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Le grand écart des Républicains

Rassemblement national (FN) ou parti des marcheurs (LREM) ?
le 24/09/2018

La droite « rep’ », dont l’espace politique s’est réduit, penche-t-elle du côté du FN (cet article a été rédigé avant que le parti d’extrême droite soit renommé Rassemblement national) ou de LREM, le mouvement macroniste ? Le point en Paca.

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Pour exister, le patron de Les Républicains Laurent Wauquiez imprime sa ligne, celle de la droite dure. Quitte à empiéter sur le Front national concernant certaines propositions comme celle, par exemple, d’interner préventivement les fichés S radicalisés. Mais ça n’a pas l’air de suffire : « Nous ne sommes pas assez installés dans l’opinion en tant qu’opposition. Cela s’explique : Macron est encore en état de grâce, cela va se terminer, juge le député LR de Vaucluse, Julien Aubert, également secrétaire adjoint du parti. Et puis une partie de la droite fait des yeux de Chimène à La République en marche. Cela n’aide pas à s’opposer… »

Officiellement, en Paca, aucun poids lourd « Républicain » n’a pris sa carte à En Marche ! et aucun des 15 députés ne fait partie du groupe des Constructifs, les « Macron compatible » à l’assemblée nationale. Mais une personnalité, qui joue pour l’instant sur les deux tableaux, ressort : Christian Estrosi. Ephémère président de la région Paca, il est redevenu maire de Nice et président de la métropole. « Estrosi a fait un pas, il y a une logique de changement dans ses méthodes », confirme Cécile Muschotti, ancienne socialiste devenue député LREM du Var. En face de lui, un fidèle de Wauquiez, Eric Ciotti, obsédé par l’immigration.

Cet affrontement, qui a en fait pour toile de fond la question du leadership local dans les Alpes-Maritimes, est révélateur du grand écart auquel se livre aujourd’hui le parti. Et ses déflagrations ont des conséquences jusqu’au Conseil régional : le mois dernier, la maire de Rimplas (06) et conseillère régionale, Christelle d’Intorni, s’est faite éjecter de la majorité. « J’ai été exclue pour m’être opposée à Estrosi à la métropole après une augmentation d’impôts sur le foncier. On me reproche mon manque de discipline de groupe, ce que je conteste, indique-t-elle. Il y a eu un amalgame entre mes fonctions de maire et de conseillère régionale. Il existe différentes sensibilités chez Les Républicains. On débat mais le problème, ce sont les élus en marche vers En marche ! C’est le cas d’Estrosi, il a changé. »

« Les choses vont commencer à se clarifier l’année prochaine lors des élections européennes », estime Olivier Bettati, ancien adjoint d’Estrosi à la mairie de Nice avant de devenir dissident puis de se rapprocher de Marion Maréchal (Nous voilà) - Le Pen lors des élections régionales de 2015. Mais les échéances électorales qui vont fixer le paysage seront probablement les municipales de 2020. Et dans cette guerre niçoise, Eric Ciotti de prendre l’avantage. En novembre, les comités départementaux seront désignés par les militants. Dans le « 06 », 2ème fédération de France, « la majorité des 9 000 militants, se trouvent dans la circonscription de Ciotti, continue Bettati. Et c’est ce comité qui aura la main sur les investitures pour les villes de moins de 30 000 habitants, soit toutes les communes sauf Nice et Antibes et quelques autres. Comment les soutiens d’Estrosi se positionneront alors ? »

En Vaucluse, l’un des départements où le Front national fait ses plus gros scores «  il n’y aura jamais d’alliances aux municipales avec le FN, je ne l’accepterai pas, tonne Alain Milon, sénateur et secrétaire départemental. Mais des rapprochements entre LR et LREM sont possibles ». Pourtant, selon le secrétaire départemental adjoint FN et maire de Camaret-sur-Aigues « des maires sortants de droite nous font des appels du pied. Beaucoup plus qu’en 2014 alors que les élections sont dans deux ans. Ils semblent moins disciplinés  ». Milon, qui se définit comme un « gaulliste social », estime que « la nature de la droite sociale reviendra, c’est mon souhait. Wauquiez est un homme de qualité, mais il existe aussi Valérie Pécresse par exemple… » Pour Julien Aubert, « c’est bien qu’il existe des courants qui correspondent à des idées. Des clans non. La droite, c’est ni En marche !, ni le FN, c’est un corpus idéologique. Mais nous devons récupérer leurs électeurs  ».

Dans le Var, selon Cécile Muschotti, le baron local de la droite - Hubert Falco, maire de Toulon - n’a pas eu le choix : « Il représentait la droite centriste républicaine, le sauveur face au FN. Ce rôle n’existe plus, En Marche ! l’assume aujourd’hui. Il a donc été contraint de mettre la barre à droite, et il risque de le payer cher.  » Car l’original est souvent plus tentant que la copie... Et la députée marcheuse d’ajouter : « La droite régionale pouvait rassembler tout le monde, ce n’est plus le cas aujourd’hui. » Et d’affirmer que sur le terrain, les militants de droite sont emballés par la dynamique économique qu’aurait créée Macron, même si des mesures comme la hausse de la CSG ont du mal à passer.

Dernier point de clivage majeur au sein de LR que risquent d’exacerber les prochaines élections européennes : les représentants d’un souverainisme conservateur, comme l’est Julien Aubert, qui s’opposent à ceux d’un libéralisme européiste. Le secrétaire adjoint du parti, craignant que la libéralisation du rail ne mette en péril les petites lignes et les territoires ruraux, a voté contre la loi ferroviaire, faisant fi de la consigne du grand chef Wauquiez. «  Cela existe depuis longtemps, cela correspond à des sensibilités de territoires, explique-t-il. On est libre, ce qui n’empêche pas le respect, le dialogue et de trouver des points de rassemblements. » Bon courage.

Clément Chassot

Article publié dans le Ravi n°163, daté juin 2018

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