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Des emplois pas toujours équitables

le 3/11/2005

L’économie sociale et solidaire ne se démarque pas systématiquement du secteur marchand en ce qui concerne la qualité de ses emplois et celle des relations de travail...

Avec 2.300 emplois créés par an et 12,4 % des salariés de la région, l’Economie sociale et solidaire (ESS) paraît ne pas manquer d’attraits lorsque le chômage est généralisé. D’autant plus, note la Chambre régionale de l’économie sociale, que ce « secteur est difficilement délocalisable » et « s’inscrit dans le développement durable » . A écouter Alain Combas, un des secrétaires généraux des Bouches-du-Rhône du syndicat Force ouvrière, ce n’est cependant pas si évident : « Quand on gratte l’affiche, on découvre que le salarié est toujours maltraité. »

La situation des employés dans les grosses structures de l’économie sociale (mutuelles, banques coopératives...) se rapproche assez de celle du secteur privé : effectifs importants, division des tâches, rapports hiérarchiques classiques, mais aussi conditions de travail très encadrées, contrats durables, avantages sociaux souvent non négligeables... A l’inverse, dans les plus petites structures, notamment dans les associations dont le fonctionnement repose sur le bénévolat, les salariés sont souvent mis à rude épreuve. Attirés par ce secteur souvent par engagement, ils ne comptent pas leurs horaires, cumulent les tâches et les responsabilités, voient l’avenir de leurs postes soumis aux aléas de la reconduction d’une subvention et se contentent fréquemment d’emplois aidés et/ou à temps partiel (CES, CEC, CAE aujourd’hui) . Ils gagnent souvent moins que le Smic.

« On traite les salariés de l’économie sociale et solidaire aussi mal, voire pire, que dans les entreprises capitalistes » Jean-Claude Branche, UD 13 CGT

« Les associations profitent des emplois aidés, explique Jean-François Blanc, du Collectif associatif 04. Les emplois jeunes ont par exemple été utilisés comme des outils de gestion de leurs actions, mais sans que leur pérennisation ne soit envisagée et leur fin anticipée. » Un problème qui en entraîne un autre puisque, souligne le salarié, « avec la fin des emplois jeunes, les associations n’ont plus forcément l’opportunité d’embaucher des personnes qualifiée. Aujourd’hui, la priorité est aux publics en difficulté. » Cette précarité, les syndicalistes la dénoncent également. Mais ce qui les indigne le plus, c’est l’attitude des employeurs. « Les quelques informations que nous rapportent les salariés montrent que les horaires, les contrats, même aidés, et les conventions collectives ne sont pas toujours respectés, et que toutes les heures travaillées ne sont pas obligatoirement payées. » A l’union départementale CGT des Bouches-du-Rhône, le constat est tout aussi tranché. « On traite les salariés de l’économie sociale et solidaire aussi mal, voire pire, que dans les entreprises capitalistes, alors même que les gratifications espérées de l’engagement ne sont pas toujours présentes ! », condamne Jean-Claude Branche, de l’UD CGT.

Autant d’analyses qu’Emmanuel Boutterin ne partage pas. Président du Syndicat national des radios libres et président de la section « activités diverses » du Conseil des Prud’hommes de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), élu sur une liste de « Employeurs de l’économie sociale », il assure, tout en reconnaissant des accidents, que dans l’ESS « la gestion du personnel est éthiquement responsable ». « Puisqu’il n’y a pas d’actionnaires et de rémunération du capital, poursuit-il, la pression sur la main d’oeuvre est moins forte, la gestion des ressources humaines plus concertée et les relations de travail différentes. Les emplois de l’économie sociale et solidaire débouchent toujours sur une formation, sur une qualification. » En l’absence de chiffres sur la qualité des emplois dans l’ESS (l’étude du Cres mentionne que 55 % des 2300 emplois créés par an ne sont pas des contrats aidés mais ne va guère au-delà...), un état des lieux complet reste à effectuer... Apparemment, si l’économie sociale et solidaire est un secteur d’avenir pour la gouvernance d’entreprise, l’antagonisme dirigeants/employés, ici comme ailleurs, a encore de beaux jours devant lui !

J-F. P.

@-Leravi - http://www.leravi.org