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En un battement d’ailes…

Les rapports se suivent et se ressemblent. Après l’effondrement de la civilisation prévue pour 2050, WWF vient de sortir, à la veille de la journée mondiale des Océans, un rapport qui désigne les Français comme les champions en matière de rejet plastique en Méditerranée. Pendant ce temps-là, les insectes disparaissent...
le 7/06/2019

Les insectes disparaissent huit fois plus vite que les autres espèces, la région Paca n’est pas épargnée…

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L’Hespérie du Barbon a disparu. Ce papillon de jour, rare en France n’existait, pour son malheur, que sur le littoral de la Côte d’Azur. Il a commencé à régresser dans les années 60 au moment où l’urbanisation folle a débuté. Fin des années 90, il était encore observable. « Aujourd’hui, on le cherche désespérément… », explique Stéphane Bence, entomologiste au Conservatoire d’espaces naturels (CEN) Paca.

Depuis des années, la régression du criquet hérisson le classe dans les espèces en danger. Il vit dans des pelouses sèches et rases du Haut Var. « On a là une espèce qui ne vit qu’en Provence et qui risque de disparaître, poursuit le naturaliste. Incapable de voler, il se déplace très peu et ne parvient donc pas à communiquer. L’empiétement de l’humain sur les espaces naturels fait que sa population est morcelée. » A cause du délabrement des zones humides et des aléas climatiques, les libellules ou autres criquets qui y vivent sont aussi menacés. Seuls les reliefs alpins devraient permettre à certaines espèces en régression de ne pas disparaître totalement.

Une étude australienne publiée début février dans la revue Biological Conservation annonce que d’ici un siècle, papillons, scarabées, libellules et autres insectes pourraient avoir disparu, 40 % sont en déclin. Leur taux d’extinction est huit fois supérieur à celui des mammifères, des oiseaux et des reptiles. 

En 2014, le CEN a coordonné la première liste rouge régionale des espèces menacées de papillons de jour, selon une méthode internationale précise, suivie en 2017, de celle des odonates (libellules) et en 2018 des orthoptères (criquets, sauterelles et grillons). Plus de 10 000 espèces dans la région concernent ces trois catégories et font partie des quelques groupes d’insectes pour lesquels on a une connaissance et un recul suffisants pour pouvoir utiliser cette méthode. Mais le naturaliste précise qu’il ne s’agit que de « la partie émergée de l’iceberg » : « Les listes rouges ne peuvent concerner qu’une petite partie du vivant. Car on n’a pas assez de connaissances, mais cinq ans auparavant on n’avait rien du tout. » Certaines espèces peuvent avoir disparu alors que l’on ne les connaissait même pas...

« Ces extinctions nous indiquent un état de santé de l’écosystème, explique l’entomologiste. Mais il y a de moins en moins de moyens pour protéger la nature, malgré tous les discours politiques. Sauf que là on est face à du réel. Et on a atteint un point de bascule qui fait que les écosystèmes s’effondrent. » Cinq ans après la publication de la liste rouge des papillons de jour, les naturalistes du CEN constatent que la situation est encore plus grave que ce qu’ils pensaient. Et Christophe Bence de conclure : « La question de l’effondrement, il faut oser se la poser car il y a un déni généralisé. Alors que l’on va droit dans le mur... »

Enquête publiée dans le Ravi n°172 (avril 2019)

Samantha Rouchard

@-Leravi - http://www.leravi.org