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Brune Poirson, éco-prototype de la Macronie

Mais qui est-elle et que fait-elle ?
le 22/01/2019

La vauclusienne Brune Poirson a survécu au remaniement en conservant son poste de secrétaire d’Etat à la Transition énergétique. Mais qui est-elle et que fait-elle ?

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«  Elle ne pensait pas qu’elle allait gagner  », témoigne Jean Viard, sociologue et candidat déchu La République en marche (ex-PS), en 2017, dans la 5ème circonscription de Vaucluse, qui se partage la ville de Carpentras avec la 4ème. Cette dernière est alors tenue par l’égérie de l’extrême droite Marion-Maréchal (nous voilà) Le Pen, qui fait le choix de ne pas se représenter. Et c’est une novice en politique, au profil très macronien, qui rafle la mise : Brune Poirson. Elle a alors 34 ans.

«  Elle a fait une bonne campagne de terrain, elle a gagné de peu face au Front national dans une circonscription très à droite  », commente le député voisin Les Républicains, Julien Aubert, tout en précisant que la configuration lui était favorable. Et voilà qu’à peine trois jours après son élection, elle est nommée au gouvernement, secrétaire d’Etat à la Transition énergétique sous la tutelle de Nicolas Hulot, laissant son fauteuil à Adrien Morenas (1).

Brune Poirson est née à Washington mais grandit à Apt (84). Elle passe son bac à Marseille dans le privé puis intègre Sciences-Po Aix. Elle étudie une année à Londres à la London school of economics. Et son CV commence à exploser : elle est tour à tour attachée parlementaire d’une députée travailliste, chercheuse à la Fondation pour l’innovation britannique, passe par l’Agence française de développement, commence à se spécialiser dans l’innovation et la responsabilité sociale des entreprises.

Précocité

Son passage en Angleterre lui a permis de se rapprocher de Sam Pitroda, entrepreneur et ministre indien, et d’intégrer son cabinet. De 2012 à 2014, elle est recrutée par Veolia en tant que directrice du développement durable pour l’Asie du Sud. Elle est notamment en charge des projets de distribution d’eau potable en Inde. Un passage dans la multinationale française qui laisse des traces : en 2013, Veolia reçoit de l’ONG Les amis de la terre le prix Pinocchio pour ses projets de privatisation de l’eau potable : augmentation des prix, corruption, frondes locales…

Elle retourne ensuite aux Etats-Unis avant de revenir en Vaucluse pour se lancer en politique, séduite par Emmanuel Macron. «  Elle cochait beaucoup de cases, exactement le style de la Macronie  », convient Jean Viard. La promotion est éclair. Elle le doit à certaines rencontres, comme Hubert Védrine ou Christophe Castaner, mais surtout à sa victoire symbolique face à l’égérie de l’extrême droite. «  Elle a pris l’une des deux circonscriptions du Front national. C’est comme ça qu’on monte en politique  », décrypte Jean Viard. «  Je la connais depuis une dizaine d’années, je l’ai rencontrée dans le cadre de conférences en Inde et aux Etats-Unis, explique Brice Lalonde, pionnier de l’écologie, ministre de 1988 à 1992, ancien ambassadeur des négociations internationales sur le climat. J’ai toujours pensé qu’elle était promise à un grand avenir. Elle est audacieuse, elle fait du bon boulot sur l’Europe, l’international, l’économie…  »

«  Elle a une vision pragmatique des choses, elle sait convaincre  », estime Albert Morel, le référent LREM en Vaucluse. Une hagiographie que tous ne partagent pas. «  On ne comprend pas ce qu’elle fait, à quoi elle sert, tranche Hervé Kempf, ancien du Monde et rédacteur en chef de Reporterre. Elle s’agite beaucoup autour de l’économie circulaire par exemple mais cela ne débouche sur rien de concret. Son ancien collègue, Sébastien Lecornu, lui, bossait vraiment, sur Fessenheim, Bure etc. Poirson, ce n’est même pas la politique des petits pas…  »

En même temps

La jeune secrétaire d’Etat symbolise bien les contradictions, le « en même temps » macronien. Sur Twitter, elle soutient les manifestants qui ont participé à la Marche pour le climat… qui dénoncent eux-mêmes l’immobilisme du gouvernement face à l’urgence climatique. Au lendemain du rapport alarmiste des experts du Giec, publié en octobre, elle déclare : «  On ne peut plus fonctionner avec une économie qui ne cesse d’extraire toujours plus de ressources naturelles.  » Quelques semaines plus tard, le groupe Total obtient le droit de forer en mer au large de la Guyane… «  La transition, ce n’est pas une révolution  », assure l’écolo-centriste Brice Lalonde. «  Tout est décidé à l’Elysée, en Macronie, un ministre agit là où il le peut  », cadre Jean Viard.

«  A Paris, elle a plutôt l’image d’une personnalité assez froide, hautaine, voire agressive et qui assure le service après vente gouvernemental  », affirme le député Julien Aubert. Au point d’accepter une invitation sur C8 chez Cyril Hanouna ! «  A part ses déplacements ministériels, on ne la voit pas. C’est très difficile de la joindre, elle a peu d’envergure et de sens politique, témoigne un journaliste d’un important média local. Elle a de bons rapports avec la FNSEA (syndicat de l’agriculture intensive, Ndlr), beaucoup moins avec la Confédération paysanne par exemple. Difficile d’identifier quels dossiers concrets elle fait avancer.  »

«  Elle est souvent à l’étranger, son terrain ce n’est pas le Vaucluse, ce n’est pas une élue locale, tient à préciser Albert Morel, le référent LREM. Ce qui n’empêche qu’elle est très appréciée par les militants ici. Et elle est d’une grande importance pour le département : elle a fait venir plusieurs ministres et quand il y aura des dossiers lourds à faire remonter, elle sera un très bon relais. Elle a survécu au remaniement, c’est un signe de ses qualités.  » Ou d’allégeance à la politique des « petits pas » de son patron ?

Clément Chassot

1. Il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

Enquête publiée dans le Ravi n°167, daté novembre 2018

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