Contact

Abo, dons, adhésions

Une affaire qui roule (presque)

Une auto-école solidaire veut poursuivre sa route
le 5/09/2017

Menacée de disparition, Made-ECIM, la seule auto-école solidaire de Marseille veut poursuivre sa route.

Passer son permis et s’insérer professionnellement ? C’est l’objectif de l’auto-école Made-ECIM située dans les quartiers Nord de Marseille. Ici, bénévoles et salariés se font un point d’honneur de non seulement vous aider à réussir le permis mais aussi à vous trouver un travail. Dans la salle d’examen, les murs sont recouverts d’annonces de petits boulots. «  On ne dit plus auto-école sociale mais auto-école de la réussite. On est là pour aider les gens, et les gens sont là pour s’aider eux-mêmes », affirme Shéhérazade Nakab, présidente de l’association.

A l’entière disposition des élèves, elle propose une série de code par heure tous les jours de la semaine. « On a eu une dame qui avait raté le code 8 fois dans d’autres auto-écoles !, confie une examinatrice. Plus personne ne voulait d’elle. » La structure accueille également des anciens prisonniers ou encore des jeunes en galère. « Un jour un garçon est rentré en disant qu’il n’avait pas un sous mais venait de trouver du boulot. Seule condition : le permis. On s’est arrangé, il nous a remboursé après », raconte la présidente.

Avec sa responsable pédagogique, Hayet, l’apprentissage se fait « selon la personnalité et les difficultés propres à chacun » pour un suivi personnalisé. Autre particularité : les cours d’alphabétisation « Alpha Code ». « Allez expliquer ‘’A cheval sur le trottoir’’ ou agglomération, c’est du chinois pour ceux qui comprennent mal le français  », sourit Shéhérazade. Avec un tarif de 690 € le permis contre 1135 € en moyenne à Marseille (Cf La tribune des auto-écoles n°209, novembre-décembre 2016), elle veut le mettre à portée de tous. « Les gens du quartier se plaignaient des prix exorbitants des auto-écoles. Il faut être non imposable pour venir » affirme Célia, agent administratif.

Dans ces quartiers où un habitant sur deux frôle le seuil de pauvreté, la mobilité est un enjeu de survie. « C’est la seule manière de sortir, de travailler, de rencontrer des gens », souligne Shéhérazade. Perfusée aux subventions (ville, département, région…), l’auto-école s’est vue refuser une demande d’aide auprès du Feder (Fonds européen de développement économique et régional) parce qu’il manquait « une feuille d’impôt  ». L’association, qui avait déposé une demande de recours gracieux et a reçu une réponse négative fin juin, va devoir trouver dans l’urgence d’autres solutions d’ici décembre 2017. Sans quoi ce sera... la voie de garage définitive.

Valentin Pacaud

Article publié dans le Ravi n°153, daté juillet-août 2017. Pas de presse libre libre sans vous, abonnez-vous !

@-Leravi - http://www.leravi.org