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Ça se cabre à Cabriès !

Tensions dans la ville du conseiller d’Etat filloniste Hervé Fabre-Aubrespy
le 4/06/2018

Multiplication des emprunts, gestion de l’urbanisme peu orthodoxe, majorité qui s’effrite… Drôle d’ambiance à Cabriès-Calas, la ville du conseiller d’Etat filloniste Hervé Fabre-Aubrespy.

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Ce samedi 17 février, le conseil municipal de Cabriès-Calas (13) se déroule dans ce qui fut une ferme. Soudain, salle de la « bergerie » retentit un cri : « On me menace  ! » C’est le directeur général des services, pris à partie par un habitant. Intervention de la police municipale... « Il règne ici un climat passionnel », reconnaît le maire (LR) Hervé Fabre-Aubrespy. Qui, l’an dernier, suite aux débats autour du Plan local d’urbanisme (PLU), a démis de leur fonction plusieurs élus. L’ex-adjoint aux finances, Hervé Martin, qui demande au maire de ne plus le «  tutoyer ». Et l’ex-adjoint aux travaux, Gérard Bourquin, qui, après avoir « rhabillé pour l’hiver » ses ex-collègues, a été condamné - il a fait appel - suite à une plainte de la 1ère adjointe.

Ça s’accroche sur le budget. D’autant que le sous-préfet vient d’attaquer plusieurs délibérations estimant que la commune, mise sous tutelle par la Chambre régionale des comptes pour sa gestion de l’eau, n’avait plus la main sur son budget. Ce que le maire conteste. Comme le fait que cette ville de 10 000 habitants soit surendettée. Pourtant, le passif frôle les 12 millions, soit 1 200 euros par habitant, presque le double de la moyenne ! « La situation est très contrainte. Il va falloir faire des choix si l’on ne veut pas augmenter les impôts », prévient Fabre-Aubrespy, les économies à faire étant de «  700 000 euros », notamment côté personnel.

La faute à la « baisse des dotations de l’Etat », à la « métropole » mais aussi aux «  450 000 euros » de pénalités pour non-respect de la loi SRU réglementant le logement social. Contestant l’arrêté de «  carence », l’édile s’étrangle : « On nous reproche de ne pas faire mais quand on veut faire, on nous en empêche », le préfet ayant contesté plusieurs projets au sein du PLU.

Champ de ruine

Une situation qui fait bondir l’ex-adjoint aux finances : « Vous allez laisser un champ de ruines  !  » Et de pointer les « 6 millions » empruntés l’an dernier : « C’est de la cavalerie. » Réplique : « Fallait-il rester dans l’immobilisme  ? » Or, justement, ce qui est pointé, c’est l’urbanisme. Comme le projet de La Trebillane, un « scandale financier », dixit l’opposition.

Il y a 10 ans, ce terrain agricole sur lequel il y a une ferme et des commerces « itinérants » vaut 100 000 euros. Ouvert à l’urbanisation en 2007, il passe à 400 000. Face à la contestation du projet d’y installer des bureaux, la ville le préempte... un million ! Au profit de la «  SCI Golf de Cabrario  », qui lie les frères Ammar à Leonardo Kleiner, figure de Cabriès puisque propriétaire, entre autres, du golf. Et dont la fille, Nadia Trainar, est élue de la majorité.

Interrogée, celle qui est chargée du «  développement économique et du tourisme  » et qui nous dit «  ne pas mélanger vie publique, personnelle et professionnelle », assure être «  attachée, comme le maire, à la jurisprudence relative à ce qu’on peut appeler "conflit d’intérêt". Toutefois, si on n’a pas une certaine souplesse, il est très difficile de faire fonctionner la démocratie locale. A partir du moment où il n’y a pas d’intérêt direct, j’agis en mon âme et conscience et ne me mêle pas des affaires de mon père. Mais je suis fière de ce qu’il a fait. »

Même tonalité du maire qui rappelle que «  tous les enfants de Cabriès peuvent jouer au golf gratuitement  ». Et d’ironiser sur Trebillane : « Mes opposants ont perdu là une belle carte. Qu’aurait-on dit si le 1er projet avait abouti et qu’il y avait, à l’entrée de Cabriès, 4 barres de bureaux de 11 mètres de haut  ? Là, on va embellir le site, il va y avoir des commerces... On agit pour l’intérêt général. »

Quand on le questionne sur la participation de Nadia Trainar au PLU, il rétorque : « En quoi a-t-elle pu modifier quoi que ce soit  ? » Justement, Anticor, l’association anti-corruption, s’interroge sur des modifications qui pourraient avoir des incidences, comme sur cette parcelle, à la lisière du réservoir du Réaltor, où Kleiner, suite à plusieurs recours, a dû interrompre le chantier d’une villa.

Police de l’urbanisme

Contacté, ce dernier écourte l’entretien : «  Ce n’est pas le moment. Je suis à la veille d’une intervention chirurgicale. J’ai coupé tout lien avec cette ville, son maire... Cabriès m’a apporté plus de soucis qu’autre chose.  » L’an dernier, comme il s’en est plaint au maire, il a été, à plusieurs reprises, convoqué par la police pour «  infraction au code de l’urbanisme  ».

Les « suites », d’après lui, du contentieux autour du Kiddy Parc, imbroglio urbanistico-judiciaire qui vit, lors de son 1er mandat, le maire signer - sur la même parcelle ! - un bail en 2003 pour la réalisation d’un parc de loisirs puis, face à l’opposition de la population, un autre en 2004 pour la réalisation du golf au profit de Kleiner. Ce qui coûtera à la commune, suite aux différents recours, 200 000 euros. «  Tout a été fait pour me faire porter le chapeau, dénonce l’élu. Et mon prédécesseur s’est empressé de payer alors que je m’y serais opposé. »

Il est toutefois des « grands écarts » étonnants. En début de séance, celui qui est conseiller d’Etat explique : « Quand je ne m’occupe pas de la commune, je m’occupe de dossiers juridiques, chargé de faire en sorte que les règles soient appliquées. » Voilà pourquoi, nous redira-t-il, il a proposé la prise en charge du raccordement électrique d’une villa dont le propriétaire n’avait le droit à la base que de construire un hangar agricole !

De quoi faire bondir l’opposition pour qui « c’est la porte ouverte à toutes les constructions illégales », le maire reconnaissant qu’«  il y a un sport très pratiqué sur la commune  : la construction sans autorisation ». D’où la mise en place d’une «  police de l’urbanisme ». Finalement, le raccordement électrique a été avalisé mais sans prise en charge par la commune. Symbolique, la 1ère adjointe s’est abstenue au lieu de suivre son maire. Lequel soupire : « Je ne sais plus qui est dans la majorité, qui est dans l’opposition. »

Pour lui, s’il règne un tel climat, c’est « uniquement pour des raisons personnelles. Hervé Martin était préoccupé par une construction près de chez lui, Gérard Bourquin était mécontent qu’on ne lui mette pas le tout-à-l’égout...  » Quant à Jean Sansone, référent local d’Anticor, « c’est parce qu’il va y avoir un chemin devant chez lui et qu’il n’en veut pas  ». Et l’élu d’asséner : «  On prête aux autres ce que l’on est capable de faire soi-même.  »

Sébastien Boistel

Du plan de carrière à Plan de Campagne...

HFA n’est pas une enseigne de Plan de Campagne mais les initiales d’Hervé Fabre-Aubrespy, le maire (LR) de Cabriès, petite ville jouxtant la zone commerciale. Un de ses ex-adjoints s’est fendu d’un « comparatif » des cérémonies des vœux locales. Si les élus y sont entourés, « HFA », lui, du début à la fin, est apparu seul. Comme lors de la mise en place de la métropole où, celui qui fait partie des pourfendeurs de l’institution, plutôt que de quitter l’hémicycle avec Maryse Joissains, la maire d’Aix, et les autres « anti », s’était porté candidat à la présidence, recueillant 13 voix.

L’ex-député (LR) Christian Kert n’est pas tendre : «  C’est un être compliqué. Intelligent - il est passé par l’Ena... - mais qui a une approche humaine un peu difficile. Un technocrate qui a du mal avec les autres, totalement replié sur Cabriès.  » Peut-être parce que l’histoire a mal commencé : «  Venant de Paris, proche de Pasqua, il s’est vite heurté à Renaud Muselier qui voyait mal un "Parisien" se mêler des affaires du RPR d’ici.  »

Début 90, à Gardanne, « HFA » échoue face à Tapie. Il se tourne vers le parlement européen et Philippe de Villiers. Avant, en 2001, de devenir maire de Cabriès, se voyant ravir le poste par Richard Martin en 2008 avant de le lui reprendre en 2014.

Le conseiller d’État intègre le cabinet de François Fillon pour s’occuper du redécoupage électoral. Un poste où on se fait rarement des amis. Son soutien à Fillon renforce son isolement. «  Il se voyait déjà à un poste à responsabilité. Mais cela ne semblait pas faire partie des scénarios vraiment envisagés  », glisse Kert.

Alors « HFA » se partage entre Paris et Cabriès. Sans enthousiasme. Quand on lui demande un entretien à l’issue du conseil municipal, il répond : « Il faudra faire vite. Cet après-midi, à Cabriès, il y a une exposition féline internationale !  » Quoi de mieux pour s’occuper à Plan de Campagne par temps de chien ?

« Vous savez, moi, je n’ai pas que mon mandat. Je suis conseiller d’Etat  », souligne HFA, esquivant une question sur l’ambiance lors des conseils. Devant la villa de celui qui a pourtant fait de son mariage un événement « public », un panneau : « Interdit de stationner  ». Circulez, y a rien à voir ?

S. B.

Enquête publiée dans le Ravi n°160, daté mars 2018

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