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« Devant St Blaise, tout s’apaise ! »

Estrosi,le vice-maire de Nice, en action lors d’un conseil municipal
le 8/04/2017

Officiellement, Christian Estrosi, frappé parle cumul des mandats, a du renoncer à la mairie de Nice au bénéfice de Philippe Pradal, son ancien 1er adjoint. Mais un "contrôle technique de la démocratie" façon "Ravi" du conseil municipal permet de constater que le président LR de la région Paca (et président de la métropole niçoise) est toujours aux commandes !

08:12

Lunettes de soleil sur le nez, Denise Fabre, ancienne speakerine télé devenue adjointe (LR) à l’événementiel, arrive en tirant sa valise.

08:35

L’hémicycle est vide alors que le conseil était annoncé à 8h30 ce 3 février.

08:45

L’opposition s’installe : à gauche comme à l’extrême droite, c’est le jeu des chaises musicales et il est difficile de s’y retrouver. Dominique Boy-Mottard, élue sur la liste de gauche, Un autre avenir pour Nice présidée par l’ancien conseiller régional PS Patrick Allemand, a finalement créé le groupe Radical et divers gauche avec Marc Concas. Cet ancien socialiste a été élu quant à lui sur la liste Mon parti c’est Nice (DIV), portée par l’ancien adjoint d’Estrosi, Olivier Bettati. Mais ce dernier a vrillé FN depuis les régionales, du coup ses colistiers sont partis. Marie-Christine Arnautu, brushing peroxydé impeccable, est désormais seule à la tête du groupe FN, lâchée par ses anciens colistiers elle aussi. On les retrouve pour une partie dans le groupe Démocratie Patriote pour Nice, comme Marc-André Domergue, ou en électrons libres. Accusée de «  despotisme  » par ces derniers, Arnautu a été suspendue du bureau exécutif national du FN pour quinze mois après avoir participé au défilé du 1er mai aux côtés de Jean-Marie Le Pen.

08:56

Gaël Nofri, trentenaire à look de vieux, élu sur la liste FN a, quant à lui, rejoint la majorité depuis décembre. Son cœur balance de la droite à l’extrême droite d’une présidentielle à l’autre : Sarkozy en 2007, Marine Le Pen en 2012 et re-Sarkozy aux primaires en 2016. Durant le conseil, il rigolera à toutes les blagues de la gauche. De là à ce qu’il soutienne Hamon ou Mélenchon en 2017...

09:03

Christian Estrosi s’installe en retard, les yeux fatigués. «  Eh oui, c’est un jeune marié…  », vanne le socialiste Paul Culturello. L’ancien maire LR devenu premier adjoint depuis son élection à la tête de la Région, a en effet épousé en novembre une chroniqueuse de Télématin. Suite à la passation de pouvoir, le pupitre du maire, Philippe Pradal a été abaissé au niveau de celui du premier adjoint. Rond et chauve, il n’a pas la voix de son physique. Mais en conseil, c’est plutôt celle d’Estrosi que l’on entend.

09:15

Budget primitif 2017. «  Il n’y aura aucune augmentation de la fiscalité cette année  », martèle Pradal. Suite aux événements du 14 juillet, la sécurité devient la priorité, avec l’embauche de 130 policiers municipaux armés. S’ensuit un long soliloque d’autosatisfaction du premier adjoint : «  la ville la plus vertueuse  », «  Qu’est-ce que c’est devenu beau chez nous !  », «  Nice continue de briller  ». Et de conclure à 10h02 dans un larsen : «  Voilà monsieur le maire, j’en ai terminé.  »

10:05

Mèche gominée, Marc Concas propose que le comité d’éthique «  dont la municipalité s’honore depuis 2014  » vérifie la probité de chaque élu. Véronique Paquis, 2ème adjointe fait la moue, Pradal sourit. Patrick Allemand relativise les propos exaltés d’Estrosi : «  Je ne sais pas si c’est l’année du coq qui vous a inspiré mais le plan de dépenses d’équipement est bien faisandé. C’est le retour de Gérard Majax !  » Il note des redécoupages financiers pour faire passer l’emprunt et un maquillage de la dette. Arnautu, croix imposante autour du cou, s’inquiète quant à elle d’une mise sous tutelle de Nice d’ici 2018. Bettati soutient la proposition de Concas en redoutant de voir quasi toutes les compétences de la ville passer à la métropole, dont Estrosi est encore président. Et de tacler ce dernier en citant Montesquieu : «  Ce qui manque aux orateurs en profondeur, ils vous le donnent en longueur.  » L’opposition vote contre le budget primitif.

10:35

«  Nous n’avons rien à redouter  », répond Estrosi à la proposition de Concas. Précisant que chacun devrait aussi remplir la déclaration de patrimoine. «  Une transparence  » qu’il a souhaitée à la Région et à laquelle le FN, dont Bettati, aurait refusé de se plier.

11:10

«  Devant St Blaise, tout s’apaise ! Ça marche, cette séance en est la preuve !  », ironise Pradal. L’édile précise avoir fait sa déclaration auprès du comité d’éthique de son propre chef, mais qu’à ce jour, il serait le seul…

11:42

Arnautu veut bien donner des subventions au groupe folklorique mais pas au festival gay et lesbien. «  En matière de culture, nous n’avons pas à trier  », tacle Estrosi et achève l’élue d’opposition en la comparant à Marion Maréchal (nous voilà)-Le Pen à qui il a affaire à la Région. « Je ne suis pas elle, ne me salissez-pas !  », s’énerve Arnautu. Ambiance cordiale au FN…

12:42

La sénatrice Dominique Estrosi-Sassone, ex-femme de et 4ème adjointe au logement, robe noire vaporeuse auréolée de pandas colorés, une fantaisie vestimentaire qui contraste avec son air sévère, égraine la liste des 764 logements sociaux prévus pour 2017. «  J’espère que vous aurez la banane !  », lance-t-elle à la gauche. La faim se fait sentir… Estrosi baille et s’étire avant de se souvenir qu’il est filmé en direct. Bettati part déjeuner. Denise Fabre pique du nez. Estrosi-Sassone finit par se prendre la tête avec Domergue sur l’attribution des logements sociaux.

13:37

Pradal enchaîne. «  On ne va pas manger là ?  », interroge la gauche.

13:48

Levée de séance jusqu’à 14h45. Estrosi part aux obsèques de l’ancien premier adjoint d’Isola.

15:07

Débat autour de l’association Amica, intervenant dans le quartier La Vallière, qui, sortie de la politique de la ville, n’est plus subventionnée. Boy-Mottard note que si la commune ne leur retrouve pas un toit, les salles de prière s’en chargeront. Marine Brénier, 29 ans, députée LR de la cinquième circonscription, considère cette association comme «  communautariste  » car «  elle ne propose plus que des activités destinées aux femmes  ». Estrosi-Sassone hausse le ton et la recadre : «  Il ne faut pas dire tout et n’importe quoi ! […] Je ne vois rien de dérangeant à ce que des activités soient destinées uniquement à des femmes, car dans ces quartiers l’intégration se fait par elles.  »

15:30

«  Je pensais que le coq rendrait la chèvre qu’est monsieur Estrosi plus apte au débat  », filant la métaphore du nouvel an chinois, Arnautu s’insurge encore contre les subventions aux associations.

16:00

Nouvelle anicroche dans la majorité. Jean-Michel Galy, délégué à la citoyenneté des seniors refuse de présenter son rapport sur la convention chèques vacances. «  Je vous demande, monsieur le maire, de me décharger du poids de l’illégalité  », poursuit l’élu. Crise de rire dans l’opposition. La délibération pour la reconnaissance des oblats (laïcs qui se donnent à un monastère) de la congrégation de la Vierge Marie finit d’achever l’hilarité des groupes de gauche. Et Concas de conclure : «  Je suis un oblat !  »

16:40

Estrosi est de retour pour recadrer les troupes. 20 minutes de suspension de séance. Denise Fabre est perdue dans les couloirs de la mairie et demande au Ravi comment accéder à l’étage, l’élue à l’image de la ville n’a pas l’air de connaître les lieux…

17:12

Retour de la majorité. Estrosi-Sassone va récupérer ses dossiers d’un pas décidé et quitte l’hémicycle. On enchaîne avec la stérilisation des chats errants. «  La cause animale me touche particulièrement, je ne parle pas de vous, monsieur le maire mais des chats !  », s’amuse Christine Dorejo, élue socialiste. Brouhaha dans la salle. «  Chut, zen maintenant à la St Blaise !  », plaisante cette dernière qui tient à féliciter la majorité pour cette délibération. Pradal de se réjouir : «  Merci pour cette ambiance extrêmement consensuelle !  » Estrosi n’est déjà plus là.

Samantha Rouchard

Article publié dans le Ravi n°149, daté mars 2017. En illustration, signée Trax, Philippe Pradal avec dans son ombre Christian Estrosi.

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Nice (06)

343 895 habitants
fleurs (Villes et villages fleuris)
12 % de logements sociaux (2013). 764 prévus pour 2017.
1257 caméras de vidéosurveillance
36,09 % pour le FN aux régionales

Le maire : Philippe Pradal (LR) : 54 ans, expert comptable, ancien premier adjoint. Elu en juin 2016 pour remplacer, en raison du cumul des mandats, Christian Estrosi, 61 ans, président de la Région Paca. Maire depuis 2008, ce dernier est donc devenu 1er adjoint, multi délégué aux finances, à la sécurité, aux transports, aux ressources humaines, aux travaux, à la voirie et au stationnement. Et il préside toujours la métropole Nice Côte d’Azur !

La majorité : 52 élus du groupe Nice ensemble (LR) + 2 conseillers municipaux du groupe Elus niçois et indépendants.

L’opposition. A gauche : 3 élus Un autre avenir pour Nice (PS), 2 élus EELV, 2 élus du groupe Radical et divers gauche. A l’extrême droite : 1 élue FN, 2 élus Mon parti c’est Nice, 2 élus Démocratie Patriote pour Nice, 2 conseillères d’opposition sans étiquette (ex FN).

Le conseil soumis au contrôle du Ravi
Durée : 7h55, 20 minutes de suspension inclues.
Temps de parole cumulé de l’opposition  : 2h30
Nombre d’absents : 9 dont 8 de la majorité et 1 de l’opposition (Mon parti c’est Nice).
Public : entre 4 et 10 personnes selon les heures. Conseil municipal diffusé en direct sur le site internet de la ville.
Journalistes : 8 le matin, 2 l’après-midi.

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