Enfin, autre forme de cumul toujours autorisée, le cumul dans le temps. Une toute autre histoire…

Clément Chassot

Enquête publiée dans le Ravi n°147, daté de janvier 2017

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« J’avais entre les mains le top départ ! »

Entretien avec Gaby Charroux

Pourquoi avoir fait le choix, annoncé tardivement, de vous consacrer à la mairie de Martigues ?
Je dois tout aux Martégaux et à ses 50 000 habitants. C’est cette population que j’apprécie, avec laquelle j’ai encore envie de travailler à construire ma ville. Je pense que ce sont des raisons suffisantes. Et si j’ai attendu pour le dire c’est simplement parce que j’avais entre les mains le « top départ ». Si je ne parlais pas, personne ne le faisait. Je regrette même de l’avoir fait trop, j’aurai bien encore attendu un mois ou deux. Parce que depuis, chacun y est allé de son plan sur la comète. Mais on y est maintenant.

La France insoumise, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon auquel vous êtes allié pour l’élection présidentielle, a annoncé vouloir présenter des candidats dans toutes les circonscriptions aux élections législatives. Même dans la vôtre ?
J’ai rencontré à plusieurs reprises des dirigeants, d’ailleurs très différents, car on ne sait jamais vraiment quel est le bon interlocuteur. Si nous étions côte à côte au Front de gauche, il y a dans la France insoumise des représentants du Parti de Gauche, d’Ensemble… C’est un peu flou. J’ai vu tout le monde, je leur ai fait part de notre position. Je n’ai pas besoin d’autorisation pour me présenter moi ou Pierre Dharréville. Clairement, je ne vais pas signer de charte [voulue par la France Insoumise et qui prévoit un label et une discipline de vote dans la prochaine législature, Ndlr] qui par ailleurs est illégale au regard de l’article 27 de la Constitution qui précise qu’un élu ne peut pas avoir de mandat obligé, c’est-à-dire être contraint de voter comme on lui ordonne. Je me demande d’ailleurs comment un Insoumis peut accepter de soumettre ainsi… J’ai entendu qu’il y avait peut-être, une intention, d’être candidat… ce serait se tirer une balle dans le pied.

Cette loi sur le non-cumul vous a obligé à préparer votre succession. Plusieurs noms ont couru, dont celui de Pierre Dharréville, qu’on dit avoir été la préférence du national et de Gérard Frau, votre attaché parlementaire et conseiller départemental…
Chacun peut dire ce qu’il veut, mais je n’ai jamais annoncé ma préférence. Pour moi, il n’y a pas de national qui compte. Ce sont d’abord les militants de la circonscription qui m’importent. Nous avons un fonctionnement démocratique, qui part de la base. Je rappelle qu’il a fallu que je me défende pour ne pas me représenter, beaucoup de mes proches souhaitaient que je rempile. A partir de là, des noms apparaissent et l’assemblée de militants a fini par accepter que je ne me représente pas et qu’il fallait désigner quelqu’un. Nous l’avons fait en toute fraternité, comme d’habitude (par un vote à main levée après que les autres prétendants aient retiré leur candidature au fur et à mesure…, Ndlr) Je ne me fous pas des avis de la Centrale, je ne veux pas faire le malin comme ça, ce n’est pas dans ma nature mais je suis toujours ferme sur ce qui est l’intérêt de ma ville et de ma circonscription. Et là, le bon candidat c’était Pierre Dharréville. Il y a bien sûr des egos à gérer, mais on le fait, je le répète, avec fraternité.

Votre principal adversaire pour ces élections est le Front national. Quelle campagne allez-vous mener ?
Notre circonscription est le poumon industriel du sud de la France. Pour nous c’est un atout et un enjeu très fort. Le développement économique, les services publics nous importent beaucoup. Enfin, tout ce qui risque d’affaiblir la démocratie et d’opposer les citoyens nous réoccupent. Et ce parti là est le meilleur pour diviser les citoyens, attiser la haine, nous serons forts là-dessus.

Paul Lombard, votre meilleur ennemi (le précédent maire PCF de Martigues qui s’est présenté contre lui comme dissident à plusieurs reprises, Ndlr) a apporté son soutien à Pierre Dharréville. Est-il au courant que vous êtes son suppléant ?
Vous imaginez une demi-seconde que cela tombe du ciel ? J’ai travaillé à cela et je l’ai obtenu.

Propos recueillis, le 25 janvier 2017, par Clément Chassot

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