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Les relations en béton armé de Ginesta avec le BTP du Var

Le député-maire LR de St Raphaël préoccupe la chambre régionale des comptes
le 25/04/2017

Deux rapports de la chambre régionale des comptes pointent les relations très particulières du député-maire LR de Saint-Raphaël avec les entreprises du BTP du Var. Dont celles du président de la fédération départementale du secteur et de l’omniprésente famille Barbero.

C’est bien connu, quand le bâtiment va tout va. À lire les rapports de la chambre régionale des comptes (CRC) sur la gestion de la commune de Saint-Raphaël et de la Communauté d’agglomération Val Estérel Méditerranée (Cavem) rendus publics fin février (les deux rapports peuvent être consultés ici), dans l’est du Var ce sont surtout les entreprises du BTP qui pètent le feu. Notamment par la grâce de Georges Ginesta, « Jordi » pour les intimes, député Les Républicains du secteur depuis 2002, maire de « Saint-Raph » depuis 1995 et président de l’agglo.

Les magistrats financiers pointent en effet, entre de multiples choses, la gestion « atypique », voire exotique, des marchés de travaux des deux collectivités. Les deux documents sont un véritable inventaire à la Prévert de ce qu’il est surtout recommandé de ne pas faire en matière de commande publique : des appels d’offre lancés en plein été aux temps de réponse minimum, des analyses d’offres effectuées après l’attribution des marchés aux cahiers des clauses techniques particulières trop précis pour être honnêtes, d’une mise en concurrence inexistante à l’utilisation de « chantiers masqués » favorables aux entreprises habituellement retenues, de l’absence de suivi des travaux à des procédures de passation de marchés « originales ». Les magistrats financiers utilisent mêmes quelques gros mots, comme « avenants irréguliers », et s’interrogent sur certaines « offres de couverture », qui laissent penser à de possibles ententes entre entreprises. Une liste qui est loin d’être exhaustive…

Certains esprits chagrin, dont ne fait bien évidemment pas parti le Ravi, pourraient même imaginer à la lecture des deux documents que ces multiples défaillances ont pour but de favoriser quelques entreprises locales. Les magistrats financiers notent de leur côté que certaines d’entre-elles profitent effectivement tout particulièrement des marchés des collectivités dirigées par Ginesta. En premier lieu la société RBTP, qu’ils surnomment malicieusement « l’entreprise habituelle » dans leur rapport sur la Cavem.

Partenaire particulier

Fondée en 1983 par le Fréjussien Alex Barbero, elle est le fer de lance de la holding familiale et est aujourd’hui dirigée par son fils Alexandre. En 2012 et 2013, elle a capté seule ou en groupement d’entreprises 23 % des marchés de travaux de la ville de Saint-Raphaël (7 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les deux exercices), mais surtout 60 % de quinze marchés de travaux de la communauté d’agglo étudiés par la CRC entre 2011 et 2015. Un panel qui représente environ la moitié des dépenses des marchés attribués de la Cavem sur la période. Selon la CRC, le taux est même supérieur puisque l’entreprise préférée de Georges Ginesta a également œuvré comme sous-traitante sur un des quinze marchés et n’a déposé que onze offres. Calcul de l’instance de contrôle : « La Cavem a contribué directement, en 2013 et 2014, à hauteur de 18 % et 13 % du chiffre d’affaires de la société RBTP. » Un chiffre d’affaires qui dépassait les 42 millions d’euros en 2014…

Pour réaliser cet exploit, l’entreprise de 65 salariés déploie une stratégie très personnelle, qui interroge les magistrats financiers. « La société concernée a toujours déposé ses offres après celles des autres candidats […] et elle a presque systématiquement proposé le prix le moins élevé », s’étonnent-ils. RBTP bénéficie aussi de la bienveillance des services de Saint-Raphaël et de la Cavem. L’entreprise est par exemple retenue par la commune dirigée par Georges Ginesta pour des travaux de réfection et de réhabilitation du sentier littoral pour un prix trois fois moins élevé que sa seule concurrente, un établissement public (125 140 euros HT contre 386 245 euros HT). Un écart qui s’explique notamment par une certaine prise de distance avec les prestations promises. Une dalle de béton se transforme ainsi en pas japonais (un chemin de dalles), une passerelle en inox en portions métalliques et en bois. Pourquoi se gêner puisque aucun suivi des travaux n’a été réalisé par la commune ?

Autre exemple, le marché de réhabilitation d’un réseau d’eaux usées attribué en mars 2013 par la Cavem à RBTP, en groupement avec l’entreprise Garnier Pisan. Ce coup-ci, la société d’Alexandre Barbero bénéficie d’une grande vigilance des services de la collectivité. Un candidat a été évincé pour n’avoir pas indiqué que les photos de son dossier d’offre provenaient de Google Street. Une omission qui n’a pourtant « aucune conséquence sur les conditions contractuelles de l’exécution de travaux », rappellent les magistrats financiers. Qui pointent également le peu d’entrain de la collectivité à stimuler la concurrence : « Pour la moitié des travaux de l’échantillon, soit huit sur quinze, la liberté d’accès à la commande publique et l’égalité de traitement des candidats se sont avérés incertaines. »

Des liens en béton

Une situation de quasi monopole qui pourrait être aussi motivée, selon la CRC, par les liens étroits entre Georges Ginesta et Alexandre Barbero, pudiquement présenté par l’instance de contrôle comme « le pouvoir adjudicateur et le titulaire récurrent des marchés ». La CRC en pointe trois. Et d’un, un parent d’Alexandre Barbero, chargé du service des marchés à Roquebrune-sur-Argens, également chargé de mission à la Cavem, a ainsi participé à l’attribution d’au moins deux marchés de la communauté d’agglo à RBTP. Et de deux, des maîtres d’œuvres choisis par la Cavem pour l’accompagner dans la définition de ses besoins, la passation de ses marchés et le suivi des travaux, ont opportunément choisi comme sous-traitant GE21, une entreprise propriété de la holding Barbero jusqu’en 2014. Et de trois, la RBTP, comme toutes les entreprises de la famille, sont assurées par le cabinet Axa Bertrand Coste… Ginesta ! Un cabinet fondé par le député-maire, qui en est toujours le gérant et actionnaire à hauteur de 16 % ! « Le président de la Cavem demeure intéressé à l’affaire », gronde la CRC, qui ne sait pourtant pas tout. Un neveu d’Alexandre Barbero, conseiller départemental, siège carrément au conseil municipal de Saint-Raphaël, en tant qu’adjoint à la culture. Signe des espoirs placés en lui, Guillaume Decard a été investi dans la 5e circonscription du Var, celle de Ginesta, qui a décidé de ne pas se représenter, cumul des mandats oblige.

La famille Barbero n’est cependant pas la seule à faire appel aux services de l’assureur Ginesta. On trouve également parmi ses clients le groupe Pizzorno ou d’autres entreprises du bâtiment et des travaux publics, comme la Sodobat du patron de la fédération du BTP du Var, Philippe Donat. Des sociétés qui ont elles aussi les faveurs du maire de Saint-Raphaël et président de sa communauté d’agglomération. Pizzorno « a fréquemment été retenue lors de marchés intercommunaux (pour un montant de 2,6 millions d’euros HT en 2013) », rappelle la CRC. Sodobat a, elle, activement participé à la réalisation de la zone d’aménagement concerté du Grand capitou, une opération de développement économique sur 8 hectares lancée en 2008 à proximité de l’échangeur de l’autoroute A8. La société du patron de la fédération du BTP du Var a été actionnaire des concessionnaires de deux pôles d’activités - BTP et Production – avec des entreprises locales à travers, respectivement, les sociétés Oméga aménagements et Oméga réalisation.

Euromillions

Les opérations font s’étrangler les magistrats financiers. Et pour cause ! Leurs découvertes sont plus que troublantes. À chaque fois, l’inévitable RBTP de la famille Barbero est de la partie. À chaque fois, seul le groupement a candidaté et à chaque fois les appels d’offre ont été lancés en plein été. À chaque fois, aussi, la communauté d’agglomération a mis la main à la poche un peu plus qu’elle n’aurait dû. À chaque fois, encore, des marchés d’aménagement ont été attribués à des actionnaires des concessionnaires, dont « l’entreprise habituelle », qui elle-même a sous-traité à ses complices. À chaque fois, enfin, des cessions en masse de terrains à prix sacrifiés ont été réalisées en faveur des actionnaires d’Omega aménagements et d’Omega réalisation (plus de 50% dans le cadre du pôle BTP, environ un quart des surfaces pour le Pôle production). Le plus souvent via des sociétés rassemblant les patrons des entreprises actionnaires des concessionnaires ou leurs filiales. La palme revenant à Cap développement, une société civile immobilière propriété notamment de Philippe Donat et d’Alexandre Barbero. En 24 heures, cette dernière a réalisé un bénéfice d’1,3 millions d’euros en achetant à Omega réalisation deux parcelles d’un total de 20 000 m2 revendues le jour même à une concession automobile. Le prix de revente incluait des travaux de terrassement et de gros œuvres réalisées par… RBTP et Sodobat. Du grand art !

Au «  détournement de la finalité publique de l’aménagement » dénoncé par la CRC, Georges Ginesta préférera sans aucun doute la résistance du tissu économique local « à la mondialisation et aux grands groupes »  ! C’est en effet son argument massue, avec le « relatif isolement géographique » de l’est varois et l’absence de d’observation du contrôle de légalité de la préfecture, à la faible concurrence sur ses marchés de travaux et l’exotisme de ses procédures relevés par la chambre régionale des comptes. À par quelques « erreurs », assorties de promesses « d’intensifier sa vigilance », le député LR reste droit dans ses bottes de chantier dans ses explications à la CRC. Fin février, lors de la présentation des deux rapports en conseils municipal et communautaire, il a dénoncé, avec le soutien de son opposition FN, un examen « à charge » de sa gestion.

« Force est de constater […] que le satisfecit que se décerne l’ordonnateur est pour le moins discutable », cingle pourtant la CRC. « Les observations sont lourdes, elles mettent en lumières des irrégularités notables », reconnaît a posteriori Louis Vallernaud, son président. Ses rapports feraient même passer François Fillon et l’inénarrable sénateur Jean-Noël Guérini (ex PS) pour des enfants de cœur ! On attend encore la réaction du parquet de Draguignan...

Jean-François Poupelin

Contacté, Georges Ginesta (dessiné par Trax en illustration de l’article) n’a pas répondu au Ravi.

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Ginesta, l’imagination au pouvoir

En plus de la gestion très atypique des marchés de travaux publics de Saint-Raphaël et de son agglomération, la chambre régionale des comptes s’est intéressée aux finances des deux collectivités, à leurs personnels et au subventionnement des associations. Là encore, Georges Ginesta ne manque pas de ressources.

Un inventeur. C’est un peu l’image de Georges Ginesta qui ressort à la lecture des rapports sur la gestion de la commune de Saint-Raphaël et de sa communauté d’agglomération, la Cavem, rendus publics par la chambré régionale des comptes fin février. Deux collectivités que le député-maire LR varois dirige depuis des décennies.

Il y a par exemple la régie des ports de la ville qui supporte un projet urbanistique sans lien avec ses compétences histoire d’alléger les finances de la ville. Ou encore des détachements de personnels de la commune à la Cavem et à des régies municipales très atypiques. Un adjoint administratif principal (catégorie C) a ainsi été bombardé gestionnaire des ressources humaines de la communauté d’agglo et certains agents cumulent quasiment le double de la durée légale de travail mensuelle (151 heures). C’est le cas du directeur à l’environnement de la ville qui, en plus de ses 75,84 heures pour la commune, effectue 64,98 heures pour la Cavem en tant que chargé de mission des marchés publics et un temps plein à la régie des ports comme chef des services techniques. Soit 292,49 heures par mois ! Les magistrats financiers qui titrent leur chapitre « un partage des ressources humaines original et irrégulier », ironisent aussi sur les « risques psychosociaux qui pourraient, à terme, s’avérer préjudiciables à la collectivité ».

Recettes fictives

Autre curiosité de la gestion Ginesta, les finances de la ville. Entre des emprunts toxiques, des délais de paiement atteignant presque cinq années et des recettes à réaliser surévaluées, notamment des cessions immobilières à venir plus ou moins réelles, les magistrats financiers estiment les comptes peu fiables. Un avis que la CRC a résumé de manière lapidaire dans un communiqué de presse du 24 février : « L’appréhension de la réalité de la situation financière de la commune de Saint-Raphaël est rendue complexe par des irrégularités comptables et budgétaires qui altèrent ses résultats. »

Leur seule certitude est que Saint-Raphaël est méchamment endettée. Et pas qu’un peu ! A hauteur de 116 millions d’euros, soit 3 300 euros par habitants (trois fois le niveau des villes de même strate !) en intégrant ses régies, le partenariat public-privé pour la réalisation d’un multiplexe et la construction… d’une discothèque, « la plus importante opération conduite par la commune sur la période 2011-2014 », rappelle la CRC ! Qui note avec malice : « Le service public et, pour le moins, l’intérêt général font quelque peu défaut dans cette opération. » Pour Ginesta, qui est décidément intarissable, cette réalisation est justifiée par l’absence d’établissements nocturnes dans la cité balnéaire et sa volonté de réduire l’utilisation par les jeunes de leurs voitures les soirs de fête.

Pourtant, Le Colisée, c’est son petit nom, est situé loin du centre ville et bardé de parkings ! Surtout, il a fermé en août 2015, trois mois après son ouverture, à la suite d’une bagarre qui a fait un mort, et sa construction a fait l’objet d’un dépassement du montant des travaux de 10%. Un autre domaine dans lequel Georges Ginesta ne manque pas d’imagination...

J-F. P.

Contacté, Georges Ginesta n’a pas répondu au Ravi.

@-Leravi - http://www.leravi.org