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Dans la foulée des dernières nominations à la tête des institutions européennes, selon un récent sondage, l’Europe ne serait un source d’espoir que pour 30 % des habitants du vieux continent. Un sentiment palpable avant les dernières élections
le 9/07/2019

L’Europe n’aurait jamais été aussi proche. C’est en tout cas ce que martèlent ceux qui, à la veille des élections, tentent de la rendre un peu moins opaque. Envers et contre tout.

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« Putain, putain / C’est vachement bien / Nous sommes quand même tous des Européens ! » Quel plus bel hymne pour notre région frontalière et méditerranéenne ? Une chanson qui résonne tout particulièrement à Marseille. Si, dans une ville frontiste, le maire s’empresse de décrocher le drapeau européen de l’hôtel de ville, la cité phocéenne se veut tellement « capitale européenne » qu’on en oublierait que celle de la « gastronomie » n’est que « provençale ».

Pour son bilan « européen », le président (LR) de la Région Renaud Muselier ne s’y est pas trompé. Fustigeant celui de son prédécesseur, si le sien est essentiellement comptable (« nous avons déjà obtenu 3,3 milliards d’euros ! »), il met en avant, comme fait d’armes, la création du label... « capitale européenne du tourisme ».

Pourtant, l’Europe ne brille ni par sa simplicité ni par son accessibilité. A la veille d’une conférence avec le « chef de la représentation régionale de la commission européenne à Marseille », nous voilà à caler un rendez-vous avec sa collègue du « Bureau du Parlement européen à Marseille » en attendant - en vain - celui avec la « directrice de la représentation de la Région » à Bruxelles.

Kit de campagne Même le vocabulaire traduit la déconnexion. Comme cette campagne pour inciter les jeunes à se rendre aux urnes : « If you give a shit, give a vote. » En clair : « Si tu ne t’en fous pas, vote. » Au bureau marseillais du Parlement européen - situé au rez-de-chaussée de ce bunker qu’est le « World Trade Center » - on avoue ne pas en avoir entendu parler. Sur le bureau de la responsable, un kit de campagne : « Cette fois, je vote. »

A l’intérieur, un calendrier des sessions du Parlement, la frimousse des sortants et un flyer : « Ce que l’Europe fait pour moi. » Sourire de Muriel Mouret : « On le sait rarement mais l’AOP - l’appellation d’origine protégée - et l’IGP - l’indication géographique protégée - c’est l’Europe. » Mais pas la « capitale européenne du sport » : « Ça, ce n’est pas une initiative de l’UE. Mais ça prouve que, même si l’Europe n’a pas forcément bonne réputation, ça doit être bénéfique ! » Et de mettre en avant la carte en ligne des initiatives soutenues par l’UE en Paca.

Toutefois, convient-elle, « rapprocher le Parlement des citoyens », c’est tout sauf simple. Question d’« éducation » pour celle qui pointe aussi les « médias » : « Même s’il y a des efforts, le travail de l’UE est peu mis en valeur ». Pas facile non plus de parler d’Europe à la veille du scrutin : « Les représentants du Parlement, ce sont les députés. Mais, comme on est en pleine campagne, on ne peut les inviter », explique Muriel Mouret qui, avec quelques stagiaires et une poignée de salariés, doit couvrir un territoire qui va de la Corse à l’Auvergne.

Vient donc d’être lancé un concours vidéo (« élections européennes... 40 ans déjà ») visant à croiser le regard des « primo-votants » d’hier et d’aujourd’hui. A gagner ? Des invitations pour une pièce de théâtre : « Nous le peuple européen, 6 personnages en quête d’Europe. » A la mi-avril, le bureau n’avait pas encore reçu la moindre vidéo...

Pourtant, l’Europe, c’est à côté de chez nous ! En l’occurrence, du Ravi, comme l’antenne marseillaise d’Eurocircle. Sa mission ? « Promouvoir la mobilité des jeunes, grâce à des dispositifs comme Erasmus, les services civiques, les volontaires européens, détaille Stéphanie Fauvarque. Partir plusieurs mois en Irlande, en Espagne, ça change la vie ! » Aujourd’hui, l’association a pignon sur rue et avec un budget de 1,3 millions d’euros et une dizaine de salaires, fait partie du réseau des centres d’information Europe Direct. Pas question pour autant de se contenter d’attendre le chaland : « Il faut aller sur le terrain. Car, ce qu’il y a, c’est moins de la défiance ou de la méfiance qu’une méconnaissance », estime celle qui ne nie pas qu’il y a « un problème de communication de l’UE ».

Car si certaines associations rivalisent d’inventivité - jeux, applications façon Tinder... - les documents officiels sont tout sauf sexy. Brochure de 60 pages pour la commission (« L’Union européenne, sa fonction et ses activités ») ou bottin en quatre volumes à la Région sur les « projets soutenus par des financements européens ». Et un europhile pourtant convaincu d’évoquer un « kakemono » pour la promotion des élections auprès des jeunes : « On ne le sort jamais ! On dirait une affiche des jeunes Républicains ! »

On ne peut pas dire que les zélateurs de l’UE ne mouillent pas la chemise. Comme Alain Dumort, représentant à Marseille de la Commission européenne, expliquant dans les locaux d’Eurocircle ce que fait l’Europe pour l’environnement. Mais, concède-t-il, « pas facile en pleine campagne de promouvoir l’Europe. Surtout quand la plupart des candidats en France sont eurosceptiques. Pourtant, l’Europe, au-delà de la finance et des règlements, ce sont des valeurs ». Comme sur l’immigration ? Le responsable fait grise mine : « C’est sûr. L’Europe, c’est soit une passoire, soit une forteresse... Pas de doute, on a un métier sympa : on se fait engueuler de partout ! »

Valeurs versus euroscepticisme Ce n’est pourtant pas faute d’y mettre les moyens. Comme expliqué lors de la réunion « Europe, arts et culture » de la France Insoumise à Marseille, l’UE consacre pas loin de 200 millions d’euros au programme « l’Europe des citoyens » pour, notamment « s’élever contre l’euroscepticisme ». De quoi faire grincer la candidate marseillaise Prune Helfter-Noah : « On n’explique aux citoyens que ce qu’on veut bien leur dire. Alors que, sur l’essentiel, on ne peut plus discuter puisque tout a été fixé par les traités ! Si les gens savaient tout ce qui se décide à Bruxelles et à Strasbourg, sans eux et loin d’eux, ils n’iraient même plus voter pour leur maire ou leur député ! »

Pas de quoi enthousiasmer les foules. Et encore moins celui qui a été parlementaire européen 10 ans durant, Jean-Luc Bennhamias : « Je n’ai jamais vu une telle non-campagne. Regardez les audiences du débat TV. Moins de 2 millions de téléspectateurs ! Même les primaires de la gauche faisaient le double. Certes, le Brexit n’arrange rien mais tant qu’on présentera l’Europe comme quelque chose qui s’impose aux Etats et aux élus... Alors oui, l’Europe, "c’est la paix". Mais c’est pas comme ça que vous allez encourager les gens à voter. Ni avec ça », dit-il, en brandissant le tract de Nathalie Loiseau, la tête de liste d’En Marche.

Qui, comme son homologue des Républicains, ne s’est pas fait prier, suite à l’incendie de Notre-Dame, pour annuler son meeting dans la région (lire ci-contre). En tête, cette phrase de Jacques Delors, citée par Sophie Camard, suppléante du député Jean-Luc Mélenchon : « On ne tombe pas amoureux d’un marché unique. » Même le fondateur du FN et élu provençal Jean-Marie Le Pen n’a pas versé sa petite larme en quittant, au bout de 35 ans, le Parlement européen, avec une ultime saillie : « Le souvenir que j’emporte de cette maison c’est un petit peu le sentiment d’inutilité. »

Sébastien Boistel

Enquête publiée dans le Ravi n°173 de mai 2019

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