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Aix-en-Provence malade de ses arbres

Un chancre... très coloré !
le 28/06/2018

La gestion des platanes n’en finit plus de susciter l’émoi. Dernier épisode sur le célèbre cours Mirabeau : le respect, ou pas, du protocole afin d’éviter la propagation du chancre coloré, la maladie qui ravage les arbres…

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Aix-en-Provence, son cours Mirabeau, l’ombre de ses platanes... Le charme du lieu s’est éteint fin février. Une trentaine d’arbres ont été abattus. Des sujets atteints du chancre coloré. Un champignon qui s’étend très rapidement d’arbre en arbre et provoque leur mort. L’abatage et l’incinération des sujets malades ou voisins de 35 mètres est obligatoire pour éviter toute propagation. L’arrivée du champignon remonte au débarquement de Provence, en 1944, avec les caisses de munitions de l’armée américaine. Il sévit dans tout le sud de la France. A Aix, de rénovation urbaine en arbres exposés au chancre, la ville connaît un carnage végétal dont s’inquiète le collectif Aix-en-Arbre.

Il a alerté sur la gestion du chantier d’abatage du cours Mirabeau, mené par l’entreprise de travaux d’arboriculture Dolza. L’arrêté ministériel du 22 décembre 2015 relatif à la lutte contre le chancre coloré et le protocole qui en découle donnent des indications très claires. Abattage, dévitalisation et dessouchage sont obligatoires. Tout comme le confinement des sciures. Les outils et véhicules servant sur le chantier doivent être passés aux fongicides entre chaque utilisation. «  Au début le chantier ne respectait pas les normes, témoigne Olivier Domenach d’Aix-en-Arbre. Alors on a obligé par notre présence au respect de l’amélioration.  »

«  Maryse m’a tuer  »

«  Les troncs, branches, racines, souches, sciures et autres déchets des platanes présents dans la zone infectée sont incinérés sur place  », précise l’arrêté ministériel. «  Incinérer sur le cours Mirabeau relève de l’utopie. Cela occasionnerait une pollution pour les riverains  », souligne Denis Ferrieu du Service régional de l’alimentation (SRAL) responsable au sein de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) de la santé des végétaux. L’arrêté prévoit donc une dérogation pour le transport du bois contaminé. Il doit se faire dans un contenant clos, par exemple un camion bâché, empêchant les dispersions. Il est déposé sur un terrain agréé par la Draaf avant «  une incinération industrielle  » pour les troncs et sur place pour la sciure, précise l’agent du SRAL. Le terrain de Dolza se trouve à La Barque, sur la commune de Fuveau. A environ 40 mètres du lit de l’Arc. le Ravi a donc mené une visite discrète de ce terrain le 16 avril.

Nous y avons retrouvé les arbres du cours Mirabeau, reconnaissables grâce à leur inscription «  Maryse m’a tuer  », inscrite avant abatage à la bombe orange fluo par un militant anonyme. Ils sont entreposés en un tas d’environ 25 mètres de long sur 2 mètres de large et 2 mètres de haut. Sous ce tas, nous avons dénombré au moins trois « big bag », des gros sacs de chantier remplis de sciure et de débris de coupe. Ils n’ont pas été brûlés alors que le protocole de lutte contre le chancre coloré préconise qu’ils le soient le plus tôt possible. Y-a-t-il d’autres sacs sous l’amas de troncs ? Nous nous interrogeons aussi sur la possibilité que l’Arc puisse disséminer le champignon en transportant des débris du bois. «  L’eau peut être un vecteur de contamination, même s’il est marginal  », nous confirme un technicien de la Fredon Paca, organisme mandaté par la Draaf pour la surveillance du chancre coloré.

Circulez, tout est conforme !

Nous avons fait part de nos observations par courriel auprès du SRAL. En réponse, «  le service a envoyé une inspectrice » sur le terrain de Dolza, le vendredi 20 avril. Pour Denis Ferrieu «  tout est conforme. L’incinération en plein air n’a pas pu se faire pour cause des intempéries. Les big bag de sciure ont été traités aux fongicides. Un délai supplémentaire de stockage est accordé en attente d’une solution d’incinération industrielle…  ». Pourrait-elle se faire à la centrale thermique voisine de Gardanne ? Uniper, l’exploitant de la centrale, nous a répondu par courriel que les « possibilités sécurisées de valorisation énergétique » pour les platanes chancrés sont à l’étude en collaboration avec le SRAL. Contacté, Dolza n’a pas donné suite à nos sollicitations. A Aix-en-Provence, cette entreprise cumule les casquettes et les intérêts : l’entreprise est non seulement responsable des chantiers d’abattage mais aussi de la replantation d’arbres d’autres essences…

Pour que les catastrophes des platanes chancrés ne se reproduisent plus, les services de l’Etat planchent sur «  un guide des bonnes pratiques  » qui devrait être publié prochainement. La ville d’Aix semble avoir pris la leçon de la mauvaise conduite de son «  patrimoine arboré  ». Avec les associations, elle a rédigé une charte de l’arbre. Un technicien « arbre » serait en cours de recrutement. Pour Olivier Domenach, d’Aix-en-Arbre, il s’agit d’un «  grand pas en avant. Cet épisode a permis à la ville d’admettre que les citoyens servent à quelque chose  ».

Mais sur le cours Mirabeau, une nouvelle polémique enfle. Celle du choix des arbres de remplacement. La mairie a opté pour des érables planes, jugés par l’opposition et certains collectifs comme inadaptés au climat de la cité du Roy René. La passion intarissable des Aixois pour leurs arbres nourrira-t-elle une meilleure gestion ? La question est à l’épreuve.

Pierre Isnard-Dupuy

Enquête publiée dans le Ravi n°162, daté mai 2018

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