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Les profs mettent un zéro pointé à la rocade

Mobilisation des enseignants du lycée Jean-Perrin à Marseille contre le Boulevard Urbain Sud
le 6/06/2018

La première tranche de travaux du Boulevard Urbain Sud (BUS), à Marseille, menace la santé et les conditions de travail du lycée Jean-Perrin, dans le 10ème arrondissement. Le personnel se mobilise contre le chantier.

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Quelques lycéens lisent d’un air perplexe les banderoles que leurs professeurs accrochent consciencieusement aux grilles du lycée. « ’’Recouvrement du BUS’’... C’est quoi le BUS ? », s’interroge une élève. « C’est une voie rapide, je crois », avance prudemment son camarade. Juste derrière eux, de grandes palissades cachent mal les engins de chantier qui s’affairent pour les travaux du projet de rocade Boulevard Urbain Sud.

Tous les syndicats représentés au lycée Jean-Perrin (13010), sans exception, sollicitaient le 5 juin la venue de l’inspecteur « santé et sécurité au travail » pour alerter les pouvoirs publics sur les dangers liés aux travaux. Des trémies semi-souterraines vont en effet prolonger la L2, le nom de la rocade marseillaise, dans le 10ème arrondissement, mais le Boulevard Urbain Sud (BUS) passera de nouveau à ciel ouvert sur les 300 mètres qui bordent l’école. Les enseignants réclament l’extension de la trémie qui s’arrête en haut de la rue Verdillon, juste avant le lycée. Et ce pour des raisons de santé, de sécurité et de nuisance sonore.

« On est centre d’examen et on va être obligés de condamner les salles où devait se tenir le bac et le déplacer ailleurs, explique Patrick Moreno, professeur au lycée et syndiqué FO. Comment peut-on envisager de travailler dans des conditions comme ça ? » Le lycée compte 400 personnels et 2 300 élèves, dont la moitié est en post-bac.

Pas concertés
Le personnel s’est déjà réuni à quatre reprises et demande depuis le 12 avril la venue de l’Inspecteur. Le député et président de la communauté urbaine Marseille Provence Métropole, Guy Teissier, est venu au lycée le 5 avril, accompagné de représentants de Vinci – le BUS est un contrat en partenariat public privé – et de la Métropole. Ils ont présenté le projet aux professeurs, mais aussi aux parents d’élèves et élèves présents. « On leur a posé trois questions, martèle Patrick Moreno. Combien de véhicules circuleront sur la voie ? Que disent les autorités environnementales qu’ils auraient dû solliciter ? Et que dit l’enquête publique ? Ils n’ont apporté de réponse à aucune d’entre elles. »

45 000 véhicules passent déjà devant le lycée tous les jours. « Ils n’ont pas pensé à tous ces gamins qui arriveront en scooter à l’école, pour qui ce sera très dangereux », souligne Sophie Zamoussi, déléguée syndicale CNT-SO au lycée. Un autre enseignant l’interrompt : « Hier, un jeune a eu un accident de moto juste derrière, rue Pierre Doize. » Un jeune motard de 21 ans est effectivement décédé le 4 juin.

Lara Chapman, professeur d’anglais depuis 14 ans au lycée, habite le quartier Saint-Loup, directement touché par les travaux de ce tronçon qui doivent se terminer en 2020 : « Le CIQ (comité d’intérêt de quartier) est très actif et s’est intéressé aux travaux très tôt, il y a deux ans, mais ça a quand même été difficile. On n’a pu voir le tracé que lorsqu’il a été rendu public. » Les comptes-rendus d’assemblée générale font en effet état d’une communication compliquée avec les exécutants du projet, de « peu de concertation » et de « travaux démarrés sans aucune information ».

« Ça devient irrespirable »
Le BUS devait permettre de fluidifier l’accès aux quartiers sud, très enclavés, de Marseille. « Mon voisin travaille en centre-ville, et il met une heure et demie certains jours..., poursuit Lara Chapman. Moi, je viens à pied la plupart du temps au lycée, mais avec les travaux, en ce moment, ça devient de plus en plus irrespirable. » En avril dernier, la crèche des Oliviers, dans le 13ème arrondissement de Marseille, avait déjà dû fermer – « par mesure de précaution » selon la Ville – en prévision de l’ouverture de la L2, adossée au bâtiment, qui risquait d’exposer les enfants à une pollution trop élevée.

Le but était de créer « un boulevard apaisé où circulation automobile, transports en commun et mobilités douces se partagent l’espace de façon équilibrée », comme le promettait la Métropole dans son enquête publique publiée en 2015. Mais l’étude d’impact jointe précise : « Localement, le BUS contribuera [...] à une légère dégradation de la qualité de l’air au droit du projet lui-même. » Un impact « néanmoins géographiquement limité (entre 100 et 200 m de part et d’autre du projet). » L’école se situant à tout juste150 mètres du tracé... Par ailleurs, « le projet de Boulevard Urbain Sud à Marseille aura un impact acoustique direct important sur le bâti riverain en induisant un dépassement des niveaux acoustiques admissibles sur plus de 200 bâtiments », dont « quelques établissements de santé ou d’enseignement qui se situent en bordure du tracé et qui vont présenter un dépassement des seuils admissibles ». Les enseignants demandent la réalisation d’une expertise de l’impact du chantier sur leur établissement et la préconisation de solutions pour leur santé.

Durant le rassemblement un enseignant annonce que l’Inspecteur « santé et sécurité au travail » d’Aix-Marseille Université, Pierre Bechet, s’est finalement manifesté. Une première étape avant une visite en bonne et due forme ? Patrick Moreno souffle avec un haussement d’épaules désabusé : « C’est l’effet médias, ça. »

Raphaëlle Denis

Enquête publiée sur le www.leravi.org le 06/06/2018

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