Contact

Abo, dons, adhésions

"Etre une femme est une chance"

Entretien avec Kaouther Ben Hania, réalisatrice de La belle et la meute
le 4/10/2017

Invitée du 12ème FFM, le festival Films Femmes Méditerranées qui débute aujourd’hui, Kaouther Ben Hania va présenter en avant première à Marseille son long métrage La belle et la meute puis animer une "leçon de cinéma". Entretien.

Dans La Belle et la meute, Kaouther Ben Hania, immerge les spectateurs, en mode thriller, dans l’enfer d’une nuit vécue par une jeune Tunisienne victime d’un viol. Entretien avec la réalisatrice.

La Belle et la meute est inspiré d’un fait divers, le viol d’une jeune Tunisienne par trois policiers en 2012. Comment avez-vous construit une fiction à partir de ce drame ?
J’ai pris beaucoup de libertés par rapport à la vraie histoire. L’intérêt était de me l’approprier et d’en faire un vrai drame avec les outils de la fiction. Je voulais tenter un côté un peu thriller, avec des plans-séquences (plans longs, sans coupe, couvrant l’intégralité d’une scène, Ndlr) qui pourraient transmettre une impression d’oppression et de tension. L’objectif est de plonger le spectateur dans le réel, qu’il puisse être collé à la protagoniste principale, vivre ce qu’elle vit. C’est une forme très exigeante : cela nécessite beaucoup de répétitions pour chorégraphier les scènes, coordonner la caméra et les acteurs.

D’après votre expérience, les femmes voulant travailler comme réalisatrice rencontrent-elles des difficultés particulières ?
Il y a deux cas de figure : d’abord on peut rencontrer des interlocuteurs très courtois avec les femmes, et qui leur laissent de l’espace. Ou alors si l’on rencontre quelqu’un d’extrêmement misogyne, il peut aussi nous sous-estimer, et là on peut en profiter et tout de même s’en sortir. Donc je n’ai pas l’impression qu’être une femme soit plus compliqué, parfois je trouve plutôt que c’est une chance.

Y a-t-il en ce moment un environnement propice à la création cinématographique en Tunisie, y compris sur une thématique aussi sensible que le viol ?
J’ai l’impression qu’il y a le début d’une effervescence, une bouffée de liberté qui explose. Je n’aurais jamais pu faire La Belle et la meute sous Ben Ali, alors que là j’ai reçu une aide du ministère de la culture. Ce type de financements existait déjà avant, mais il y avait une forme de censure, de contrôle opaque. Un de mes précédents films, Le Challat de Tunis, qui est basé sur une légende urbaine (un motard balafrant les fesses de femmes croisées sur sa route, Ndlr), est sorti juste après la révolution, dans une période très particulière marquée par une remise en question, une autocritique allant jusqu’à l’autodérision. Le film correspondait à l’état d’esprit général du pays, et a été très bien accueilli. Et à l’époque où le fait divers dont est inspiré La Belle et la meute a eu lieu, l’affaire a été très médiatisée, avec des manifestations de soutien, toute la société civile a participé à une forme de solidarité. Cela a contribué à ce que les policiers soient condamnés à 15 ans de prison, une première. C’est le signe que ce genre de dépassements, plus ou moins permis sous la dictature, ne peut plus avoir lieu aujourd’hui.

Propos recueillis par Sébastien Grob

Sortie nationale de La belle et la meute le mercredi 18 octobre. Avant première avec le FFM au cinéma Variétés à Marseille le lundi 9 octobre en présence de la réalisatrice (20h30) et « leçon de cinéma » avec Kaouther Ben Hania le mardi 10 octobre (de 10h00 à 15h00) à Marseille au Vidéodrome 2.

Femmes-Films-Méditerranée : le cinéma grand horizons

La douzième édition du FFM, qui fait la part belle aux réalisatrices d’une vingtaine de pays du pourtour méditerranéen, se déroule du 4 au 22 octobre prochain, à Marseille mais aussi en Paca à Hyères, La Ciotat, Port de Bouc et Cucuron. À côté des projections, de nombreux débats et rendez-vous sont au programme.

Projeter une quarantaine de films, réalisés par des femmes méditerranéennes. C’est le défi relevé chaque année par le festival Films Femmes Méditerranée, dont la douzième édition se déroule du 4 au 22 octobre. Si l’essentiel des événements se déroule à Marseille, des séances sont aussi organisées à Hyères, La Ciotat, Cucuron et Port-de-Bouc. Les films sélectionnés abordent des thèmes variés : la guerre civile (avec My own private war, documentaire sur les conflits en ex-Yougoslavie), l’exil (Avant la fin de l’été, récit du périple de trentenaires iraniens ayant fuit le régime des mollahs ; House of others, histoire d’une famille géorgienne réfugiée dans une maison abandonnée), le rapport aux traditions (dans House in the fields, une jeune marocaine voit se confronter ses espoirs et les contraintes de la société berbère, tandis que Pagani sublime la fête traditionnelle d’un village italien)... Diversité aussi dans les formats : le vendredi 6 octobre aura lieu un atelier web-séries, suivi par une compétition dans laquelle seront en lice treize court-métrages. Le festival consacre également deux journées spéciales à Sandrine Bonnaire, les dimanche 8 et 15 octobre au Mucem, retraçant une partie de sa filmographie en tant qu’actrice et réalisatrice.

Au-delà des projections, le festival se veut un espace de discussions. Ainsi, l’atelier web-séries sera suivi d’un échange entre le public et les créatrices des deux projets présentés. Le 11 octobre aura lieu à la Villa méditerranée une table ronde intitulée « Peut-on faire la paix avec sa guerre ? », occasion d’une réflexion sur les traumatismes entraînés par les conflits armés et la possibilité de les dépasser. Le Mucem ne sera pas en reste avec la tenue le 9 octobre d’un séminaire, « Genre, images et crises en Méditerranée », en partenariat avec le réseau GenderMed. Des chercheuses en sciences humaines y seront amenées à analyser le film Happily ever after sous le prisme de l’évolution des rapports homme-femme dans les pays des rives sud de la Méditerranée.

Souhaitant toucher de nouveaux publics, Films-Femmes-Méditerranée met en place un dispositif spécialement orienté vers les lycéens, en partenariat avec des établissements de la région. Ainsi, deux séances leur sont spécialement réservées. La première verra la projection de cinq court-métrages sous le regard acéré, entre autres, d’un jury d’élèves de seconde chargé de décerner le Prix des lycéens du lycée Périer. Lors de la seconde, les lycéens pourront assister à la projection du film Tous les rêves du monde, suivie d’un échange avec la réalisatrice. Le festival cherche aussi à s’implanter dans les quartiers populaires, là où les cinémas sont rares. Ainsi, des projections gratuites de court-métrages seront organisées au centre social de La Savine, dans le 15e arrondissement. Les participants, accompagnés par une intervenante, seront invités à échanger leurs impressions sur les œuvres projetées.

S. G.

Le programme complet du festival, c’est par ici...

@-Leravi - http://www.leravi.org