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Le théâtre d’ombres de Mimet

Petite visite chez Cristiani, le patron des maires des Bouches-du-Rhône
le 1er/10/2018

Une étrange décharge, quelques logements sociaux et un drôle de château : bienvenue à Mimet, chez Georges Cristiani, le patron des maires des Bouches-du-Rhône !

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Ah, Mimet ! «  Le plus haut village des Bouches-du-Rhône  »... La mairie culmine à 500 mètres. Mais ça ne vole pas toujours très haut. Comme lors de l’accrochage - dont le Ravi a pu écouter l’enregistrement - entre le terrassier Eric Arnéodo et son voisin, Pierre Coulon, ce dernier se plaignant du bruit que fait le premier sur son terrain : «  Tu m’envoies les flics ?! T’es une pute ! J’encule ta mère !  » Et de le menacer malgré les gendarmes : «  Je vais t’arracher la tête !  »

Dans un village où le sigle «  voisins vigilants  » est omniprésent, le maire, très « divers », Georges Cristiani s’en est mêlé. Au terrassier, il écrit : «  Je vous serais reconnaissant de bien vouloir faire preuve d’amabilité, car les querelles de voisinage sont porteuses de violences inutiles et peuvent déboucher sur des actes irrémédiables.  »

Mais avec le « plaignant », il n’est pas en reste. S’il reconnaît que son voisin «  a du répondant  » et «  peut être agressif  », il lui écrit : «  Je connais votre comportement provocateur ainsi que celui de votre épouse. […] Je demande une grande amabilité à votre égard. Je vous demande, à vous également, le même comportement pondéré.  »

A l’équilibre

Renâclant à évoquer cette «  querelle de voisinage  », et rappelant que l’épouse de Pierre Coulon fait partie de ceux qui se sont présentés face à lui en 2014, Cristiani assène : «  Je n’ai pas à prendre partie. Je dois respecter un équilibre.  » Comme La Force du 13 de Jean-Noël Guérini, sous la bannière de laquelle il a été candidat aux départementales, Cristiani n’est « ni à gauche, ni à droite, ni au centre  » mais au milieu. Pas étonnant que le nom de celui qui est aussi président de l’union des maires du « 13 » a circulé pour En Marche aux législatives.

Pourtant, ce terrain, le maire ne peut l’ignorer. Il est à l’entrée de Mimet. Et, depuis des années, l’objet de bien des attentions. En mai 2016, la préfecture met en demeure le terrassier de cesser tout stockage de déchets inertes et de procéder à la remise en état. Peu après, si le stockage de déchets a cessé, l’aménagement, dixit la Dreal, tarde à se mettre en œuvre. Nécessitant toutefois de se rapprocher des services d’urbanisme. Fin 2016, un permis d’aménager est demandé. Et une «  autorisation tacite  » accordée. Mais, si ce ne sont plus des déchets inertes, en atteste la fameuse altercation, les activités - et le bruit - continuent.

Cristiani tempère : «  Ce n’est pas la décharge d’Entressen. On parle de déchets inertes, pas d’ordures ménagères. Et puis, planter des oliviers, c’est bien, non ?  » A Anticor, le maire répondra que, dans le cadre du contrôle de légalité, la préfecture n’a fait aucune remarque, renvoyant l’association de lutte contre la corruption vers le service de l’urbanisme.

Un service où le maire ne goûte guère de voir son opposant Patrice Buesca, lui certifiant qu’ «  aucune autorisation d’urbanisme n’a été accordée aux adjoints en 2017 et 2018  ». Qu’importe si, début 2017, avant que le Plan local d’urbanisme (PLU) ne se substitue à celui d’occupation des sols (Pos), quelques élus, dont le maire, ont demandé un «  certificat d’urbanisme d’information  ». Un document qui permet, 18 mois durant, de « geler » les règles sur un terrain. Et donc de maintenir, malgré le PLU, les règles du Pos.

A Mimet, l’urbanisme, c’est pas simple. Le 18 juin, le Ravi, un peu en avance pour le conseil municipal, est prié par le maire de quitter la salle : «  On doit parler d’une question importante, le logement social. Car il est inadmissible qu’un tel poids pèse sur une commune de montagne.  » Mimet paye 170 000 euros d’amende pour non respect de la loi SRU. «  J’ai pourtant signé un contrat de mixité sociale. Mais on n’a que 90 logements sociaux alors qu’il en faudrait 367. Mais je n’ai pas 367 demandes.  »

Château polyvalent

Préférerait-il les châteaux ? En 2013, la commune achète à la communauté du pays d’Aix « Château-Bas », une demeure de 2 500 m2 au cœur d’un parc de 5 hectares pour «  1,37 millions d’euros  », payable sur 10 ans. Mais, dans le bulletin municipal, le prix de vente annoncé est de «  1,85 millions  ». Une différence d’un demi-million ! «  C’est une erreur, une coquille  », tempête celui qui, accessoirement, fournit à nombre de maires leur gazette...

Autre problème ? Si, dans l’enceinte du parc se déroule nombre de manifestations, le château ne peut accueillir de public ! Pourtant, en 2012, la délibération entérinant l’achat faisait miroiter la location du «  1er étage  » pour de «  l’événementiel  ». Et ne parlons pas de la «  piscine  », « fermée, comme l’indique un vieux panneau de la CPA, pour travaux  » et qui a refait parler d’elle avec le procès de Maryse Joissains : l’un des co-accusés, le fils du chauffeur de la maire d’Aix, jugé pour « concussion » était censé en être le gardien.

Incapable de détailler les travaux pour réhabiliter la demeure, Cristiani connaît toutefois un peu mieux les murs : «  Il n’y a aucun espace pour accueillir plusieurs centaines de personnes.  » D’où le projet de construire, à l’extérieur, une «  salle annexe  » ! Alors qu’à côté du château, on trouve la «  grande salle  ». Mais, pour le maire, c’est une «  salle polyvalente, avant tout destinée aux manifestations sportives  ». Et puis cet édifice qui a coûté plusieurs millions, a connu nombre de malfaçons : en juin, lors du conseil municipal, une délibération faisait état d’un règlement à l’amiable avec l’entreprise en charge de la charpente...

Cristiani préfère mettre en avant «  sa bonne gestion  », les « 3 millions d’euros d’excédent sur le budget de fonctionnement  ». Et quand on insiste, il finit par sortir sa carte maîtresse. Ce climat de suspicion, de «  rumeur  », ce serait la faute à sa meilleure ennemie, l’opposante Martine Colombani et son blog.

En préambule de l’interview, Cristiani nous déroule, pendant 10 minutes, son CV. A l’opposant (DVD) Patrice Busca, il écrit : «  Je vous serais reconnaissant de bien vouloir demander à votre colistière, Martine Colombani, d’arrêter ses élucubrations et de ne plus importuner les services municipaux car son attitude inquisitoire commence à être assimilée à du harcèlement.  » Bis repetita à la fin du conseil municipal en juin.

Et même refrain quand Jean Sansone, le référent local d’Anticor, l’interroge sur « Château-Bas », Cristiani accompagnant sa lettre d’une photo devant sa mairie en compagnie du responsable de l’association anti-corruption. Pas étonnant qu’à Mimet le maire aime les clichés. A l’entrée de la salle des fêtes, la photo intitulée «  Mimet sous la neige  », est signée «  GC  » : « Quand on a du talent...  »

Sébastien Boistel

L’art du mimétisme

Ce qui frappe, chez Georges Cristiani, c’est son mimétisme. On est du Ravi ? Le maire de Mimet «  adore les caricatures  »  ! Il a débuté au cabinet de Michel Pezet quand le socialiste était à la tête de la région : «  Il était en charge de la mer, se rappelle l’avocat. Je l’ai perdu de vue après qu’il ait rejoint Tapie. Avant de le voir ressurgir maire de Mimet et proche de Jean-Noël Guérini.  » Quand on évoque les coups d’éclat du patron de l’union des maires du « 13 », capable, pour dénoncer le poids du logement social, d’inviter un Nicolas Dupont-Aignan ou d’organiser avec d’autres maires la remise symbolique des clés de leurs villes en préfecture, Pezet sourit : «  Mimet, ce n’est pas Los Angeles. Faut bien exister !  »

Mordant, mais pas trop. Comme les maires PC d’Arles et de Martigues qui viennent de présenter leur «  manifeste pour une autre métropole  ». Pour Hervé Schiavetti, «  les différentes propositions qui se font entendre ne sont pas discordantes, elles vont plutôt dans le même sens  ». Du bout des lèvres, Gaby Charroux reconnaît malgré tout qu’en matière de « logement social », il n’est pas sur la même onde que celui dont il partage les initiales.


Après avoir bataillé contre sa mise en place, pestant contre elle à longueur de conseil municipal, Cristiani n’en est pas moins vice-président de la métropole et vient d’y créer le groupe « Maires de Provence ». Une manière de prendre les devants face au projet de fusion entre la métropole et le département et de dire sa proximité avec la patronne LR du CD 13, Martine Vassal.

Symbolique ? Celui dont le nom a circulé comme candidat potentiel En Marche lors des dernières législatives écrira à Marsactu : « S’il m’est reproché d’avoir été loyal auprès du président du Conseil départemental [Guérini, NDLR], j’assume tout autant de me revendiquer Vassaliste.  » Il a voté Macron, ménage autant Gaudin que Joissains et se dit « sans étiquette ».

Faut dire que, comme l’ont mis en lumière nos confrères, dans le civil, l’édile fait dans la com’ institutionnelle en fournissant à ses collègues leur bulletin municipal. S’il refuse de nous dire qui fait le sien, il brandit volontiers son prix : «  3 900 euros le numéro, vous qui êtes de la partie, c’est pas cher, non !?  »

S. B.

Enquête publiée dans le Ravi n°164, daté juillet - août 2018

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