Contact

Abo, dons, adhésions

La valeur s’accorde au nombre des années

Ils n’ont plus 20 ans et se bougent plus que de nombreux jeunes. Et ça fait du bien !
le 21/02/2017

Ce n’est pas parce qu’on a une carte vermeil qu’on est obligé de pantoufler. Petits portraits de « seniors » qui se bougent souvent plus que des jeunes. Et ça fait du bien.

Adam Pianko. 74 ans, écrivain et réalisateur.

Le genre de type qui a eu plusieurs vies. Né en Russie en 1942 de parents juifs polonais, il débarque en France à 7 ans. Son père est dans le textile. Il suit sa trace avant de monter sa propre boîte : « la grande vie… » Mais déjà, sa passion pour l’écriture l’occupe. L’éditeur François Bourin aime son travail et publie son premier roman, basé sur la vie de ses parents en Pologne. En 1984, saoulé par son boulot, il part habiter dans un village près de Brignoles et travaille sur un projet encore plus personnel, qu’il publiera 10 ans plus tard sous le nom du Pavé originel. Il écrit aussi un ouvrage remarqué sur un escroc anglais emprisonné à Luynes, adapté à la télé. Puis s’installe à Marseille, il y a 15 ans. En rencontrant un éducateur spécialisé, l’écrivain réalise un documentaire sur la cité des Créneaux. « Un univers s’est ouvert à moi », dit-il. Depuis, il ne quitte plus la Savine, dans les quartiers Nord, et pratique l’improvisation cinématographique avec les jeunes du cru. Ce qui donne en 2013 le film Aouine, primé en 2016 au festival du film de Tétouan au Maroc. Projet en cours, l’adaptation de Carmen en pleine cité. Pour quand ? «  Un film, ça me prend quatre, cinq ans !  »

Teresa Maffeis. 67 ans, présidente de l’Association pour la démocratie à Nice (ADN).

Autour de Nice, tout le monde a vu le loup vert. Ou plutôt la « punaise verte » comme l’a surnommée l’ancien maire d’extrême droite de Nice Jacques Peyrat (1995-2008). Toujours de vert vêtue, cette militante par excellence de 67 ans se bat aujourd’hui pour les réfugiés, des deux côtés de la frontière. En 1991, face à la candidature de Jean-Marie Le Pen à la région, elle lance l’association ADN. Il y a 20 ans, alors que Peyrat fait respecter son arrêté anti-mendicité en dégageant les SDF au Mont chauve, elle les ramène en centre-ville en voiture… Trop de faits d’armes pour être tous énoncés. Très bavarde, elle assure « détester les injustices et se taire ». Originaire d’Orléans de parents immigrés italiens, elle connaît jeune la discrimination. Puis se construit politiquement en mai 68 à Nanterre, pas loin de Cohn-Bendit. Employée dans une caisse de retraite, elle enquiquine ses patrons en défendant ses collègues. Si bien qu’ils l’enverront monter un bureau à Nice. Sollicitée un moment en politique par les écolos pour les régionales 2010, les jeux d’appareils la « traumatisent ». Elle, préfère « agir ».

Henry Augier. 70 ans et +, scientifique, président de l’association Union Calanques littoral (UCL)

Il tient à taire son âge exact, consent à dire qu’il a plus de 70 ans, « en pleine forme ». Sa présence à de nombreuses manifestations en atteste. UCL est un collectif d’associations environnementales et son dada, c’est la préservation de la mer Méditerranée. La mer… passion qu’il découvre gamin à Nice. Depuis, ce plongeur professionnel est autant fasciné par l’univers marin que dégoûté de voir ce que la grande bleue subit. Après des études scientifiques à Marseille, il a dirigé son propre laboratoire de biologie marine à Luminy. La retraite aidant, il est l’auteur de 14 ouvrages liés à la mer. Un peu grande gueule, des militants lui demandent en 1991 de prendre la tête d’une nouvelle association, l’UCL, alors que les calanques sont menacées par l’urbanisation. Il la quitte avec la création du Parc national, rassuré… avant de revenir de plus belle pour se battre contre les boues rouges de l’usine Alteo de Gardanne. « Jamais on ne s’est autant bagarré contre un industriel aussi pugnace et soutenu par les pouvoirs publics », affirme-t-il. Un os.

Yolande Pitaud. 63 ans, institutrice à la retraite, donne des cours d’alphabétisation.

Des profs de l’ombre comme elle, il y en a des tas. Jamais vraiment mis en lumière. Alors institutrice, une de ses élèves lui demande si elle ne peut pas apprendre aussi le français à sa maman. «  Ça m’a marquée, je ne pouvais rien  », raconte-t-elle. A 55 ans, elle part en retraite et enchaîne de suite. Deux matinées par semaine, depuis 8 ans, elle donne bénévolement des cours d’alphabétisation à des adultes à la Maison pour tous Dugommier à Marseille (1e). Les profils varient avec le temps : Afghans ou Kurdes par le passé, Syriens, Arméniens, Africains aujourd’hui. Des maghrébines un peu âgées aussi, qui viennent surtout se retrouver entre copines. «  On leur apporte un peu de socialisation, ils se sentent accueillis. Mais ce n’est pas grand-chose face aux galères qu’ils rencontrent : l’habitat, l’exclusion…  », regrette-t-elle. Elle ne se définit pas comme militante. «  Je ne change pas les choses, je fais un peu, ce n’est pas très courageux  », juge-t-elle modestement. Ses « élèves », pleins d’énergies, lui apportent aussi du peps. Et de conclure à propos du racisme : «  C’est un mystère, un décalage énorme entre fantasme et réalité.  »

Clément Chassot

@-Leravi - http://www.leravi.org