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Moi, Jul, empereur marseillais

Portrait satirique !
le 27/06/2018

Il a sorti huit albums en quatre ans, enchaîne les disques d’or, diamant et platine, et remplit Bercy. On lui reproche des textes niais et une orthographe plus qu’approximative, mais Jul, l’ovni marseillais, a tout compris !

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Il est 14 heures dans le quartier de Saint-Jean-la-Puenta, Marseille 6ème (1). Jul se lève à peine. « Y’en a y m’croivent pas » (2) mé g bossez toute la nui ! G écri deuz albums en quatres heure là ! « Je suis productif c’est tout » (2). Trois « potos » de sa team sortent de dessous le lit. Y z’on dormi là, ont s’épare jamai, ma team et moi. Allé les gas ont va sous la douch ! « J’aime celle qui sent bon, qui sort d’la douche / Pas celle qui m’gratte, qui sent d’la bouche » (3), Putaing j’me bross les dents et g un nouvau singueul ki m’vient, j’suis tro kréatif, ta vue ! Mon tube Tchikita (4) mes v’nu au réveil aussi, aveque mon érecsion matinale ! Truc de ouf ! Il chante : « Elle a passé toute la nuit à m’peloter / Elle est pas dans l’même dél’ que les filles d’à côté » (4). Et Bam singueul de diamant ! Jul enfile son beau jogging aux couleurs de l’OM mais siglé D’or et de Platine (1), son label. « Indé à vie » (2).

Ta vue quan Macron il a di en intervieuw ki connaissez pas ma musik mes ke comme moi il supportez l’OM ? (5) Tro Fier ! Jul est à l’image de la réussite version Macron : un gars qui vient d’en bas, qui pollue pas les bancs de la fac, pas fonctionnaire, indépendant, qui bosse dur et qui fait de l’oseille ! Juppé, Poutou, Hamon, ils zont tous fé mon signe pendan la présidentielle (1) Class ! Il joint le geste à la parole, mime deux pistolets avec les mains qu’il colle pour faire J.U.L. Pourkoi Jul ? J’m’appel Julien Mari, mé la vérité j’avé pas assez de doigts pour l’écrir ! Et pi Jul, comme Jul César quoi, pas celui qui fé les salad mes l’autr l’empereur vé ! « J’ sui venu, g vu, g vincul » (6). C moi ça ! Attend, y a une autr sitacion ke j’kiffe aussi : «  Je préfère être le premier homme ici que le second dans Rome » (6). C tout moi, j’sui l’number one ici. En même tant, j’sé pa c’ke je foutré dans Rome, j’aime pa les caneloni, « mais j’dirais pas non au boule (7) d’une macaroni », eh sa pourré fair une chanson ça ! « Les chiffres ont parlé » (8). J’sui le rappeur fransé le plu écoutez ! Alor oui bien sûr pour les zintélectuels, j’fé des faute ta vue et alor ? « Je suis parti de rien sans savoir écrire bien et ça n’est pas ça qui m’a empêché d’écrire des tubes » (9). « Faites ce que j’ai fait en quatre ans et on en reparlera »(9). Jul a sorti huit albums depuis 2014. « J’me dis qu’la vie est courte, on partira tous un jour / Alors j’m’en tape de vos discours, derrière le bonheur moi je cours » (10). G même eu une victoire de la musik l’an dernier (1) alor ton naccord du sujonctif passé du conditionnel, ma team et moi on s’en bat les disques de platine ! (rires). Et puis Keny Arkana elle, elle a vu l’autanticiter chez moi  : « Musicalement, ce n’est pas mon délire, mais je comprends ce que les gens aiment chez lui. C’est un mec sincère [...] Il touche les gens. Ca me fait toujours plaisir qu’un petit mec qui n’est pas dans les codes du rap gangster arrive et nique tout, sans l’industrie, sans personne. Il fuck tout le monde, j’aime bien. » (11).

G abandonnais le licé en BEP vente (1), mé vu où j’en sui au jour d’aujourdui, g comme même du retenire des trucs ! Il rigole. « Au début je rapais dans ma chambre et à force de travail, voilà la réussite » (2). Au début de ma carrière je me fesais appelé Juliano (1) genre beau goss italien ta vue mé aveque ma teuté de poupon sa allé tro pas ! J’été membre du label Liga One industry, mes bon le manager, un ancien traficant de drogue s’est fé assassiné par balles en 2014 (1). Du cou g monté mon propre Label avec ma team.

Jul lèche sa main pour plaquer la mèche blonde décolorée qui orne « sa coupe à la molar ». J’pourré prendr le fer à lycée d’ma daronne ta vue, mé elle va crisé encore. Il enfile ses chaussettes puis ses claquettes. Il se fait tout beau. Il a rencard cet aprèm’. « Ma jolie elle rend fou les hommes quand elle passe dans la zone / J’ai encore sa voix qui résonne, qu’est-ce qu’elle est belle ma jolie / A personne elle ressemble, en plus j’aime bien son caractère / J’ai des sentiments il me semble [...] Franchement t’es jolie, et ce boule qui met dans l’insomnie / J’pense souvent à toi quand j’m’ennuie. » (12). Il ne veut pas dire son nom. Mes la première fois que j’l’es vu, en dix minutes je lui es écri une chanson : « Oh femme, j’ai vu l’amour dans tes yeux / Tu peux pas savoir ça fait zizir / Tu combles tous mes désirs » (13). C beau ta vue ? J’sui un romantik aveque les meufs moi. J’parle souvent de leur boule pour fair un peu rappeur US ta vue, mé j’leur parle aussi de leurs zieux, parce que c importan surtout quand elles en ont deux ! (rire)

Sa mère déboule dans sa chambre sans frapper, une pile de joggings repassés sous le bras. Elle ressemble à son fils mais avec une coupe au carré.

- Ben Mama, k’est-ce tu fé ?, l’interroge Jul.

- Le maire de secteur a encore appelé ! T’as encore foutu du bordel dans l’quartier hier ? (14) S’adressant à la team qui comate sur le lit : Et pis vous là, z’en avez pas marre de trainer en slip toute la journée à fumer des joints ? Bon Julien Mari quand t’auras fini les conneries avec ta boîte à rythme, tu m’feras le plaisir d’aller chercher un vrai boulot au Pôle emploi. Et pis range-moi cette chambre ! T’es un grand, t’as 28 ans Julien Mari maintenant ! Quand est-ce que tu fais comme ton label, que tu prends ton indépendance ?

- Allé arrête de crier Mama, vient fair un gâté ! Il s’approche d’elle. «  J’serais là avec ou sans maille / Désolé, j’tai fait crier / Faut que j’te serre dans mes bras [...] J’ai mal au cœur Mama […] j’vais vers d’l’avant pour toi / Car t’es la seule qui m’laissera pas. » (15)

Faut dir que j’lui en es fé voir à Mama c’est derniers tant. Aveque la garde à vue, tout ça. « Je tenez à m’excusez » (16), à 160 km/h sur l’A50 en voiture de loc avec un poto armé j’avou sa s’fé pa, ta vue ! G pris 5000 euros d’amande et six mois de retré d’permi (1). Comme dirait Jul César : « Alea jacta est » (6).

Bon allé faut qu’j’y ail sinon Tchikita (4), elle va m’en vouloir. Il monte dans sa twingo (17) et avant de démarrer nous demande : « J’peux faire une dédicace ? » (2). Il enchaîne : « Dédicace à Maligawan, à mon monstre, à Tota, à mon manager Charly que j’aime, à Fabio, Chico, Simon, Mortadan, l’Ours, les potos en prison, Gilles, Baraba, Amada, et tout mon quartier la Puenta, une dédicace à Font-Vert, une dédicace à ma maman et à mon petit frère » (2) « Et merci hein ! » (18)

Samantha Rouchard

1. Quartier de Saint Jean du Désert, Marseille (6ème). Jul expliqué à vos darons, Libération.

2. www.generation.fr 2014

3. Chanson Elle et l’autre. 2017

4. Tchikita. Album Ovni. 2017

5. Minute Buzz. Mars 2017

6. Citations de Jules César. www.dicocitations.lemonde.fr

7. « Le boule », comprenez le derrière des filles. Terme récurrent dans les chansons de Jul.

8. Leparisien.fr Décembre 2016.

9. « Jul répond à ceux qui se moquent de son orthographe (et récidive) » Huffingtonpost.fr octobre 2017.

10. J’oublie tout.Album dans ma Paranoïa. 2014

11. Keny Arkana ou la vie sauvage. Street press, juin 2016.

12. Ma Jolie. Album Je ne me vois pas briller. 2017

13. Femme. Mixtape Dans tes yeux. 2016.

14. Le voisinage n’en peut plus du bruit occasionné par les retours de Jul dans le quartier. Bruno Gilles lui aurait proposé la Maison pour tous, lors de ces rassemblements. Wikipedia.

15. Mama. Album My world. 2015.

16. Tweet publié par Jul pour s’excuser auprès de ses fans suite à sa garde à vue, truffé de fautes d’orthographe, il devient la risée du net. 24/10/17

17. J’m’évade. Album Je trouve pas le sommeil. 2014.

18. Kombini. Décembre 2017.

Portrait publié dans le Ravi n°161, daté avril 2018

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