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Odel Var, les élus d’abord et les enfants après…

Deux procès-baîllons contre le Ravi !
le 14/05/2018

Marc Lauriol, conseiller départemental LR du Var et l’Odel (Office départemental d’éducation et de loisirs) qu’il dirige, trainent le Ravi devant le Tribunal correctionnel de Draguignan pour "diffamation" en nous réclamant 32 500 euros. Après trois audiences et à la veille d’une quatrième et d’un jugement sur le fond, ce mardi 15 mai, nous apprenons que le procès est à nouveau repoussé à la demande des parties civiles qui jouent la montre pour mieux nous entraver. Et l’Odel, avec sa DRH, nous attaquent maintenant dans une deuxième procédure, là encore pour "diffamation", concernant une nouvelle enquête (« De l’Odel sous les ponts », le Ravi n°159, février 2018) ! Pour cette affaire Bis repetita : convocation au TGI de Draguignan le 23 juin. Réagissez pour nous aider à surmonter cette avalanche de procédures : Les abonnements, c’est par ici !

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La pieuvre pourrait être le surnom de l’Office départemental d’éducation et de loisirs, plus communément appelé l’Odel Var, association loi 1901, qui gère la majorité des centres de loisirs du département, organise des séjours pour les jeunes et drague depuis quelques temps les séniors. La pieuvre parce que tentaculaire, bien assez en tout cas pour aiguiser depuis des années l’appétit des élus locaux.

Créée en 1935, l’association a pris de l’ampleur jusqu’à intéresser Hubert Falco, élu en 1994 président du Conseil général du Var qui lui octroie une subvention. En 1996, l’actuel sénateur-maire LR de Toulon nomme Josette Pons à la présidence de l’association, elle l’est encore aujourd’hui. La députée-maire de Brignoles est à l’époque conseillère générale. En 2000, elle place Marc Lauriol, son fidèle collaborateur au poste de directeur, fonction qu’il cumule depuis 2014 avec la direction de son cabinet en mairie. En 2015, il est élu conseiller départemental. Et en juin, il part aux législatives à la place de Pons dans la 6ème circonscription.

Gros salaires et conflit d’intérêt

C’est le rapport de la chambre régionale des comptes sur le Conseil général du Var de 2009 à 2015, rendu public en juin 2016, qui met le feu aux poudres et précipite l’arrêt de la subvention. La CRC y épingle férocement la gestion du président Horace Lanfranchi. Concernant les subventions aux associations, dans la rubrique « risques juridiques et financiers  », elle consacre six pages à l’Odel Var. Le rapport accablant précise, que de 2009 à 2014, le département a versé 20 millions d’euros à l’association « sans s’assurer de la réalité de l’intérêt départemental de ses activités  ». Il s’interroge aussi sur la mise en concurrence. Mais surtout la CRC pointe du doigt les salaires très élevés des cadres, notamment celui du plus haut cadre qui a augmenté de 11 % entre 2009 et 2013, pour atteindre 177 625 euros. «   Il s’agit de la plus haute rémunération de tous les cadres dirigeants d’associations subventionnées, dans le panel analysé par la chambre  », souligne le rapport.

Josette Pons, présidente de la commission jeunesse pendant des années, était décisionnaire des subventions attribuées aux organismes de loisirs notamment… Quand à Marc Lauriol et son salaire qui ferait rêver plus d’un animateur, lorsqu’il est élu en 2015, la question ne se pose visiblement pas de savoir si cela peut constituer un conflit d’intérêt. Le seul qui s’interroge, c’est Dominique Olivier, adversaire de Lauriol aux cantonales et élu d’opposition à St Cyr. Par courrier, en juin 2015, il attire l’attention de Lauriol sur l’article L207 du code électoral qui régit les conditions d’incompatibilité entre le mandat de conseiller départemental et les fonctions «   des agents salariés ou subventionnés sur les fonds départementaux  ».

Lauriol répond qu’il n’est pas payé sur la subvention qui équivaut à 17 % du montant total des recettes de l’Odel (ndlr  : elle était de 55  % en 2005) mais sur les 83 % restants «   d’activités non subventionnées  ». Dans un courrier du 8 août 2016, la préfecture reconnaît l’incompatibilité mais précise que la saisit du tribunal administratif est largement dépassée et surtout qu’«  aucun élément n’a été porté à la connaissance de [leurs] services permettant de relever une incompatibilité  ». Dominique Olivier s’interroge encore  : «   Soit Marc Lauriol n’a pas mentionné dans sa lettre de candidature son poste de DG à l’Odel Var, même si c’est de notoriété publique, dans ce cas-là c’est lui qui serait fautif. S’il l’a mentionné, ce sont les services du préfet qui sont en faute.  »

Marc Giraud, fraîchement élu président du Conseil départemental déjà mis en examen pour détournement de fonds publics, ne s’y risque pas et transforme la subvention versée à l’Odel en aide aux familles. Mais l’association championne des appels d’offres dans les communes a encore de beaux jours d’argent public devant elle. Et ce qui distingue la pieuvre de ses congénères, ce sont ses huit bras et sa grande intelligence  : Marc Lauriol a de la ressource.

Omniprésent et tentaculaire

En plus de ses nombreux biens immobiliers acquis entre 2005 et 2012 via des SCI, son nom apparaît dans diverses sociétés créées autour de l’Odel, soit par actions simplifiées ou en coopératives (Scic). Comme Gestipark qui est à l’origine du parc à thème Pirates Aventures à La Valette, dont Lauriol est le président. On trouve aussi Pro-Formation Services créée en 2013, dont Josette Peri est présidente (nom d’épouse de Pons). Lauriol en est le directeur bien sûr. Une source proche du dossier nous confie qu’il s’agirait d’une «  coquille vide  » créée initialement pour pouvoir récupérer l’argent de l’organisme paritaire servant à financer les formations des emplois aidés qu’il aurait été impossible à l’Odel de facturer, recevant déjà des aides de l’Etat en ce sens. Un seul salarié  : Lauriol. Les formateurs étant ceux de l’Odel.

Une autre société a attiré notre attention  : SG Services, créée début 2014, et dissoute fin janvier 2017 alors qu’elle semble rentable avec un chiffre d’affaire 2015 s’élevant à 417 300 euros. Le montage implique différents salariés de l’Odel. Lauriol qui détient 50  % des parts, mais aussi la directrice financière, la DRH, la directrice la communication (fille de Pons), la DGA (compagne de Lauriol), et la chargée de mission, chacune à hauteur de 10 %. L’Odel Var et Pro-Formation Services, en tant qu’entités y injectent aussi de l’argent. Selon nos sources, le seul client de SG Services c’est l’Odel qui transfère une partie de son personnel dans la Scic et du coup facture des services qui jusqu’ici se faisaient en interne.

Pour certains, SG Services aurait été créée pour faire apparaître du déficit afin de faciliter notamment les licenciements. D’ailleurs lorsque la subvention du département disparaît, la Scic est dissoute. De même que Pirate Aventures n’aurait d’autres fins que «  d’aspirer l’argent  » des centres aérés qui sont tenus d’y organiser deux à trois sorties par an, sorties facturées bien sûr. «  Plutôt que de les amener à Marineland, autant faire tourner l’argent en interne  », ironise un ancien salarié. Seulement voilà, l’argent des centres aérés est public, provenant entre autre de la Caf. En 2015, l’Odel modifie ses statuts dans le but d’élargir le pouvoir du conseil d’administration et permettre de faire des emprunts pour ces sociétés annexes.

Suite à la disparition de la subvention, l’Odel a procédé à sept licenciements économiques. Cinq anciens salariés attaquent aujourd’hui aux Prud’hommes. Ils considèrent que le déficit 2015 qui a motivé les licenciements était erroné de 500 %. Dans le compte-rendu de la réunion extraordinaire du CE daté du 25 juin 2016 et qui statue sur le licenciement d’une salariée, il est annoncé par le commissaire aux comptes un déficit prévisionnel 2015 de 1 250 000 euros, mois où le bilan est censé être présenté au conseil d’administration, donc bien avancé. Finalement quelques mois plus tard, le bilan est beaucoup moins catastrophique   : - 235 716 euros. Et le gros déficit semble avoir été reporté sur le bilan prévisionnel de 2016 qui est annoncé à - 2 250 000 euros. Chiffre qui pourrait être confirmé en juin prochain. «  Oui mais on aurait pu gagner un an   », explique un ancien salarié.

Asseoir son pouvoir ou se garantir l’immunité parlementaire, les raisons qui poussent Lauriol à se présenter aux législatives sont variées. Mais la victoire est loin d’être assurée car au soir de la présidentielle, la 6ème circonscription du Var était totalement bleu Marine.

Samantha Rouchard

1. Durant notre enquête, Josette Pons et Marc Lauriol n’ont pas donné suite à nos demandes d’interviews. L’Odel Var ne nous a transmis ni l’organigramme, ni le bilan 2016, demandés à plusieurs reprises. La plupart de nos sources témoignent anonymement par crainte de représailles.

Pons qui roule amasse mousse

Josette Pons a été condamnée en novembre dernier à 45 000 euros d’amende pour avoir omis de déclarer 2,1 millions d’euros de patrimoine à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle a choisi la procédure de plaider coupable, afin d’éviter l’inéligibilité. A presque 70 ans, elle est la championne du mandat électif   : trois fois maire de trois communes du Var, conseillère générale de 1988 à 2015 et enfin députée de la 6ème circonscription du Var depuis 2002. Il se murmure qu’elle préparerait sa confortable retraite, en laissant la députation à Lauriol puis la mairie à son premier adjoint. Elle vient pourtant d’être élue au premier tour à la présidence de la nouvelle communauté d’agglo de la Provence verte   ! Au sein de l’Odel, elle a su s’entourer de quelques membres de sa famille, dont sa fille Magali Barré. A la fois directrice de la communication à 80 % et attachée parlementaire de sa mère le reste du temps. Sur son CV en ligne, elle indique qu’elle est aussi organisatrice de séjours freelance chez Odel Evasion «   par passion  ». Le cumul serait-il génétique   ?

Cette enquête a été publiée dans le Ravi n°151, daté mai 2017

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