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« Cannabis » CBD : être légal ou ne pas être, là est la question ! »

La chasse aux vendeurs de chanvre non psychotrope est ouverte...
le 16/02/2019

Les boutiques de cannabis CBD fleurissent dans la région. Un commerce qui s’appuie sur une directive européenne autorisant la vente de certains produits. Mais elle n’est pas appliquée en France où la justice fait la chasse aux vendeurs de chanvre non psychotrope.

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Fin septembre, la police débarque dans une boutique près du cours Mirabeau, à Aix-en-Provence. Les agents arrêtent gérant et vendeurs et les placent en garde à vue. Simultanément, la même scène se joue à Marseille, près du cours Julien. Puis plusieurs fois, les jours qui suivent, dans les Bouches-du-Rhône. Tous ces commerces ont un point commun : ils vendent des produits au CBD, sigle qui désigne le cannabidiol, un « des composés actifs du cannabis au même titre que le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) » selon la définition de la Mildeca (1). Mais, à l’inverse du THC, le CBD n’a pas d’effet psychotrope. Les gérants arrêtés risquent malgré tout des poursuites pour trafic de stupéfiant.

Le chanvre n’existe pas !

« Un règlement de l’Union européenne (2) stipule qu’il est possible de produire et de vendre des variétés de chanvre dont le taux de THC ne dépasse pas 0,2 %, explique Jean-Pierre Ceccaldi, fondateur du journal en ligne Le Cannabiste. En France, des entrepreneurs s’appuient sur ce texte. Ils disent qu’ils ne vendent pas du cannabis mais du chanvre. Sauf que, pour la loi française, le chanvre n’existe pas. Tout est cannabis, donc tout est interdit. » Dans une dépêche du 23 juillet, la direction des affaires criminelles et des grâces, qui dépend du ministère de la Justice, indique effectivement aux procureurs de poursuivre les vendeurs dès lors que des traces de THC, même infimes, sont détectées. Le seuil européen de 0,2 % n’est toléré en France que pour la production. Pas pour la vente. Comme le rappelle la Mildeca, « la présence de THC dans les produits finis, quel que soit son taux, est interdite ».

« Quand ça intéresse l’État français de respecter la loi européenne, il le fait, mais là ce n’est pas le cas visiblement...  », râle un vendeur de CBD des Bouches-du-Rhône. Pour éviter les problèmes, il a fait « appel à une avocate spécialisée qui [l’]a conseillé sur les produits qu’il est possible de distribuer légalement ». S’il déplore que des confrères « ne se renseignent pas assez », il constate néanmoins que « les choses ne sont pas assez claires sur ce qui est autorisé ou non ». Il est vrai que le CBD est souvent présenté dans la presse comme du « cannabis légal ». C’est le cas chez presque tous nos voisins européens. Mais pas encore en France.

Malgré la fermeture - ponctuelle ou définitive - de plusieurs boutiques de la région, il reste simple de se procurer du cannabis CBD. Certains vont en Suisse où la vente est autorisée pour des variétés qui contiennent jusqu’à 1 % de THC. D’autres commandent sur des boutiques en ligne basées à l’étranger qui livrent en France. « Je vais sur un site espagnol, explique Caroline, Marseillaise de 32 ans. Ça arrive chez moi en une semaine. Le pli est discret et je n’ai jamais eu de problèmes avec la douane ou la police. » Elle consomme du CBD comme substitut au cannabis « classique », plus fort en THC. « Le CBD a le même goût mais sans les effets néfastes du cannabis : pertes de mémoire et de motivation, angoisses... », poursuit-elle. Elle achète des fleurs ou de la résine, prévues pour des tisanes, mais qui sont en réalité fumées, mélangées à du tabac. L’effet est « calmant et rassurant », décrit Caroline.

Usage thérapeutique

De son côté, Danielle, 65 ans, dans les Hautes-Alpes, prend une dizaine de gouttes par jour d’une huile concentrée en CBD pour lutter contre des douleurs et des inflammations aux articulations. « Pendant des années, on m’a gavée d’anti-inflammatoires, sans aucun effet. J’ai testé le CBD et rapidement j’ai eu moins mal », se réjouit-elle. Xavier, quant à lui, raconte l’histoire de sa femme qui, traitée pour un cancer du sein, consomme du CBD afin de réduire les effets secondaires de la chimiothérapie. « Cela a été une grande aide pour atténuer son anxiété, les inflammations, et les douleurs », assure cet ancien haut cadre de l’industrie pharmaceutique. Pourtant, à l’heure actuelle, l’accès aux traitements contenant du THC ou du CBD est extrêmement restreint par l’agence française du médicament. Pour le reste, « aucune vertu thérapeutique ne peut être revendiquée notamment par les fabricants, vendeurs de produits contenant du CBD », prévient la Mildeca.

A l’inverse, les usagers du CBD ou du cannabis médical affirment fréquemment être moins dépendants des médicaments. Une perspective pas vraiment au goût de l’industrie pharmaceutique. Celle du tabac ne serait pas non plus très enthousiaste à l’idée d’une autorisation du cannabis médical en France. « Le CBD a des effets sur des récepteurs dans le cerveau qui agissent sur la satisfaction. A ce titre, il est aujourd’hui étudié et utilisé dans le traitement de certaines addictions, dont celle au tabac », note Jean-Pierre Ceccaldi du journal Le Cannabiste. Et pourtant, les buralistes se disent prêts à vendre de la marijuana si l’usage récréatif était légalisé en France. Plusieurs ont d’ailleurs commercialisé du CBD cette année... jusqu’à ce qu’on les prévienne que c’est interdit.

Pierre Coronas

1. Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

2. Règlement (UE) no 1307/2013.

Enquête publiée dans le Ravi n°167, daté novembre 2018

@-Leravi - http://www.leravi.org