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Station marseillaise du long chemin de croix de Fillon

Reportage dans un meeting du candidat LR
le 19/04/2017

François Fillon remonte dans les sondages qui, on le sait, peinent à photographier les mouvements d’opinions. Une certitude : le 11 avril, lors de son "grand" meeting marseillais, en dépit des efforts d’un fan club indéfectible, la ferveur n’était pas vraiment au rendez-vous. le Ravi était dans la salle.

A l’extérieur, pas vraiment de queue pour accéder, ce mardi 11 avril, à la salle où François Fillon va prononcer son discours. Dedans, sous la lumière bleue et tamisée, environ 3000 personnes sont présentes, les cheveux sont grisonnants pour la plupart. En attendant le coup d’envoi, des militants et autres curieux attendent patiemment sur leurs chaises en plastique, le visage fermé. D’autres discutent. Beaucoup sont sidérés face à l’incertitude qui règne sur cette campagne. « Mélenchon, Macron, Fillon, Le Pen, ils peuvent tous gagner », lance un quinquagénaire en costard. Certains s’inquiètent de l’affluence bien maigrelette, jusqu’à envier Jean-Luc Mélenchon qui avait réuni plus de 50 000 personnes à Marseille quelques jours plus tôt : « Si tu avais vu le monde dimanche au Vieux Port. » Aujourd’hui, le parc Chanot est en dessous de ses capacités. Et l’enthousiasme semble aux abonnés absents.

« Il n’y a pas trop d’engouement dans cette campagne », reconnaît un militant Les Républicains d’une trentaine d’années. Engoncé dans sa chemise noire, ce jeune ingénieur qui a été un fervent soutien de Nicolas Sarkozy ne se reconnaît pas vraiment dans le programme du nouveau candidat de la droite : « sur l’assurance maladie, je ne suis pas d’accord. Ni sur le fait de devoir travailler plus pour gagner moins : 39 heures payées 37. » C’est son ami qui l’a poussé à venir aujourd’hui : « Est-ce qu’il a changé ?, s’interroge ce dernier, on va voir ce qu’il dit. » Autre ombre au tableau, les affaires qui les font douter. Malgré tout, ils jugent que le triple mis en examen est « le plus capable de diriger la France », sur la scène internationale notamment, « il a de l’expérience ». Et de blaguer : « il présente bien malgré le costume. »

- « Ce n’est pas le meeting de Sarkozy » - « Hélas ! »

Le meeting s’apprête à commencer. Les gens finissent de s’installer. Un chauffeur de salle tente de réveiller la foule endormie. « On va ga-gner ! » crie-t-il. L’assistance lui répond mollement, puis s’éteint très vite. Certains applaudissent, d’autres ont les yeux rivés sur leurs Smartphones. « C’est un peu mou au départ », s’excuse le jeune ingénieur. Juste derrière, un homme est en proie au regret : « Ah ce n’est pas le meeting de Sarkozy ». « Hélas  ! », laisse échapper sa voisine.

La Marseillaise est lancée. Presque tous sont debout. Un homme en chemise grise et au crâne dégarni se contorsionne, les épaules en arrière, le téléphone à bout de bras : il filme sa performance musicale. Certains s’élèvent sur la pointe des pieds et lorgnent en direction de la scène. Jean-Claude Gaudin est le premier à prendre la parole. Il loue les avancées que François Fillon a permises à sa ville, du Mucem à la rocade L2. « Ah, c’est pour ça qu’on est coincés tous les jours ! » chuchote un sympathisant. Lui succède la présidente du département Martine Vassal, puis Valérie Boyer, députée et maire du sixième secteur de Marseille. Les propos de cette dernière sur les chrétiens d’Orient redonnent un peu de vie à une dame dont la grisaille des cheveux et de la tenue est rehaussée par un petit foulard vert et par quelques timides applaudissements. Après une quatrième « guest star » en la personne du député Guy Tessier, c’est au tour de François Fillon de rejoindre le pupitre.

« Fillon président », s’essaient à scander ci et là quelques militants, dans le brouhaha d’une musique dont les percussions couvrent le bruit des applaudissements. Puis la superstar est là. L’ancien premier ministre se lance dans une énumération des maux qui frappent la France, ses institutions ou encore sa classe politique. « Mortifère », « fichu », « peine »  : un champ lexical à se faire illico prescrire une cure de Prozac. Si la passion fait globalement défaut à l’auditoire, elle fait tout de même quelques apparitions lorsque le candidat tacle ses adversaires ou assure : « Je supprimerai l’impôt sur la fortune. » Ou encore lorsqu’il promet de « réduire l’immigration à son strict minium » et d’en finir avec « l’excuse de minorité » qui permet aux mineurs une justice plus clémente selon certaines circonstances. « Ouais  ! Bravo ! Ouais ! », se met alors à hurler un homme au nez, aux lunettes et à la bedaine plus ronds les uns que les autres. Bref courant d’air d’enthousiasme dans une campagne bien molle à droite, avant d’entonner une nouvelle Marseillaise sans ferveur. Heureusement que les électeurs ont la foi, car cette campagne semble être pour eux un long chemin de croix.

Maëva Gardet-Pizzo

Article publié en ligne le 18/04/2017

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