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Sous le soleil, les femmes !
le 29/03/2019

Elles s’appellent Teresa, Karima, Nicole et Jane, des quartiers nord de Marseille jusqu’à la frontière italienne, en passant par le Vaucluse : ces femmes engagées font de leur idéal de société, un combat...

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«  Quand on me demande "comment tu fais ?", j’ai envie de répondre "comment tu ne fais pas ?"  », s’amuse Teresa Maffeis. A presque 70 ans, toujours de vert vêtue ce qui lui a valu le surnom de « la punaise verte  » par Jacques Peyrat, ancien maire RPR (ex FN) de Nice, elle est en permanence dans l’action, notamment auprès des réfugiés à la frontière italienne. 50 ans de luttes chevillées au corps pour cette fille d’immigrés italiens, qui a découvert le militantisme en 68 à Nanterre. Mutée à Nice, parce qu’elle enquiquine un peu trop sa direction, elle devient responsable de l’action sociale des départements alpins.

En réponse à la candidature de Jean-Marie Le Pen aux régionales de 1992 en Paca, elle crée l’ADN (Association pour la démocratie à Nice). Celle qui se veut plus « de terrain que de discours  » a réussi à s’imposer : «  Souvent les hommes vous prennent avec eux parce qu’ils pensent que vous êtes inférieure et qu’ils n’ont rien à craindre d’une femme ! Mais je n’ai jamais eu peur de rien. Je proposais des choses, je devenais alors intéressante et petit à petit j’existais.  » Son engagement, Teresa ne l’a jamais vécu comme un sacerdoce : « Je ne fais pas plus de concessions que d’autres. Ce qui est sûr c’est que dans mon engagement, je me suis tout le temps sentie libre.  »

«  Je suis femme, maghrébine, handicapée et communiste. Ce sont mes “moins” qui ont structuré mon engagement », explique Karima Berriche, 57 ans, ancienne directrice du centre social l’Agora à la Busserine dans les quartiers nord de Marseille (14ème). Un père au FLN qui lui fait le récit de ses luttes pour l’indépendance de l’Algérie et que, petite fille, elle voit partir aux aurores pour travailler. «  Une vie de chien et une condition d’ouvrier sur laquelle j’ai pu mettre des mots en étudiant. Mon engagement est double et il est né de là », raconte celle qui, un DEA de sociologie en poche, décide pourtant de travailler au cœur de la cité.

«  La difficulté à se faire entendre vient plus souvent de ceux pour qui on mène le combat que de nos ennemis  », explique Karima dont les diplômes en font, malgré elle, «  une transfuge de classe  » ce que la communauté voit parfois comme une trahison. «  Le combat épuise, mais la lutte fait de vous un être vivant, poursuit Karima. L’engagement, c’est aller au bout de ses idée de justice sociale, y compris se mettre en danger soi-même.  » Elle a toujours refusé de «  jouer la beurette de service  » et n’a jamais transigé sur l’instrumentalisation que les élus voulaient faire des quartiers populaires notamment lors de Marseille-Provence 2013. «  Mais lorsque j’ai senti que le costume était de plus en plus serré je m’en suis dégagé et je suis partie  », conclut-elle.

En juin dernier, la Vauclusienne Nicole Briend, 70 ans a été jugée pour le vol de trois chaises dans une agence BNP Paribas en 2016, lors d’une action militante avec l’association altermondialiste Attac pour lutter contre l’évasion fiscale. Le TGI de Carpentras (84) a finalement relaxé la retraitée considérant que si elle avait mené une action de désobéissance civile, ce n’était pas un acte de délinquance. «  Pour s’engager, il faut de l’énergie, car c’est parfois très laborieux  », explique cette agrégée de Lettres modernes, ancienne cheffe d’établissement scolaire qui a toujours eu «  la fibre du collectif  ». Un militantisme auquel elle a donné une forme politique et syndicale pour défendre des valeurs de solidarité, de justice et de dignité humaine. «  Je n’ai pas eu plus de mal qu’un homme à m’imposer, mais si on m’a toujours considérée c’est parce que j’étais diplômée et en position de cheffe  », insiste Nicole.

« On me voit arriver toute douce, toute seule et on ne s’attend pas à tout le reste. Pour moi, être une femme est une force  », explique Jane Bouvier qui a fait de la scolarisation des enfants Roms à Marseille et de la lutte contre la précarité, un combat du quotidien à travers son association L’école au présent. «  J’ai toujours eu le cœur bien à gauche  », explique Jane. C’est en 2012, alors que des habitants des quartiers nord brûlent un camp de Roms, que cette enseignante d’une quarantaine d’années choisit de faire de sa vie un engagement. Depuis 2012, 450 enfants bénéficient d’une scolarité. Et de conclure : «  Ce n’est pas un sacrifice, c’est un choix. Et ce sont des femmes engagées que j’ai croisées, et qui m’ont inspirée.  »

Samantha Rouchard

N.B. Il va sans dire que cette liste des amazones du quotidien est non exhaustive…

Enquête publiée dans le Ravi n°168, daté décembre 2018

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