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Imbu Roi

le 1er/04/2006

Il était min’c, il était beau, il sentait bon le sable chaud... C’est lui le maire !

Jacques Peyrat, sénateur-maire UMP de Nice, est un homme politique à l’ancienne, comme on n’en fait plus depuis que les cafetiers et les chauffeurs de taxi professent la fin des idéologies. Alors que le socialiste Georges Frêche chasse à Montpellier sur les terres du FN et que le ministre Jean-Louis Borloo se prend pour un homme de gauche, Jacques Peyrat, lui, reste fermement ancré dans l’idéologie qui fut toujours la sienne. De toute sa carrière, il n’a guère parcouru que la maigre distance qui sépare l’extrême droite de la droite dure. Cet ancrage idéologique à droite, bien à droite, est la première caractéristique du Peyrat de Nice. La seconde n’est pas de faire rire les contrepéteurs, mais de vouloir constamment être autre chose que ce qu’il est. Les deux sont liés.

Ainsi, ce sont ses convictions qui conduisent, en 1953, Jacques Peyrat à s’engager dans la Légion, engagement qu’il brandit depuis comme un étendard. « Je me suis battu en Indochine et je continue à le faire ici », déclare-t-il ainsi un jour au communiste Charles Caressa. On ne doute pas un instant de la volonté du jeune Peyrat d’aller casser du niakoué. Malheureusement, lorsqu’il débarque à Haiphong en juillet 1955, il est déjà trop tard : la France s’est prise une tôle à Dien Bien Phu et s’apprête à signer l’armistice à la fin du mois. Malgré tout, le voyage de Jacques Peyrat en Indochine ne sera pas inutile, puisqu’il rencontrera le jeune Jean-Marie Le Pen, dans le même état de désœuvrement que lui. Dans l’adversité, la rancœur et l’inaction, une amitié naît qui ne se démentira pas pendant quarante ans.

L’idéologie a cet avantage qu’elle est garante de l’honnêteté des élus : lorsque l’on fait de la politique par convictions, on ne prend pas le risque de ternir celles-ci en piochant dans la caisse. Jacques Peyrat est honnête, ses pires adversaires lui concèdent cette faiblesse, et l’argent ne l’intéresse pas. Malheureusement, on ne peut pas en dire autant de son proche entourage. Michel Vialatte, que Peyrat a longtemps couvé comme son fils, condamné pour corruption, Dominique Monleau, dont les compétences, sinon la probité, lui ont valu d’être repêché pour son second mandat, poursuivi pour le même motif, Daniel Le Deunff, autre conseiller municipal, condamné pour prise illégale d’intérêt, Catherine Dumont, directrice de la Mission locale et très proche du couple Peyrat, condamnée pour diffamation... On en oublie. A leur propos, le maire parle volontiers de « Judas », oubliant qu’il les a couvés contre son sein et défendus contre vents et marées. On ne sait ce qui est pire, être voleur et lucide ou honnête et aveugle...

Jacques Peyrat aurait tant voulu être un sénateur-maire comme les autres, dont l’avis est écouté et la présence recherchée. Hélas, il sent encore le souffre et l’extrême droite, et quand Chirac vient à Nice pour un sommet européen, il prend bien garde à ne pas se laisser photographier en compagnie de l’édile. Pourtant, Peyrat a quitté le FN en 1994, y voyant à juste titre la condition sine qua non pour être élu maire. Il a ainsi sacrifié une belle amitié de quarante ans à ses ambitions municipales, non sans préciser néanmoins qu’il n’a pas changé d’un iota et qu’il continue à partager l’essentiel des « valeurs nationales du parti de Jean-Marie Le Pen ».

Cet attachement, il l’a depuis maintes fois prouvé, dans ses idées certes, mais également dans sa manière d’être. Jacques Peyrat a cet abord rugueux propre à la Légion et à l’extrême droite. Grossier et parfois vulgaire, fort peu diplomate, il n’hésite pas à traiter de « greluches » les femmes dont la loi sur la parité l’oblige à s’entourer et sait rappeler à Dominique Estrosi qu’elle est une « imbécile ». Encore s’agit-il d’amis : à ces adversaires politiques, il adresse un doigt d’honneur bien éloigné des usages républicains.

Pestiféré dans son propre camp, son pouvoir de nuisance est d’autant plus grand que c’est le seul qui lui reste. Et malgré les affaires qui ont éclaboussé son second mandat, malgré un rejet massif de la part de la population niçoise, Jacques Peyrat a promis de rempiler pour un troisième mandat. Ses adversaires sont les seuls à s’en réjouir. Il aura alors 77 ans. Jacques Peyrat, homme politique d’une autre époque, est arrivé trop tard au pouvoir. Est-ce une raison pour y rester si longtemps ?

Gilles Mortreux

@-Leravi - http://www.leravi.org