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Malvenue en Provence-Alpes-Côte d’Azur, terre de rejet !

En Paca l’accueil des migrants ne fait pas l’unanimité...
le 23/03/2018

Si en Paca des citoyens se mobilisent pour accueillir les migrants, d’autres s’y opposent. Et il n’y a pas que des élus !

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Finalement, Pascal Verrelle a dû ravaler sa haine. Alors qu’en décembre, le maire FN du Luc-en-Provence (83) avait fait voter en conseil municipal, avec le soutien de son opposition LR, une motion contre l’installation d’un centre d’accueil et d’orientation sur sa commune, en janvier, 23 Soudanais, Erythréens et Afghans ont pris leurs quartiers dans le foyer pour Chibanis du quartier populaire de Retrâche.

Il faut cependant reconnaître une certaine constance au frontiste. A l’automne 2016, il avait déjà fait voter par son conseil municipal la « Chartre anti-migrants » du Front national. « Il les présente comme des barbares, des détraqués sexuels et explique qu’ils vont ruiner la commune alors que l’Etat paie tout et que les 42 euros qu’ils reçoivent par semaine sont dépensés chez nous », se désespère Roger Depierre, d’Ensemble pour Le Luc, un collectif citoyen de vigilance contre le parti d’extrême-droite.

A l’époque, le gouvernement Valls avait décidé de fermer la jungle de Calais et de répartir ses 120 000 occupants dans toute la France. En Paca, des Alpes-Maritimes aux Bouches-du-Rhône en passant par le Var et le Vaucluse, des communes et exécutifs départementaux s’étaient positionnés contre l’installation de « mini-jungles » sur leurs territoires. Le pompon revenant au LR Christian Estrosi, alors président du conseil régional. Un an après son élection avec les voix de gauche, le maire de Nice fait voter une motion à sa majorité dans laquelle il déclare « irréaliste et irresponsable » « d’accueillir plus de 1 000 clandestins d’ici à la fin 2016 ». Un texte selon lui « humaniste » et voté par le Front National, qui en avait présenté un quasi identique.

Dès 2015, alors que des citoyens et des collectivités commençaient à se mobiliser pour accueillir les réfugiés syriens, certains édiles étaient déjà dans le déni de solidarité. A l’image de Maryse Joissains, la maire LR d’Aix-en-Provence, qui s’était énervée : « Des migrants, j’en ai déjà suffisamment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms ! » (20Minutes.fr, 08/09/2015). Avant de préciser, avec son tact légendaire, qu’elle serait prête à accueillir des « Syriens chrétiens ».

Trois ans plus tard, d’autres ont pris la relève. Sollicité, fin 2017, par la préfecture et le conseil départemental des Hautes-Alpes pour accueillir deux structures – 30 places pour des jeunes migrants et 50 pour des demandeurs d’asile –, Roger Didier, le maire LR de Gap, a lui aussi refusé (1). « Depuis le début il ne fait rien. Là, il se justifie par le fait de ne pas avoir de lieu à disposition, explique Joël Reynier, élu d’opposition Front de Gauche. Pourtant, il y a une vraie nécessité : dix à vingt migrants arrivent chaque jour en ville via le Montgenèvre. Ils sont pris en charge par des associations et des militants, notamment dans une maison abandonnée située à côté de l’hôpital. » Didier doit trouver ça suffisant…

Dans le Var, c’est carrément le conseil départemental qui traîne les pieds pour la prise en charge des mineurs non accompagnés, dont il a pourtant la compétence via l’aide sociale à l’enfance. « Aux Arcs, il y a trente jeunes et des familles qui sont logés en hôtel, certains depuis avril. Si l’Etat prend en charge le logement et la nourriture, l’ASE ne bouge pas. Les éducateurs de l’association mandatée pour s’en occuper ne sont jamais venus, c’est hallucinant ! », dénonce Dominique Faluomi du Collectif Migrants Var Est. Là encore, c’est la solidarité qui pallie.

La palme institutionnelle revient cependant à Georges-François Leclerc, le préfet des Alpes-Maritimes. Déjà condamné deux fois pour atteinte au droit à l’asile, il a de nouveau été tancé en janvier par le tribunal administratif. En contradiction avec la convention internationale des droits de l’enfant, la police aux frontières a renvoyé en Italie un jeune Erythréen… de 12 ans !

Les élus et les représentants de l’Etat ne sont pourtant pas les seuls à refuser la solidarité aux migrants. A l’automne 2016, quelques 600 des 6 000 habitants du bourg varois de Pierrefeu ont ainsi manifesté contre l’installation d’un centre d’accueil dans un bâtiment désaffectée de l’hôpital psychiatrique local. Un mouvement qu’avait tenté de récupérer le Front national.

S’il n’y a pas réussi, le parti de Marine Le Pen s’est rattrapé dans la vallée de la Roya. Fin 2017, des habitants de Breil-sur-Roya se sont ainsi constitués en association - Défendre La Roya - à l’initiative d’Olivier Bettati, un conseiller régional FN, contre les « migrants », les « vols » et les « violences », un joli amalgame annoncé sur sa page d’accueil Facebook. Ces charmants citoyens ont tenté de faire dissoudre, en vain, l’association Roya citoyenne qui, elle, leur porte secours [cf. reportage dessiné « Roya contre Roya », le Ravi n°156, novembre 2017].

« Nice compte 350 000 habitants mais n’a pas organisé un seul lieu d’accueil pour les migrants. L’électorat n’en veut pas. On est dans une région de droite, une région désespérante », se désole Teresa Maffeis, une militante niçoise. Bien qu’elle ait mille anecdotes sur les dons et les coups de mains d’anonymes, elle insiste : « On parle de la vallée de la solidarité, mais elle n’est solidaire qu’en partie. T’as vu le vote des présidentielles dans la Roya ? » A Breil, Marine Le Pen est arrivée avec près de 30 % des voix en tête au premier tour. Comme au niveau régional.

Jean-François Poupelin

1. Roger Didier a refusé de répondre au Ravi.

2. Contacté, Olivier Bettati n’a pas répondu à nos sollicitations.

Cette enquête a été publiée dans le Ravi n°159, daté février 2018

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