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Coûte que coûte

le 1er/11/2006

La cité du roi René mérite-t-elle son titre de noblesse ? Ou feint-elle d’être riche ? Petite enquête sur le coût de la vie...

La ville du roi René n’est pas qu’une endormie aux yeux des Provençaux. C’est une bourgeoise ! Avec son Festival d’art lyrique, son tout nouveau Centre chorégraphique national conçu par Ruddy Riccioti, son quartier Sextius Mirabeau bientôt pimpant, ou encore son Institut de sciences politiques, elle fait sa BCBG ! Peut-on être pauvre et Aixois ? Sur le cours Mirabeau, en tout cas, presque pas de place pour les petites bourses... Tout juste pour boire un coup... Une gorgée seulement, car le café oscille aux environs de 2 euros ! A deux pas de là, dans le quartier Mazarin où s’agglutinent tous les hôtels particuliers, le mètre carré vaut entre 5000 et 6000 euros. Si le centre historique est souvent onéreux, certains faubourgs le sont aussi. C’est le cas à Puyricard, où Aix fait encore dans le chic ! En formation continue à l’Institut d’administration des entreprises, un diplôme peut coûter jusqu’à 22.000 euros.

« Aix a un bon niveau de vie moyen, assure Pascal Boyer, responsable local de la FNAIM. C’est l’une des 4 ou 5 villes les plus chères de France (...) Le marché n’est pas spéculatif. Ce sont les gens qui y vivent qui louent ou achètent... » Les Aixois parviennent à s’offrir des appartements pour 3300 à 3400 euros au mètre carré, ou à louer leur logis pour 12 ou 13 euros au mètre carré. Il est vrai que 41 % des foyers aixois déclaraient en 2004 des revenus supérieurs au SMIC, contre 35 % en moyenne dans les Bouches-du-Rhône (1)...

Vilain accroc dans l’image de la luxueuse Aix-en-Provence : les cités HLM, loin du périphérique du centre-ville, qui représentent 20 % de l’offre locative (2). Un chiffre très insuffisant lorsque l’on sait que 3600 demandes de logement social restent en souffrance. « La plupart des attentes ne sont pas satisfaites, souligne Nathalie Leconte, directrice à Aix de l’association de consommateurs CLCV. Du coup, ils vivent dans de petits logements minables. La plupart des logements sociaux sont situés dans les quartiers, à l’extérieur. Pour vivre au centre, il faut être célibataire. » A moins d’être argenté... Pour résider dans le vieux Aix, mieux vaut être fortuné en effet, ou sans voiture. « La location du box dans un parking de la ville me coûte 150 euros par mois, témoigne Hélène, habitante du centre. J’ai choisi cette solution car ça me revenait trop cher de tourner, tous les soirs, pour trouver une place souvent loin de chez moi, et qui coûte en journée 2 euros de l’heure. » Pour les cyclistes, qui utilisent pourtant un « carburant » universel et gratuit, la vie n’est pas plus facile. Car seul un tronçon du périphérique fait figure de piste... « Ce n’est pas une piste réellement, explique Daniel Bérenger, vice-président de l’Adava-Adtc Aix, association militant pour les modes de déplacement doux. C’est une voie. Puisqu’elle est dessinée sur le trottoir. Mais on ne sait pas à quel flux elle correspond, elle ne dure que quelques centaines de mètres et est à contresens de la circulation. » Reste à prendre le bus, où l’Adava note des progrès : « Ils sont plus nombreux, plus fréquents et les tarifs ont baissé. » 1,10 euros le ticket. Les Aixois modestes peuvent se consoler.

Côté impôts locaux, le niveau reste dans la moyenne et n’a quasiment pas augmenté depuis 2001. La taxe d’habitation s’élève à 18,94%, la taxe foncière sur le bâti à 17,64 %, la taxe sur le non bâti à 12,37 %, la taxe professionnelle (gérée par la Communauté du Pays d’Aix) à 19 %... En revanche, il coûte cher de faire ramasser ses déchets à Aix ! La taxe d’enlèvement des ordures ménagères, en passant sous compétence de la CPA, a plus que doublé en 2005. Le taux était de 3,02 % l’année précédente. Il est aujourd’hui de 6,61 %.

Pour le shopping, Aix est encore dans la même dichotomie... « Le marché du centre ville est hors de prix, témoigne encore Hélène. Le kilo de tomates est à 2 euros, voire 2,50 euros, alors qu’à la ZUP (ndlr : quartier situé à l’extérieur et entouré, en majorité, de HLM) il est à 1,50 euros ! Parfois, ce sont les mêmes paysans qui vendent sur les deux marchés ! » Quant aux magasins hard-discount aixois, ils pratiquent des tarifs aussi écartelés... Quand Aldi propose des prix 11 % inférieurs à la moyenne nationale, ED hausse ses tarifs de 6% par rapport à cette même moyenne (3).

Pour se distraire, Aix fait souvent dans le somptueux. A Noël, des chalets aux allures d’une station de ski irisent le cours. En été, le Festival d’art lyrique anime la ville. Quant aux prix, ils dissuadent souvent les petits portefeuilles... Mais l’animation aixoise, ce fut aussi quelques expériences de qualité et « bon marché », avec Class’eurock, la Zic Zac estival ou Danse à Aix... Aujourd’hui, dans les quartiers où se concentrent les plus pauvres, il reste un succédané du Festival d’art lyrique. Ce sont les Instants d’été qui retransmettent en direct, tel un match de foot, les opéras sur écran géant...

Adèle Monlairjih

(1) Voir http://www2.impots.gouv.fr/documentation/statistiques/ircom2004/dep/130.xls (2) Le Point, spécial Aix du 5 octobre 2006. (3) Enquête publiée par UFC Que choisir ? En septembre 2006. Voir aussi « La voix des consommateurs » édité le même mois par l’antenne aixoise.

@-Leravi - http://www.leravi.org