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L’éducation pas si prioritaire

Dans l’académie Aix-Marseille, les écoles du Réseau d’éducation prioritaire malmenées
le 10/10/2017

Manque de moyens, formations et dispositifs en sursis... La mise en place des classes à 12 élèves dans les écoles du Réseau d’éducation prioritaire promise par Macron s’annonce douloureuse.

« Cette année, la priorité, c’est la mise en œuvre de la réforme du dédoublement des classes de CP en Rep+ (Réseau d’éducation prioritaire). Il va y avoir des choix à faire. » A l’Inspection d’académie d’Aix-Marseille (IA), on ne cache pas que la mise en place de la promesse de campagne d’Emmanuel Macron, même partiellement, ne se fera pas sans casse. Et a finalement tout de la fausse bonne idée ?

La réforme se faisant à moyens constants, elle risque en effet d’être saignante ! Une partie des instits va en effet être prélevée sur la brigade de remplaçants, le contingent qui sert à palier les absences pour maladie, formation, etc. Ce qui promet quelques mouvements d’humeur chez les parents d’élèves et des effets collatéraux, comme l’embauche de bataillons de contractuels non formés ou la fin de certains dispositifs et de formations, dont le choix est très réduit selon les syndicats. C’est ce que sont déjà en train de vivre les enseignants marseillais. La réforme y impacte notamment le programme de développement affectif et social (Prodas) développé à Marseille par le Planning familial des Bouches-du-Rhône (Cf Marsactu, le 05/07).

Inspection peu vertueuse
Importé du Québec, le dispositif est pourtant très prisé par les instits des écoles des quartiers populaires de la ville confrontés à des classes difficiles. Ils y trouvent des outils pour permettre aux enfants d’exprimer leurs sentiments, apprendre à s’écouter, d’acquérir des compétences sociales et civiques, de l’autonomie. « Prodas a pour objectif de favoriser le bien être à l’école et d’y prévenir les violences en travaillant sur la conscience de soi, la réalisation de soi et les interactions sociales », développe Aurélie Tardy, coordinatrice du programme. « Il est essentiel d’être bien pour apprendre. Et quand on est bien, on apprend encore mieux. C’est un cercle vertueux », abonde Claire Billès, secrétaire générale du Snuipp, le principal syndicat du primaire.

Loué par la grande majorité des 250 enseignants formés depuis 2005 comme les partenaires institutionnels de l’association, le programme va donc devoir réduire sa voilure. Après 12 ans d’existence, l’académie émet aujourd’hui très opportunément « des réserves » sur son intérêt. « La priorité est de former à l’enseignement en petit groupe, qui est spécifique », justifie aussi le service de com’ de l’IA.

Un discours qui met Claire Billès en pétard : « Il n’y a eu aucune concertation sur cette réforme ! Ce n’est pas en réduisant les effectifs sur une année que ça peut améliorer les choses pour les gamins ! Et si on étend la réforme à tous les CP et les CE1, on la fait avec quels moyens ? » Une nouvelle réforme devrait régler le problème...

Jean-François Poupelin

Enquête publiée dans le Ravi n°154, daté septembre 2017

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