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La part d’ombre de l’agriculture locale

"Local" n’est pas toujours synonyme de qualité dans les assiettes !
le 11/05/2018

Des produits locaux pour fournir la restauration collective ? Oui mais attention : une production locale peut en cacher une autre, boostée aux pesticides ! Focus sur le Vaucluse.

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Mi-février, l’association Générations futures publiait un rapport confirmant de nombreuses craintes : sur la base d’une étude de la Direction générale des fraudes, il révélait la présence de pesticides sur trois quarts des fruits et 41 % des légumes français non bios. Certes, très peu d’entre eux dépassent les seuils légaux, ce qui n’empêche pas leur dangerosité. Des légumes qui sont aussi destinés à la restauration collective.

En Vaucluse, où l’agriculture demeure la première activité économique avec le tourisme, le maraîchage est prépondérant. Et n’échappe pas à l’agriculture intensive, très friande de pesticides. Selon le site d’investigation Mediascités, se basant sur les chiffres de la BNV-d, la Banque nationale des ventes des distributeurs de produits phytosanitaires, le Vaucluse serait le 4ème consommateur de pesticides en France.

Un constat qui fait bondir Bernard Mille, producteur de cerises et secrétaire départemental de la FNSEA : « Je conteste ces chiffres. Une société basée en Vaucluse, le groupe CAPL, est l’acheteur principal de produits phytosanitaires et 70 % de ce qu’il revend se fait hors du département. » Ce représentant d’un modèle agricole intensif n’apprécie guère d’être montré du doigt et assure que les exploitations conventionnelles consomment de moins en moins d’intrants chimiques. Pourquoi alors, toujours selon Mediascités, la consommation de pesticides n’a cessé d’augmenter depuis 2009 en France, passant de 35 000 à 43 000 tonnes par an ? La faute au bio pardi ! La mauvaise foi ne tue pas…

« Il y a de plus en plus d’exploitations biologiques et ce sont elles qui font grimper la consommation en volume, assure Bernard Mille. Dans les vignes par exemple, ils utilisent beaucoup de cuivre, de soufre - des produits plus dangereux - et le bio demande une utilisation plus récurrente que l’agriculture conventionnelle.  » Un argument qui fait bondir Nicolas Verzotti, membre de la Confédération paysanne et producteur de fruits et légumes en agroforesterie : «  Il faut mettre les choses au point : l’agriculture biologique ne peut utiliser que des produits de traitement organiques, aucun fertilisant chimique ni d’azote. Il suffit de regarder la qualité de l’eau des cours d’eau vauclusiens, où sont présents beaucoup de nitrates. Ce n’est pas la faute au bio ! » En 2016, un groupe de recherche pluridisciplinaire du département s’est vu refuser le financement d’une étude sur le lien entre pesticides et recrudescence des leucémies…

Nicolas Verzotti s’est installé en 2012 sur un hectare et demi d’agroforesterie au Thor. Désormais, son activité est rentable et il écoule une partie de sa production dans un magasin coopératif regroupant 60 agriculteurs, Naturellement paysan, à Maubec. Christian Mounier, vice-président du cConseil départemental en charge de l’agriculture, s’aligne lui sur la FNSEA. Jeter l’opprobre sur la profession sous prétexte qu’elle utilise des pesticides serait trop facile : « La qualité en France est très bonne. Il n’est pas possible non plus de vendre des produits à la taille et à la couleur recherchées par les consommateurs à des prix compétitifs sans phytosanitaires. Le modèle bio ne suffirait pas à nourrir la planète avec des rendements 20 à 25 % inférieurs.  » Un dernier argument battu en brèche par certains professionnels comme Benoît Biteau, récent auteur du livre Paysan résistant !.

« Il existe un amalgame entre bio et local, alerte Kristell Gouillou, chargée de communication pour le réseau Bio de Provence. Or, il faut pouvoir décrypter tous les modes de production et c’est loin d’être clair pour le consommateur. Il y a beaucoup d’apparence de marketing… On voit par exemple se développer des fermes hors-sol qui produisent sous serres, certes sans pesticides, mais qui consomment énormément de gaz ! » Mais est-il finalement possible pour le bio d’infiltrer sérieusement la restauration collective quand on sait qu’elle a tendance à tirer les prix vers le bas ?

Pour l’agriculteur coopératif Nicolas Verzotti, il faudrait avant tout repenser les aides de la politique agricole commune, «  profondément inégalitaire  »  : « Si tout cet argent était fléché vers la restauration collective en imposant à ses acteurs un cahier des charges contraignant pour acheter local en bio ou en agriculture raisonnée, cela pourrait créer un cercle vertueux  ! » Doux rêve prémonitoire ?

Clément Chassot

Enquête publiée dans le Ravi n°160, daté mars 2018 dans notre dossier sur la restauration collective

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