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Petit traité d’œnologie électorale

On a goûté la cuvée "députés de Paca 2017"
le 18/09/2017

C’est les vendanges ! Mais quelle a été la récolte politique en Provence-Alpes-Côte d’Azur ? Quel parfum se dégage de la cuvée 2017 servie jusqu’en 2022 avec nos 42 députés ? Un grand cru ou une piquette ?

Un assemblage renouvelé

Alors que Macron n’avait obtenu que 18,64 % des suffrages au 1er tour de la présidentielle, ses « marcheurs », boostés après le sacre de Jupiter par la grâce d’un front républicain, ont trusté les fauteuils en Paca : 22 députés La République en marche  (LREM) et 2 estampillés Modem sur 42 sièges au total. La droite Républicaine (LR) résiste à la vague. Elle conserve 15 députés mais en perd tout de même 10 par rapport à 2012 ! Elle reste toutefois soudée car seule Marine Brenier (LR, 06), la protégée de Christian Estrosi, rejoint le groupe dissident Macron-compatible « Les constructifs ». Le succès du parti présidentiel cache une autre nouveauté. Anticipant la loi sur le cumul des mandats, seuls 25 sortants se représentaient dont 17 ont été in fine réélus. Résultat : 27 députés de la région sont des novices. Mieux : 10 d’entre eux, tous LREM, n’avaient jusqu’ici jamais exercé le moindre mandat politique. Reste malgré tout de gros cumulards dans le temps, tous LR à l’exception de Joël Giraud (LREM, 05, 3ème mandat) : le champion est Guy Teissier (LR, 6 mandats). Mais on peut aussi citer Bernard Brochand (LR, 06) et Bernard Deflesselles (LR, 13) qui débutent leur 5ème mandat.


Le FN frappé par le mildiou

L’extrême droite est la grande perdante en Paca. La récolte s’annonçait pourtant prometteuse au premier tour de la présidentielle (44,53 %). Certes Jacques Bompard, le maire d’Orange (84), s’est fait réélire in extremis. Mais le FN perd son unique siège, celui de Marion Maréchal (nous voilà)-Le Pen qui ne se représentait pas. Surtout, ses dirigeants, Stéphane Ravier en tête, échouent à conquérir de nouvelles circonscriptions et tous les parachutés loupent leur atterrissage... (lire page 6).


Le rouge fait tache

Les beaux scores au 1er tour de la présidentielle des Insoumis à Marseille, à Avignon et dans les départements alpins, n’ont pas donné lieu à la cuvée espérée aux législatives. Seul Jean-Luc Mélenchon (LFI) a été confortablement élu à Marseille. Pierre Dharréville (PCF, 13) a aussi récupéré haut la main l’unique circonscription communiste en Paca avec pour suppléant, le sortant Gaby Charroux.


La vrai-fausse disparition du rosé

En théorie, le bilan est sans appel : le PS avait 12 élus et il n’en a plus un seul en Paca. Mais avec le rosé, il faut toujours se méfier. Que cache sa robe vermeille ? Du rouge, du blanc, des additifs ? De fait, sur les 24 députés LREM, 5 sont directement issus du PS, terroir Hollande ou Valls plus que de l’AOC Hamon [Christophe Castaner (04), Jean-François Cesarini (84), Pascale Boyer (05), Cécile Muschotti (83)]. Cinq ont toujours été proches du PS [Saïd Ahamada (13, ex-Modem, ex-EELV), Mohamed Laquila (13, Modem), François-Michel Lambert (13, ex-EELV), Joël Giraud (05, PRG), Solveig Mauborgne (83, ex-écologiste)]. Soit plus du tiers des élus LREM ! On s’en doutait : le breuvage « en marche » est largement composé d’ingrédients mûris dans les cuves du social-libéralisme. L’analyse pourra être précisée lorsque les 9 députés LREM de Paca qui n’ont pas de passé politique révéleront, à l’usage, leurs orientations. À l’inverse, seuls 4 députés « marcheurs » en Paca viennent officiellement de la droite : Loïc Dombreval (06, ex-UDI), le maire de Flayosc Fabien Matras (83, DVD), Alexandra Valetta-Ardisson (06, LR). Il faut peut-être rajouter à cette liste Anne-Laurence Petel (13, LREM), qui n’a jamais été encartée, mais a été responsable de la communication d’un maire divers droite à Narbonne. Et le deuxième élu Modem de Paca, le Varois Philippe Michel-Kleisbauer, est un ancien UDF...


Un vin (un peu plus) jeune

Les députés de Paca avaient en moyenne 57 ans lors de leur élection en 2012. Ils affichent désormais au compteur 49 ans (48 au niveau national). Mais il existe de grandes disparités régionales : les députés LR en Paca ont ainsi 56 ans en moyenne là où les députés LREM n’alignent que 44 années.À gauche, les deux rescapés ont respectivement 41 ans (Dharreville, 13, PCF) et 65 ans (Mélenchon, 13, LFI). Et vivement la retraite pour notre facho du sud, 74 ans (Bompard, 84, Ext. Dr.) ! Le benjamin régional est Jean-Marc Zulezi, 29 ans (13, LREM) et le doyen l’indéboulonnable Bernard Brochand, 79 ans (LR, 06).


Un parfum féminin

Il y a désormais 18 femmes députées en Paca pour 24 hommes, soit 43 %, là où la moyenne nationale est de 39 %. Elles n’étaient que 9 dans l’assemblée sortante. Encore un effort et la parité sera effective ! Ce beau résultat est dû aux « marcheuses » (déjà majoritaires avec 13 fauteuils sur 22). Chez LR le rapport est inversé avec toujours 10 hommes pour 5 femmes...


Une cuvée CSP +

Les 22 nouveaux députés marcheurs de Paca cumulent donc moins de mandats dans le temps et en nombre, sont plus jeunes et majoritairement des femmes. Il y a plus : alors que les députés LR de la région sont presque tous des professionnels de la politique, 16 des LREM exerçaient, avant d’être élus, une autre profession. Par contre, les « macronistes » ne renouvellent absolument pas le profil sociologique de l’Assemblée. Médecins, directeurs général, avocats, directeurs de la communication, ingénieurs, cadres supérieurs : ils sont tous issus des catégories sociales supérieures. Pour voir Paca élire au palais Bourbon un travailleur précaire, un chômeur, un ouvrier ou un paysan, il faudra encore patienter...


Michel Gairaud

Article publié dans le Ravi n°153, daté juillet-août 2017. Pas de presse pas pareille sans votre soutien, abonnez-vous !

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