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Pourtant, que La Montagne est belle...

Autour de Clermont-Ferrand, des médias pas pareils...
le 7/03/2019

Face au monopole du groupe Centre-France, des journaux pas pareils petits mais costauds. Tour d’horizon à l’occasion des Rencontres des médias libres à Clermont-Ferrand.

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On ne remerciera jamais assez la presse quotidienne régionale. Non seulement parce que La Montagne a accueilli au débotté un dimanche matin l’atelier de journalisme participatif mené par le Ravi dans le cadre des Rencontres des médias libres pour finaliser l’article sur «  Clermont, capitale européenne de la culture  » (1). Mais aussi parce que, sans la PQR, certains n’auraient peut-être jamais rêvé d’une presse « pas pareille ».

Outre Médiacoop, le «  cactus de l’info  », le site web où officie Eloïse Lebourg, instigatrice des Rencontres des médias libres, on trouve quelques bons vieux journaux. Le vétéran, c’est La Galipote née il y a 40 ans. La plume est encore leste. Comme lorsqu’en Une, le journal auvergnat fait d’une pierre deux coups : «  La Montagne recycle l’ex dir’ com’ du président du département du Puy de Dôme, qui est aussi sa compagne...  »

Trimestriel de «  contre-information  », le titre tire à 6000 exemplaires avec une diffusion aux alentours de 80 %, sans pub ni sub’, en se payant le luxe d’avoir «  sa propre imprimerie, explique Marc Gachon. Ce qui nous permet aussi d’éditer nos livres  ». Lors du débat sur les «  modèles économiques  » au sein de la presse « pas pareille », le «  régional de l’étape  » a affiché une indépendance qui confine à l’individualisme : «  L’important, c’est de durer. Et l’on n’a pas de temps à consacrer à une démarche collective.  »

Le titre, qui compte 5 salariés et «  80 bénévoles  », a failli boire la tasse, n’ayant dû son salut qu’à un appel à don qui a permis de réunir 40 000 euros. Les raisons de ces difficultés ? La procédure aux prud’hommes de deux salariés qui ont récupéré 30 000 euros, soit près de 20 ans d’arriérés de salaires !

Le contre-exemple, c’est peut-être La trousse corrézienne. Non qu’il se distingue en payant rubis sur l’ongle : «  On est pour la plupart bénévole. A l’exception d’un salarié et de quelques services civiques  », nous dit un des fondateurs Philippe Van Assche. Mais parce que ce journal la joue très « collectif ».

«  Si on a vu le jour, La Montagne n’y est pas pour rien. Face au monopole, on a voulu raconter le territoire à notre manière  », explique cet ancien de la Wassingue, ancêtre du cousin nordiste de CQFD, la Brique. Mais sans Le Lot en Action, qui a depuis disparu, on n’aurait jamais vu le jour. Ils nous ont montré comment faire. On a eu des pages communes, le même imprimeur, le même maquettiste...  »

Le titre participe également à un «  groupement d’employeurs pour se partager un poste administratif ». Et, en interne, la structure fait la part belle à «  l’autogestion  » tandis que le contenu se veut très «  participatif  » pour un bimestriel de 32 pages tiré à 2000 exemplaires et qui en diffuse environ un millier dont une centaine par abonnement. Quant au positionnement de ce journal, qui explore aussi le terrain de l’éducation aux médias et bénéficie du fonds de soutien aux médias d’information sociale de proximité, «  on veut autant se montrer critique que valoriser ce qui est positif. Mais on est encore trop gentil  ».

A contrario, Le Trou des Combrailles, trimestriel associatif à cheval sur la Creuse, le Puy-de-Dôme et l’Allier né en 2013, fait autant penser, en Paca, à La Canarde sauvage qu’au Nouveau journal des gens du pays de Fayence. Un Canard Enchaîné ultra-local qui fait la part belle aux problématiques écolos et aux histoires de clocher qui foisonnent en zone rurale. A l’origine ? Julien Dupoux, auteur d’une thèse intitulée «  Production et exercice du pouvoir en milieu paysan sur le plateau de Millevaches  ». «  Alors qu’ici, il n’y a que La Montagne, j’ai découvert sur le plateau toute une diversité d’initiatives. Et en rencontrant les gens du journal IPNS, j’ai eu l’idée de faire Le Trou des Combrailles  ». Avec l’envie, pour ce journal réalisé sans subvention ni publicité par une dizaine de bénévoles et diffusé à quelques centaines d’exemplaires, de lancer des éditions micro-locales. On ne remerciera jamais assez la PQR...

Sébastien Boistel

1. A retrouver sur le site du Ravi et de Médiacoop

Article publié dans le Ravi n°167, daté novembre 2018

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