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Une difficile orientation... politique

A Aix-Marseille Université, la politisation des étudiants ne concerne qu’une avant garde
le 17/01/2018

A Aix-Marseille Université ce n’est pas la grande effervescence politique ! Mais le choix ne manque pas pour les étudiants qui veulent s’engager...

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Parmi les 75 000 étudiants qui s’entassent dans les amphithéâtres d’Aix-Marseille Université (AMU), Ludovic Perney présente une particularité : à 21 ans, il est depuis 2015 le plus jeune conseiller régional (LR) de Paca. L’engagement politique de cet étudiant en Master de droit du travail remonte à ses 14 ans lorsqu’il était collégien ! Ludovic Perney n’envisage pourtant pas d’abandonner ses études : « La politique ne doit pas être un métier. » A la fac, il espère montrer l’exemple. « L’engagement des jeunes est très important. Il faut montrer que la politique n’appartient pas à une élite », poursuit-il. En revanche, il ne souhaite pas militer directement sur le campus : « Un parti politique n’a pas sa place à l’Université. C’est un principe que nous tenons à respecter chez LR. »

Un point de vue que ne partage pas Jules, thésard en biologie à Luminy, engagé auprès de la France Insoumise (FI), comme une cinquantaine d’autres étudiants d’AMU : « Depuis le début de l’année scolaire, nous militons à la fac. Les campus sont des lieux de vie. Il faut en faire des lieux de débats. L’Université doit permettre aux jeunes de s’émanciper. »

Le débat est aussi au cœur de l’action de la Fédération Aix-Marseille Interasso (Fami) qui regroupe une vingtaine d’associations étudiantes d’AMU et revendique 4 000 adhérents. « Chez nous, les gens viennent de tous horizons. Il y a beaucoup de débats. Mais, à la fin, nous trouvons un consensus derrière lequel on doit se ranger, quelles que soient ses idées politiques », précise Marianne Faddoul, élue au conseil d’administration d’AMU pour la Fami. La fédération, « apartisane », regroupe une vingtaine d’associations. Elle mène des opérations de solidarité, de prévention et d’information pour l’orientation des futurs étudiants. Elle développe, par ailleurs, une épicerie sociale et solidaire pour les boursiers avec des produits vendus 20 à 30 % moins chers.

La France Insoumise cherche, elle, à mobiliser contre le gouvernement. Elle dénonce la baisse du budget par étudiant pour la 7ème année consécutive, le projet de sélection à l’entrée de l’Université et d’orientation vers des filières en manque de main d’œuvre. FI interpelle par ailleurs les étudiants sur les conséquences pour eux des ordonnances sur le Code du Travail. « L’objectif est qu’ils se mobilisent pour s’opposer à ces réformes », avoue Jules.

Des projets gouvernementaux également dans le viseur de Carlos Durand, adhérent au Mouvement du Premier Juillet (M1717) de Benoît Hamon. Il l’a intégré après avoir mené campagne pour le candidat malheureux du PS à l’élection présidentielle. Etudiant en 2ème année d’Éco-gestion à Marseille, il ne fait pas beaucoup de politique sur le campus mais « en parle autour de [lui] pour expliquer aux étudiants ce qu’est le mouvement M1717 et pour les inciter à s’engager, ce qu’ils font peu, malheureusement... »

Le taux de participation aux élections au Conseil national des œuvres universitaires et scolaires (Cnous) le confirme. Seuls 183 000 étudiants (7,51 %) se sont exprimés au scrutin de janvier 2017, à l’échelle nationale (4). A Aix-Marseille, la participation est un peu plus élevée : environ 10 % aux dernières élections de novembre 2015. Pourtant pas suffisante pour Marianne Faddoul de la Fami, première organisation étudiante à AMU, avec 4 élus et 4 suppléants au conseil d’administration, devant l’Unef (1 élu et un suppléant) et l’Uni (1 élu et un suppléant) (1) : « C’est difficile de mobiliser les étudiants. Beaucoup n’ont pas conscience qu’il existe des élus pour les représenter. Toutes les organisations étudiantes devraient mieux sensibiliser sur l’importance de notre représentation. Pourquoi pas en enlevant nos étiquettes le temps d’une journée, en partenariat avec l’Université ? ». Les prochaines élections à l’AMU sont programmées les 20 et 21 novembre 2017.

Mais le manque d’engagement des étudiants ne témoigne pas d’un manque d’intérêt, selon Jules de FI : « Avec la hausse de la précarité chez les jeunes, les étudiants doivent de plus en plus travailler pour survivre. Ils ont moins le temps de s’intéresser à la politique. » Il prévient néanmoins : « Attention car les mouvements de jeunesse sont imprévisibles ! »

Imprévisibles mais néanmoins à l’image du reste de la société. En témoigne la présence de l’Action Française (AF), groupuscule nationaliste et royaliste, sur les campus d’AMU. Les stickers aux couleurs de l’organisation fleurissent sur les lampadaires. En novembre 2015, La Cocarde, association d’extrême-droite comptant une quinzaine d’adhérents, s’est présentée aux élections au conseil d’administration d’AMU. En vain. Pourtant, leurs adversaires idéologiques à l’Université restent prudents. « Nous ne les voyons pas mais savons qu’ils sont là. Nous faisons tout pour les empêcher de propager leurs idées », explique Jules de FI.

Une précaution que n’ont visiblement pas prise les élèves de Sciences-Po Paris, où Sens Commun, mouvement politique né de la Manif Pour Tous en 2013, a fait son apparition parmi les associations étudiantes de l’école, à la suite du vote de ses étudiants...

Pierre Coronas

1. Les représentants de l’Unef et de l’Uni n’ont pas donné suite à nos demandes d’entretien.

Enquête publiée dans le Ravi n°156, daté novembre 2017

@-Leravi - http://www.leravi.org