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Guerre(s) de position(s) à la Région

Des ex du FN rêvent de constituer un groupe au Conseil régional...
le 19/03/2019

Dernière victime de la guerre entre Gaudin et Muselier : la centriste Arlette Fructus. Sur laquelle lorgnent les ex du FN qui rêvent de constituer un groupe au Conseil régional. Décryptage.

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La vengeance, ça se mange froid. Et entre les LR Jean-Claude Gaudin et son ex-dauphin, Renaud Muselier, l’ambiance est glaciale. Grimace du maire de Marseille, le jour où il démissionne de la présidence de la métropole, quand on lui rappelle que le président de la Région le considère comme un « mauvais maire » ayant fait « deux mandats de trop ».

Dont acte avec la rue d’Aubagne. Muselier en profite pour suspendre deux élus, dont la centriste Arlette Fructus : « Adjointe au logement, à la politique de la ville et à la rénovation urbaine, présidente de Marseille Habitat, [elle] est naturellement concernée. » Une décision qu’elle n’a toujours pas digérée.

Quand, pour calmer les gilets jaunes, le patron du Conseil régional lance de la porte d’Aix son « appel de Marseille », Fructus brille par son absence : « Elle a d’autres préoccupations que la Région », grogne-t-il. Et minimise sur l’absence de Gaudin : « Si, il est représenté... » Confirmation par le « gilet bleu » le sénateur LR Bruno Gilles. Qui dégaine tout de même, quand on lui demande s’il est opportun pour la ville de nommer Fructus à la tête de la future agence d’urbanisme métropolitaine, sa réplique favorite : « Poser la question, c’est y répondre. »

Demi-seconde de parole

Alors, à la dernière plénière du Conseil Régional, Fructus arrive en retard, s’installe, face au président, au 1er rang, parmi les non-inscrits et s’abstient sur le budget  : « C’est le privilège de retrouver sa liberté, dit celle qui a quitté la majorité et n’a plus de délégation. Je déplore que la Région délaisse la question de l’habitat et du logement, ce qui relève pourtant d’une compétence partagée. »

Pour Muselier, « ça relève de la Mairie, de la Métropole, pas de la Région ». Alors, pour la rue d’Aubagne, sur les 100 000 euros promis, il ne sort que 50 000 pour la Croix Rouge. La frontiste Eléonore Bez bondit et lui rappelle qu’en tant qu’ex-premier adjoint de Gaudin, il porte « sa part de responsabilité ». Le patron du groupe, Frédéric Bocaletti, rectifie le tir : « S’il y a une personne qui porte une responsabilité ici, c’est Arlette Fructus. » Celle qui, en tant que non-inscrit, pense n’avoir droit qu’à « une demi-seconde de parole », la demande. En vain : « Ces débats ne relèvent pas du Conseil régional. Vous réglerez ça ailleurs. »

Dans le dos de la centriste, une autre n’en peut plus, elle aussi, de ne pouvoir s’exprimer : l’ex-frontiste Elisabeth Philippe. « On bosse nos dossiers mais on ne peut rien faire. Si on avait un groupe, on aurait le droit à la parole, de participer aux commissions, des collaborateurs… » Après avoir tenté de faire baisser de 10 à 7 le nombre de membres minimum pour constituer un groupe, désormais, avec son bras droit, Roger Guichard, elle lorgne sur Fructus et essaye de rassembler une troupe hétéroclite, essentiellement des ex du FN. Comme le maire de Cogolin (83), Marc-Etienne Lansade, l’instit’ de Tarascon (13) Valérie Laupies, le libraire niçois Benoît Loeuillet, la santonnière Jeannine Douzon mais aussi l’ex-maire LR de la Gaude (06), condamné pour fraude fiscale, Michel Meïni… Pas de quoi inquiéter le RN : « Ils ne sont pas assez nombreux, sourit Bocaletti. Et puis, vous avez des pro-Marion, des anti, des proches de Philippot, d’autres qui sont à Debout la France. »

Le jeu et ses règles

Même analyse du cabinet de Muselier : «  Ce n’est pas d’actualité. Et on a refusé d’abaisser le nombre d’élus pour un groupe. On ne change pas les règles au cours du jeu. » Par crainte d’un groupe dissident chez les « Républicains » ? Guichard ricane : « Avec les municipales, les tensions montent. Comme entre les soutiens de Christian Estrosi et ceux d’Eric Ciotti. » D’ailleurs, même le frontiste Olivier Bettati ne cache pas sa proximité avec ce dernier. Bocaletti, en verve : « Si d’autres chez nous veulent partir, c’est comme pour les cocus, je serais le dernier informé ! » En 3 ans, le FN est passé de 42 à 34 élus. Et son enveloppe de plus de 400 à 350.000 euros, avec une petite dizaine de collaborateurs (contre une quinzaine pour la majorité).

De quoi faire saliver Elisabeth Philippe, Guichard rappelant qu’« un élu qui n’a pas la parole, c’est un élu qui n’a pas de bilan. Et donc aucun avenir ». Et l’ex-frontiste de rappeler : « C’est aussi pour faire entendre d’autres voix ! » Une problématique à laquelle Fructus est sensible : « Avec les deux blocs, il n’y a aucune place pour la diversité ». Mais pas au point de constituer un groupe. Ni d’en intégrer un d’anciens du Front  : « Il faut un minimum d’affinité. »

Vieux routard, Guichard ne perd pas espoir. D’aucuns se demandant, en voyant à la manœuvre celui qui a fait ses premières armes à Vitrolles (13), à qui cela profiterait. Et si ça n’aurait pas l’avantage de gêner autant les frontistes… que Muselier. Il sourit : « Entre Gaudin et Muselier, c’est désormais frontal. Et pour le maire de Marseille, tout ce qui peut mettre des bâtons dans les roues de son ancien adjoint est le bienvenu. »

En attendant, Fructus est entre le marteau et l’enclume. Lors d’une interruption de séance, le ton monte avec Eléonore Bez du « RN ». Qui la traite de « fusible ». Et lui reproche son absence lors de l’examen du rapport sur la rue d’Aubagne. Alors la centriste, expliquant qu’elle était au téléphone avec le préfet à ce moment, lâche  : « Moi, je suis au front tous les jours ! » Réplique de Bez : « Moi aussi ! » Peut-être pas de la même manière…

Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°169, janvier 2019

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