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Un mégabus que personne ne nomme désir

A Toulon, le bus censé remplacer le tramway est toujours au garage...
le 25/09/2018

Le bus à haut niveau de service censé se substituer au projet de tramway, enterré par Toulon Provence Métropole, est toujours au garage. Et il suscite beaucoup d’hostilité…

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Nichée entre une petite gare SNCF et un grand centre commercial, la ferme des Olivades produit des fruits et des légumes de saison. Première Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) créée en France, ses propriétaires, Daniel et Denise Vuillon, mènent une bataille face à la métropole Toulon Provence Méditerranée (TPM). Ils sont menacés par une expropriation « d’utilité publique » prononcée en 2011. « Dans le Plan local d’urbanisme d’Ollioules, nous sommes considérés comme une zone agricole protégée mais on veut quand même nous exproprier !  », tonne Daniel Vuillon.

En cause, le tracé du futur-ex tramway toulonnais, chimère dont on entend parler depuis 30 ans sur la rade. Déclaré d’intérêt public en 2005, il a complètement disparu des plans de la métropole, officiellement pour des raisons économiques. Le tramway était évalué à environ 515 millions d’euros contre 254 millions d’euros concernant le projet actuel de bus à haut niveau de service (BHNS). Tout ceci, au grand dam des défenseurs du rail qui réclament un aménagement digne des grandes métropoles du sud (Nice, Montpellier, Marseille).

Mega-embouteillages

Mais Hubert Falco, le maire (LR) également président de la métropole TPM, défend bec et ongles son choix de BHNS annoncé dans son programme en 2008 comme en 2014. « Notre avis est basé sur la raison, sur des considérations techniques et économiques  » a-t-il martelé en conseil communautaire en février 2016 s’appuyant sur des rapports d’experts. Les élus métropolitains ont adopté le lancement de la concertation sur le projet de transport en site propre. Elu depuis 2001, Falco ne veut surtout pas s’attirer les foudres de son électorat en déclenchant de lourds travaux dans une ville traumatisée par ceux, qui furent interminables, des deux tunnels routiers. Une position que dénonce Guy Rebec, conseiller municipal d’opposition EELV : « Est-ce que le but d’un élu, c’est de se faire réélire ou alors de réaliser ce qui est vraiment nécessaire pour le territoire qu’il administre ?  »

Mais les failles du projet semblent bien nombreuses. Le « mégabus », pour pouvoir être considéré comme «  transport en commun en site propre  » (TCSP), doit circuler sur une voie spécialement dédiée sur la totalité du parcours. Or, dans le projet de la métropole présenté aux élus, seulement 70 % du trajet sera sur une voie dédiée. Le bus sera alors pris dans les embouteillages au détriment de la « vitesse commerciale ». De plus, le « versement transport » - contribution dont les entreprises de plus de 50 salariés s’acquittent par le biais des charges patronales - doit financer en grande partie le projet de TCSP toulonnais. Mais quelle est la part qui restera à la charge du contribuable métropolitain ? (1)

Pour Anne-Marie Reboul, la politique de mobilité manque cruellement d’anticipation : «  Le tramway est le seul moyen d’augmenter la capacité. Au-delà de 45 000 personnes par jour, un BHNS est saturé. C’est de l’investissement pour rien. » Et la présidente de l’association Toulon Avenir Pas n’est pas bien convaincue que les métropolitains toulonnais soient prêts à abandonner leur voiture pour prendre un bus… tout « méga » soit-il ! «  Dans les bus aujourd’hui, il y a les vieux, les scolaires et les pauvres, constate-t-elle. Ce sont les gens qui n’ont pas le choix qui prennent le bus actuellement à Toulon. Alors qu’à Genève, même les banquiers prennent le tramway !  »

Haut niveau de pollution

Pour les défenseurs de l’environnement, préférer un « mégabus » polluant à un tramway 100 % électrique passe mal. «  Le moteur thermique consomme beaucoup au démarrage, c’est tellement vrai que la ville de Lyon a abandonné les bus hybrides  », explique Michel Pierre, de France Nature Environnement 83. Ce nouveau bus, au mieux hybride, va aussi « couper » le domaine agricole en deux par la construction d’une voie dédiée. «  J’ai proposé un tracé alternatif à la métropole pour contourner la ferme, explique Daniel Vuillon, toujours aussi déterminé dans son combat qu’il mène depuis 1998. Mais le centre commercial ayant beaucoup investi dans de grands parkings, il ne veut pas du BHNS. Du coup, ça arrange tout le monde ici. Et puis, leur tracé passe dans une zone inondable. Il existe un vrai danger...  »

Le rapport de projet de TCSP distribué aux élus métropolitains et rendu public contient seulement huit pages. Un autre document de 73 pages aborde tous les tenants économiques, topographiques et des impacts réels sur le trafic. Mais il n’a été distribué qu’aux élus de la majorité ! Un manque de transparence étonnant alors que les transports représentent le premier budget de la métropole. Le collectif tramway vient d’attaquer une nouvelle fois TPM au tribunal administratif sur la légalité des travaux en cours, la justice leur a déjà donné raison par quatre fois, repoussant à chaque fois le chantier. En attendant, dans la capitale varoise, c’est toujours ni BHNS ni tramway.

Aiman Kacem

1. L’adjoint aux transports à la mairie de Toulon et à la métropole, Yannick Chenevard, n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

Enquête publiée dans le Ravi n°163, daté juin 2018

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