Contact

Abo, dons, adhésions

Sous le règne d’Aliphat

Tensions à Saint-Mitre-les-Remparts...
le 13/03/2019

Tentative de suicide, plaintes pour harcèlement, démissions... Ça se passe comme ça à Saint-Mitre-les-Remparts, chez Béatrice Aliphat.

Vous pouvez lire gratuitement cette archive du Ravi. Mais l’avenir du mensuel régional pas pareil, qui existe car ses lecteurs financent son indépendance, est toujours entre vos mains. Abonnez-vous, abonnez vos amis, vos ennemis, faites un don...

«  Usure professionnelle : comprendre et anticiper... un enjeu pour les collectivités.  » Colloque du centre de gestion (CDG) de la fonction publique : à l’heure du ras-le-bol des élus, la question des « risques psycho-sociaux » aurait pu être abordée, l’organisme (présidé par le patron des maires des Bouches-du-Rhône, Georges Cristiani) ayant fait la part belle en 2017 à la «  qualité de vie au travail  » avec mise en place d’un service d’écoute, La ligne claire.

Mais le Ravi n’est pas le bienvenu : «  C’est une réunion d’échange pour les agents et responsables des collectivités. Si un tiers y assiste, ça ne sera pas aussi fluide.  » On demande quand même ce que pense le CDG d’une tentative de suicide sur le lieu de travail : «  C’est un signe fort, forcément lié à ce qui se passe au travail (les collègues, la hiérarchie, le poste...). Le signe que l’agent n’arrive plus à faire face.  »

C’est ce qui s’est passé fin 2015 à Saint-Mitre-les-Remparts, la ville de la multi-cartes Béatrice Aliphat («  sans étiquette  », elle officie avec LR à la Région et à la Métropole). Suite aux «  humiliations et vexations de la part de certains de ses collègues et d’élus  », un agent s’est «  mutilé le bras  ». La mairie refusera d’admettre «  l’imputabilité au service  » de «  l’accident  », «  le lien de causalité entre la lésion déclarée et l’activité exercée  » n’étant «  pas démontré  ». Le tribunal administratif a donné tort à la mairie et rétabli l’agent dans ses droits.

Tentative de suicide

La ville n’en dénonce pas moins une «  campagne de diffamation orchestrée par un petit nombre d’individus  » (accusés de «  travestir la vérité  »), estimant que le tribunal n’a fait que «  trancher une question purement administrative  ». Fin 2017, dans La Marseillaise, elle parlait d’accusations «  purement politiques et financières  ». Mais il n’y a pas que la justice, l’opposition, la presse ou les syndicats qui s’y intéressent. Plusieurs élus ont démissionné - son adjoint au personnel Pierre-Louis Négrel et l’élu aux associations Philippe Bourchet - en informant préfecture et justice de leur décision et de la situation.

20ème de la liste de Christian Beuillard, Aliphat lui succède en 2012. A l’époque, déjà, nous dit-on, dans un audit réalisé en interne, on parle d’un «  mauvais climat  » et d’une élue «  brutale et dirigiste  ». Depuis, « les fonctionnaires en souffrance  » ont organisé une «  marche blanche  » suite au suicide d’un directeur général des services. Et porté plainte : une demi-dizaine auprès du tribunal administratif et une dizaine au pénal pour «  harcèlement  ». Sans compter les lettres au préfet, au défenseur des droits...

Tout commence avec cet agent embauché pour «  réorganiser les services  » avant de perdre, peu à peu, toute responsabilité. C’est son collègue aux «  services techniques  » qui fera, lui, une tentative de suicide en pleine mairie. Et, de son côté, une jeune recrue verra, elle, sa titularisation rejetée. Elle aurait refusé, dit-elle dans sa plainte, de participer à ce « troc » suggéré au maire par une élue dans un SMS - «  une jeune dynamique contre deux vieilles inutiles  » - et qui se serait traduit par la mise à l’écart d’une employée handicapée ! Tous ces agents souffrent de pathologies, «  burn out  », «  dépression  », «  psoriasis  »... Contactée, la maire a refusé, comme son conseil, de «  s’exprimer  ».

Elle connaît pourtant le sujet. Son nom figure parmi les «  remerciements  » d’un guide sur les «  risques psycho-sociaux  ». Et, membre du CDG, elle ne peut ignorer l’enquête menée l’an dernier. Si les agents attribuent une note de satisfaction de 6,2 sur 10, 43 % disent subir des «  pressions psychologiques  », «  34 %  » des «  tensions avec leur hiérarchie  », près de 40 % que «  leur travail a un impact négatif sur leur état de santé physique  » et un tiers sur leur «  santé psychique  ». Dans «  l’édito  », Cristiani assure que le CDG contribue «  au développement d’une culture de prévention des risques psycho-sociaux  ». Tout en se gardant de répondre au Ravi, le maire de Mimet, en marge du Congrès de ses pairs, préférant parler du mal-être de ceux qui «  ont le sentiment d’être de plus en plus dénigrés  ».

Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°168, décembre 2018

@-Leravi - http://www.leravi.org