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Végans et spécistes à couteaux tirés

Un débat saignant !
le 26/12/2018

Le phénomène végan s’étend en Provence-Alpes-Côte d’Azur avec son lot de querelles entre ceux qui dénoncent une « oppression banalisée » des animaux et les « travailleurs de la chair ».

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Ce samedi 15 septembre, des militants de Vegan Impact protestent devant la boucherie Sambuc non loin du Vieux Port à Marseille. Affublés d’images chocs, le visage fermé, ils encerclent le commerce : l’action se veut cependant pacifiste, ayant pour but avant tout d’attirer l’attention sur la souffrance animale et l’intérêt du régime végan. « Nous sommes ici pour dénoncer » déclare avec entrain Lily Rose, jeune femme survoltée et référente de l’antenne sud de l’association. Et de marteler : « l’humain n’a pas le droit de prendre des vies ! » Un client indigné prend la défense de l’établissement : « C’est tellement facile de venir devant chez eux, allez plutôt chez un lobby ! Ici ce sont des artisans. » A l’arrière de la boutique, le boucher, un grand homme rougeaud, ironise entre deux bouffées de cigarette : « Je vais sortir la hache et le couteau ! »

Pour des raisons environnementales, de santé, et le plus souvent d’éthique, les végans sont ceux qui, en plus d’un régime alimentaire strictement végétalien, décident d’exclure toute exploitation animale de leur quotidien (plus de cuir, de produits testés sur les animaux ou de visites de parcs animaliers), jusqu’à refuser toute hiérarchie entre les êtres vivants : on parle alors d’ « antispécisme ». Suivant la ferveur avec laquelle on s’y engage, la tendance végane peut donc aller du simple mode de vie à de l’activisme pur et dur.

Tendance dure

En plein essor dans toute la France, le phénomène végan s’étend aussi désormais en Provence-Alpe-Côte d’Azur. Fondatrice de l’entreprise aubagnaise Kitchen Raw, qui commercialise à des magasins bio ses desserts crus et végans depuis deux ans, Caroline Ziani, ancienne architecte, se félicite de l’augmentation régulière de ses ventes. Devenue végane et crudivore à la suite de problèmes de santé, elle commerce désormais avec une quarantaine de magasins en Paca et seulement trois à Paris.

Autre indicateur, la multiplication des établissements et événements autour de la cause se multiplient. Pour ne citer que quelques exemples : à Aix-en-Provence (13) a ouvert ses portes, cet été, une pâtisserie fine végane, Instant V ; à Marseille, un projet d’épicerie antispéciste devrait voir le jour prochainement financé par une opération de crowdfunding, et devant l’université d’Aix-Marseille, des étudiants manifestaient cette rentrée afin d’obtenir des menus végétaliens au resto U.

« En Paca, on a vraiment une bonne dynamique : de plus en plus de gens rejoignent notre cause », confirme en souriant Cyril Bret. Cet ancien candidat aux législatives pour le parti animaliste faisait partie, le premier week-end de septembre, des organisateurs du Village Végan à Marseille, rassemblant sympathisants ou simples curieux autour de conférences et stands d’associations ou de commerçants antispécistes. Cette année, le rendez-vous a rassemblé mille personnes, deux fois plus que lors de sa première édition en 2017.

Pour convaincre les gens, il faut aussi les séduire : la démarche végane, dans une région qui attire les touristes fortunés, cela peut devenir rapidement rentable. Ainsi, des alternatives véganes ne cessent de s’ajouter aux cartes des restaurants, motivés par des promesses comme celle du « défi veggie », où l’on propose aux chefs d’ajouter temporairement un menu végan à leur carte, puis de le garder s’il rencontre du succès. « Certains ont augmenté leur chiffre d’affaire de 30 % ! » clame Samia Falouti, déléguée régionale de l’Association Végétarienne de France et porteuse du projet. Elle a pu toucher l’été dernier plus de 200 restaurants du golfe de Saint-Tropez, grâce à l’aide de Brigitte Bardot, qui a rédigé pour elle une courte lettre incitant les restaurateurs à franchir le pas du végétarisme.

Défendre son bifteck

Mais quand les militants végans les plus fervents de la région crient à « l’holocauste des animaux », jusqu’à soutenir les actes de vandalisme de leurs confrères sur les boucheries lilloises, le président du syndicat des bouchers du Vaucluse s’inquiète : « On peut penser ce qu’on veut. Mais on doit laisser les 18 000 boucheries et les 80 000 personnes qu’elles emploient en France travailler en toute sérénité. Il est vrai qu’on a moins d’abattoirs en Paca donc forcément moins d’attaques... Pourvu que tout cela dure !  »

Au mois de juin, le président de la CFBCT (1) a adressé une lettre au ministre de l’Intérieur afin de demander sa protection. Un climat de tension et d’insurrection qu’assume Florence Denneval, référente de l’antenne sud de l’association L214. Elle estime même que tout un pan de la culture française doit disparaître. «  Beaucoup de traditions vont se perdre, et ce n’est pas une mauvaise chose... Nous ne demandons pas moins qu’une révolution !  », déclare avec entrain cette ancienne journaliste, reconvertie dans la médecine indienne. Maëva Toubi, qui explique sans ciller être devenue végan à l’adolescence par empathie pour son lapin de compagnie, n’a pas non plus froid aux yeux. Coréférente de l’antenne sud de 269 Life, elle se sent solidaire des militants végans qui attaquent des boucheries : « Les grands combats finissent toujours par avoir besoin de passer par l’illégalité !  » Ça va saigner ?

Louise Borréani

1. Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs.

Enquête publiée dans le Ravi n°167, daté novembre 2018

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