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Le Pavillon bleu flotte à nouveau !

Mais le label est tiraillé entre exigences environnementales et marketing territorial…
le 18/04/2018

Le palmarès 2018 des plages et ports de plaisance labellisés Pavillon bleu doit être révélé ce 18 avril. Que cache cet étendard, fièrement arboré par les lauréats mais snobé par de nombreuses communes ne voulant pas prendre le risque d’être évaluées ? Ses critères, même imparfaits, permettent-il d’évaluer une bonne gouvernance environnementale ? Ou bien s’agit-il avant tout d’une opération de greenwashing ?

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« Ceux qui ont perdu le pavillon bleu disent que ça ne sert à rien. Mais quand une commune l’a, elle a gagné ! C’est le cas depuis le début de mon mandat et on souhaite le garder », se réjouit Jean-Pierre Giran, maire (LR) de la ville d’Hyères (83). Le Pavillon bleu récompense depuis plus de 30 ans les plages des communes ainsi que les ports de plaisance faisant des efforts en matière d’environnement. Il est perçu comme un véritable signal de pureté immaculée envoyé aux usagers mais aussi un outil marketing territorial hors pair pour les élus toujours en quête de touristes. Les résultats du palmarès 2018 seront dévoilés ce mercredi 18 avril aux 304 candidats qui en ont fait la demande. L’année dernière, la région Paca a été la plus récompensée de France : 29 ports et 30 communes s’y sont vus décerner ce célèbre drapeau bleu et blanc à vagues. En 2008, seulement 12 municipalités arboraient ce précieux sésame…

Créé en 1985, pilotée par l’association Teragir, le Pavillon bleu est un des sept repères de développement durable qu’elle promeut au travers de programmes d’actions concernant le secteur touristique mais aussi des projets pédagogiques. « Le label a été créé pour sensibiliser les élus à la gestion des ports et le grand public au développement d’un tourisme durable, pour avoir des activités qui prennent en compte l’environnement, explique Pascale Barrès, coordinatrice nationale. Nous avons nos propres critères et nous suivons aussi les directives européennes. » Les candidats doivent satisfaire les critères de quatre « grandes familles » : l’éducation à l’environnement, la gestion des déchets et de l’eau, enfin, l’environnement général.

Un pavillon noir
« Jusque là nous n’avions pas les outils, puis nous nous sommes mis en conformité avec les normes européennes et nous avons fait la demande d’un pavillon bleu fin 2017 », souligne Michel Dalmazzo, le directeur de la capitainerie de Menton, en attente des résultats pour 2018. Reconnu d’intérêt public, le label garantit notamment la présence de sanitaires, la présence de secours, des accès pour les personnes à mobilité réduite, des collecteurs sélectifs pour les déchets ménagers comme pour ceux des plaisanciers, la récupération des eaux et matières usées dans les ports, la propreté des plages, des actions de sensibilisation à l’environnement, l’absence de rejet des eaux usées à proximité des lieux de baignade ou dans le milieu marin avant traitement…

« Le label vise à sensibiliser le public en période estivale ce qui a plutôt un impact positif sur l’environnement », reconnait Jennifer Poumey de Surfrider. Longtemps l’association a décerné un rageur « pavillon noir » pour montrer du doigt les plages les plus polluées. Elle y a désormais renoncé, privilégiant elle aussi, une communication plus positive. Mais même le très pacifique et consensuel étendard bleu créait des remous. Ceux qui le perdent déploient de savants arguments. Comme à Sanary-sur-Mer (83) où Thierry Grezes, adjoint délégué à la plage et à l’environnement, certifie que sa commune propose des garanties plus fiables qu’avant qu’on ne lui retire le pavillon. Parmi les mesures volontaristes de la mairie, lorsqu’il pleut, les plages sont préventivement fermées pour analyser la qualité de l’eau. « Notre labo est très rapide et on fait cela pour être sûr qu’il n’y a pas de risques en plus des analyses hebdomadaires, explique-t-il. On a d’autres priorités que candidater au Pavillon bleu. Nous sensibilisons à la mer toute l’année. Nos cinq sites sont surveillés et il y a des douches partout. Par contre, nous avons arrêté le tri sélectif sur les plages car il ne se faisait pas très bien mais avec la communauté d’agglo Sud Sainte-Baume, on va devoir y arriver à nouveau. »

D’autres villes, comme Marseille, plutôt que de prendre le risque de perdre le pavillon bleu ou de se le voir refuser, ont une stratégie redoutablement efficace : ne jamais candidater ! « Le pavillon bleu sursaturerait nos plages, c’est une attractivité en plus dont nous n’avons pas besoin, affirme Didier Réault, adjoint au maire (LR) délégué à la mer et président du conseil d’administration du parc des calanques. Mon pavillon bleu est le résultat d’analyse des eaux de baignade par l’agence régionale de la santé qui indique une qualité excellente. De plus, nous faisons des efforts pour créer des réseaux "séparatistes" dans les égouts là où nous pouvons en plus du nouveau bassin de rétention effectif depuis 2017 afin de traiter toutes les eaux usées même lors de forts événements pluvieux. » A Marseille, le réseau unitaire débordait rapidement lors de forte pluie, relâchant ainsi dans la mer, aux abords des plages, des eaux usées sans traitement.

Les analyses physico-chimiques oubliées
Redouté par certains, les critères environnementaux évalués par le pavillon bleu, ne sont pourtant ni infaillibles ni exhaustifs. Il ne prend par exemple en compte que les analyses effectuées pendant la saison estivale alors que le Pavillon est attribué à l’année. Il se base sur les relevés de chaque fin de saison et les quatre années précédentes doivent être évaluées de qualité « excellente ». « C’est un gage de continuité mais l’hiver une pollution peut se déverser et n’être stoppée que peu de temps avant les analyses », note Patrick Raimbault, chercheur à l’Institut Méditerranéen d’océanographie du centre national de la recherche scientifique. La réglementation n’est pas toujours très rigoureuse. En matière de qualité des eaux de baignade seules les analyses bactériologiques sont obligatoires.

« La législation n’impose une surveillance que sur des zones de baignade et est basée uniquement sur deux paramètres bactériologiques, poursuit Jennifer Poumey, de Surfrider. A l’heure actuelle, peu d’études épidémiologiques se sont penchées sur les risques sanitaires que peuvent causer les polluants chimiques sur les baigneurs. La multitude de substances, leur décomposition dans l’environnement et les fameux effets cocktails qu’ils entraînent sont encore mal connus. De nouvelles études devraient être menées prochainement par l’Organisation mondiale de la santé afin de mieux comprendre les risques existants. »

Cette absence de prise en compte par le pavillon bleu des analyses physico-chimiques interroge certains sur la pertinence de ce label. Serait-il avant-tout un artifice de greenwashing pour « verdir » des situations environnementales problématiques ? Autour de l’étang de Berre, par exemple, qui n’offre pas une qualité environnementale exemplaire même si la situation s’est améliorée, la plage du Jaï arbore le Pavillon. « Aujourd’hui toutes les stations d’épuration sont aux normes mais l’étang de Berre souffre toujours du manque d’oxygène provoqué par deux couches d’eau qui ne se mélangent pas. L’eau douce qui arrive de la Durance est supérieure en volume à celle du lac et est douce, ce qui entraîne la désalinisation et le déséquilibre de l’écosystème », rappelle Bernard Mounier, d’Europe Ecologie Les Verts.

Sur la commune de Cassis, deux plages sont lauréates malgré les boues rouges, très concentrées en arsenic, titan, plomb et autres métaux lourds, qui se déversaient jusqu’en 2016 dans la fosse de Cassidaigne depuis 50 ans. « Les dimensions spatiales sont réduites, l’attribution du Pavillon bleu est très localisée et donc éloignée d’une gestion de la Méditerranée à l’échelle globale », regrette Patrick Raimbault. « En matière d’environnement, toutes les initiatives sont bonnes à prendre », remarque de son côté Marc Verlaque, chercheur au CNRS. Tant qu’elles ne nous aveuglent pas sur la vérité...

Marine Torres

Enquête publiée sur le www.leravi.org le 18 avril 2018

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